La filière horticole sonne l’alarme

Publié le 22 juillet 2020

Sur le secteur spécifique de la fleur coupée, la Sica Marché aux fleurs de Hyères enregistre, sur la période du 16 mars au 11 mai, un manque à gagner de 5,20 M€, dont 2,50 M€ sur la pivoine primeur, et 2,70 M€ sur les autres productions. © GL

Reçus en préfecture, les représentants de la filière horticole varoise réclament des dispositifs d’aides plus adaptés et plus réactifs, pour aider les entreprises à passer le cap extrêmement difficile de la crise sanitaire.

Il y a urgence. Voilà en substance le message porté par les organisations professionnelles horticoles, lors de la réunion de crise organisée, le 10 juillet, en préfecture de Toulon auprès du préfet du Var, Jean-Luc Videlaine, et des services de l’État. Brutalement mise à l’arrêt par le confinement, la filière s’est battue pour relancer son activité. Mais le manque à gagner pèse lourdement sur les trésoreries et hypothèque l’avenir des entreprises.

Si la situation est hétérogène d’une exploitation à l’autre, en fleurs coupées comme en pépinière et en plantes en pot, la filière horticole est l’une des plus durement mises à mal par la crise sanitaire. Les données collectées par la Chambre d’agriculture du Var mettent en avant au moins 4,3 millions d’euros de pertes à la production, pour un peu plus de 80 exploitations sur le département. Et le bilan n’est pas définitif (voir encadré). Par ailleurs, Marc Hoffman, conseiller horticole de l’institution consulaire, pointe les faibles marges de la plupart des exploitations. La situation engendre donc de multiples difficultés : mobilisation limitée de réserves, diminution des capacités d’autofinancement, baisse voire disparition de revenu, retard sur les cotisations MSA, dettes fournisseur à court ou moyen terme...

Et les dispositifs d’aides ouverts ne sont, pour la filière, pas à la hauteur de la situation. “Au moment du confinement, le 16 mars, on a continué à travailler pour jeter les fleurs, qui ne pouvaient pas être vendues, et entretenir les cultures. On a donc gardé nos personnels, alors qu’on ne pouvait plus vendre. On a besoin d’aides ciblées par rapport au chiffre d’affaires : les faillites n’arriveront, peut-être pas tout de suite, mais elles vont s’étaler sur l’année, en fonction des productions”, alerte Pascal Portella, producteur de fleurs coupées et président de l’association de développement horticole Hyères Hortipole.

Des dispositifs à adapter

À commencer par le Prêt garanti par l’État (PGE). Le Crédit Agricole, premier partenaire bancaire de l’agriculture du département, a mis en place 16 PGE pour des horticulteurs varois, pour un montant global de 1,3 million d’euros. “Le problème de ces prêts, c’est, d’une part, qu’il faut bien les rembourser à un moment ou à un autre ; et, d’autre part, qu’on ne connaît toujours pas le taux d’amortissement pratiqué au bout d’un an, si les sommes ne sont pas remboursées. On n’a aucune visibilité et une entreprise, ça se gère dans la durée”, souligne Pascal Portella.

Concernant les exonérations de char-ges, la MSA est en attente du décret d’application. Si la filière horticole sera bien aidée, les modalités restent à préciser. Une partie de l’aide pourrait, en effet, être calculée sur le reste dû à la Mutualité sociale agricole, pénalisant les exploitants qui ont fait l’effort de se mettre à jour de leurs cotisations. Jugeant l’élément “peu vertueux”, la profession comme le préfet, Jean-Luc Videlaine, attendent donc les éclaircissements sur le décret à paraître.

Autre problématique : les seuils d’intervention du dispositif d’aide directe régionale s’avèrent trop excluants. Les entreprises doivent en effet faire état d’une perte de 80 % de leur chiffre d’affaires sur mars, avril et mai 2020, comparativement à la même période en 2019, et d’au moins 30 % sur le chiffre d’affaires annuel. En l’état, seulement 2 % des pertes recensées par la Chambre d’agriculture du Var sur la région Paca y seraient éligibles. “Quatre millions d’euros sont destinés à l’avance de trésorerie en agriculture avec un prêt à taux 0, et un million d’euros d’aide directe est consacré aux denrées périssables non stockables. Mais nous n’avons reçu que peu de dossiers, et travaillons donc pour trouver des solutions et faire en sorte que cette enveloppe vienne soutenir les exploitations”, indique le conseiller régional, Christian Simon. Après consultation entre les Chambres d’agriculture du Var et des Alpes-Maritimes, de la FNPHP, du Syndicat horticole du Var, du Syndicat agricole et horticole de Hyères, de la Sica Marché aux fleurs de Hyères et de Hyères Hortipole, la profession demande un seuil unique de 30 % de perte trimestrielle au lieu de 80 %, avec la possibilité – pour les entreprises en développement – de justifier d’une autre référence que le même trimestre sur 2019, certaines cultures atteignant leur plein potentiel de production au fil du temps. La filière demande aussi une intervention de 50 % sur du montant de perte éligible, avec un plafond mobile en fonction du nombre de dossiers, afin de consommer la totalité de l’enveloppe d’un million d’euros. Sur cette base, plus de 90 entreprises seraient éligibles au dispositif.

En attente de mesures rapides et efficaces

La filière porte les mêmes demandes concernant les aides de l’État, en particulier l’enveloppe nationale de 25 millions d’euros annoncée en compensation de la destruction de stocks pour les productions horticoles. Soutenue par FranceAgriMer, celle-ci a été confirmée et validée. La filière ne faisant pas partie de la Pac, l’aide sera financée par des crédits nationaux. Toutefois, considérant les complexités de mise en œuvre et de contrôle de compensation à la destruction, le dispositif s’orienterait sur une compensation de perte de chiffre d’affaires, les critères et variables à prendre en compte restant à établir.

Pour ce faire, FAM entend notamment s’appuyer sur un audit engagé par Val’hor. Une aberration pour Max Bauer, président de la Coordination rurale du Var et membre de l’interprofession horticole. “C’est un long travail, la démarche ne répond pas à l’urgence. Les dix familles de l’interprofession se sont mises d’accord dans l’intérêt de la filière, il faut plus de réactivité”, plaide-t-il. Pour le Syndicat horticole du Var, Jean-Marc Borgetto réclame “une concertation avec la profession sur la définition des modalités”, de sorte que la totalité de l’enveloppe serve à aider les entreprises.

“J’entends la complexité du dispositif, mais nous nous sommes battus pour faire valoir la particularité de l’agriculture et de l’horticulture. J’invite donc Val’hor à faire son boulot et à le faire vite”, lance la député de la majorité gouvernementale, Sereine Mauborgne, en s’engageant à relayer les propositions de la profession. De son côté, le préfet assure que “le seul intérêt de l’État est que ces crédits soient consommés”.

Voir plus loin

Pour Michel Gueirard, président la Sica Marché aux fleurs, au-delà des aides d’urgence, la filière a besoin de nouvelles perspectives d’avenir. “Les aides évoquées ont le mérite d’exister, mais ce n’est pas cela qui fera avancer la filière. D’ailleurs, si on arrivait à avancer, on aurait peut-être moins besoin de ce type d’aides. L’horticulture a besoin de reconnaissance et de moyens. Nous devons pouvoir intégrer les fonds opérationnels européens, pour capter des financements sur l’investissement à la production et la promotion de nos produits”, défend-il. “Plus que jamais l’horticulture a aussi besoin de moyens d’expérimentation pour améliorer sa productivité, en répondant aux enjeux sociétaux et environnementaux”, ajoute le président du Scradh, Philippe Courbon.

Enfin, pour la filière horticole, il est important de ne pas occulter les conséquences indirectes sur les différents opérateurs de la filière, afin de veiller à ne pas perdre des maillons indispensables à la chaîne de production et de valorisation. “On voit bien aujourd’hui les difficultés de la filière horticole. Il y a une grande détresse économique, sociale et psychologique dans nos entreprises, qui sont pourtant des forces vives du territoire. En tant que chefs d’entreprise, nous avons besoin de réactivité et de visibilité”, conclut Philippe Vaché, producteur de plantes en pot et représentant horticole de la Chambre d’agriculture.

Gabrielle Lantes


Les représentants de la Chambre d’agriculture du Var et des organisations professionnelles horticoles ont rencontré élus et services de l’État, à l’occasion d’une réunion de crise, le 10 juillet, en préfecture de Toulon. © GL

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