La filière viticole pleinement mobilisée pour faire face à l’accumulation des difficultés

Publié le 16 juin 2020

Fin mai, organisations professionnelles, services de l’État et élus, se sont rassemblés au sein de la cellule de crise viticole constituée dans le département.

À la demande de la Chambre d’agriculture du Var, une cellule de crise viticole a été mise en place avec les organisations professionnelles et les services de l’État, afin de faire face aux multiples problèmes que rencontre la filière.

Taxe Trump sur les exportations de vin aux États-Unis, crise du coronavirus, gel printanier, grêle, et maintenant pression croissante du mildiou... La filière viticole subit coup dur sur coup dur. Afin de faire le point sur la situation, une cellule de crise spécifique a été mise en place, fin mai, en préfecture du Var. “Une réunion a rassemblé tous les représentants de la profession et les différents corps de l’État, qui ont su être à l’écoute. Nous avons aussi apprécié la participation et l’attention des députés Fabien Matras, Valérie Gomez-Bassac, Philippe Michel-Kleisbauer et Sereine Mauborgne. Cela a permis de mettre les choses à plat, pour que tout le monde soit au fait de la situation compliquée de la filière, et des mesures demandées pour aider les entreprises“, expose Fabienne Joly, présidente de la Chambre d’agriculture du Var.

Répondre aux besoins de la filière départementale

Si les organismes professionnels ont pris acte des mesures du plan national – déployé en réponse aux problématiques générées par la pandémie de Covid-19 –, ils tiennent notamment à faire valoir les spécificités territoriales. Dans ce but, la Chambre d’agriculture lance une étude, qui vise à dresser le profil économique de la filière départementale et de ses entreprises. “Le but est d’avoir une évaluation chiffrée de la situation. Car, derrière le prix des bouteilles, et même si ça marche plutôt bien pour nos rosés, il y a des coûts de production et des investissements qui s’amortissent sur le long terme qu’il faut pouvoir mesurer“, explique François Drouzy, directeur adjoint de la Chambre. En parallèle, l’Association des Vins de Bandol demande un accès exceptionnel au Déclaration récapitulative mensuelle (DRM), afin de disposer de données chiffrées. “Notre appellation a la particularité de ne pas avoir d’interprofession, et ces chiffres sont précieux pour apprécier la situation sur la base de chiffres concrets“, argumente le président de l’ODG, Cédric Gravier.

Le Conseil interprofessionnel des vins de Provence estime à 30 % la perte d’activité des AOC Provence pendant le confinement. “Nous suivons tout ça de très près, avec des données très régulièrement actualisées, et l’on voit combien le travail du CIVP est important à ce chapitre“, intervient Jean-Jacques Bréban, président du CIVP. Pour les Vignerons indépendants, les pertes varient de 30 % à 50 % en fonction des caves. “Même si on retrouve du monde dans les caveaux et que l’export redémarre avec le déconfinement, on reste en deçà de nos chiffres habituels. La crise a beaucoup pénalisé ceux qui vendent essentiellement en vente directe et en restauration, comme c’est le cas pour de nombreux vignerons indépendants“, relève le président des VI Paca Corse, Laurent Bunan. Les organisations professionnelles plaident ainsi collectivement en faveur des exonérations de charges, pour répondre aux difficultés de trésorerie des entreprises diversement impactées par les méventes du confinement. “Les prêts bancaires, les reports d’échéances, il faudra les rembourser à un moment ou à un autre. Ce que l’on demande, ce sont des exonérations de charges patronales“, insiste-t-il.

Nous sommes aussi toujours en attente d’un fonds de compensation européen sur la taxe Trump, car nous payons là un lourd tribut sur un sujet aéronautique qui n’est pas le nôtre“, ajoute Éric Paul, président du Syndicat des Vignerons du Var, ODG des IGP du département.

Une dynamique à maintenir

Par ailleurs, au-delà de la prolongation des droits de plantation, la filière réclame plus de souplesse et de réactivité de la part de l’administration. “Aujourd’hui, il y a une vraie course à la trésorerie pour nos entreprises, et FranceAgriMer doit revoir son dispositif et se donner les moyens de verser, au plus tôt, les primes à la restructuration, les aides pour la promotion dans les pays tiers ou les aides à l’investissement“, souligne Éric Pastorino, président du Syndicat de l’AOC Côtes de Provence. “On ne peut pas comprendre qu’en cette période, des dossiers de 2016 ne soient pas encore soldés“, dénonce, dans la même veine, Jean-Jacques Bréban. “Il va falloir être particulièrement réactif pour qu’il y ait le moins d’argent possible à faire remonter à Bruxelles“, insiste encore Éric Paul.

Laurent Rougon, président de la Fédération des caves coopératives du Var, attire d’autre part l’attention sur la dynamique d’investissement de la filière provençale : “Des mesures de distillation de crise, de stockage, et de prime à l’arrachage ont été accordées à l’échelon national, et notre département joue évidemment la solidarité avec les autres régions viticoles. Mais, en matière de volume, après le gel et la grêle, je doute qu’on ait besoin, ici, de recourir à la distillation de crise ou au stockage. Il faut donc veiller à ce que les budgets ne soient pas déviés. Il ne faut pas que ces mesures d’urgence soient prétexte à couper les aides à l’investissement, d’autant que pour répondre aux exigences de montée en gamme, la Provence est à ce niveau dans une dynamique majeure“, défend-il pour la filière.

Le représentant des vignerons coopérateurs s’interroge enfin sur les conditions de la prochaine récolte. “La vendange arrive vite. C’est un moment particulier où l’on fait appel à un certain nombre de saisonniers, et où il y a des allées venues dans les caves. On a donc mis en place, avec la Direccte et la MSA, un groupe de travail, pour réfléchir aux mesures sanitaires qui devront être appliquées. Comme chaque année, nous avons aussi besoin du maintien de la dérogation collective sur le temps de travail, pour gérer au mieux les effectifs“, indique Laurent Rougon.

Pour ce qui est des aléas climatiques de ce printemps, une demande de reconnaissance en calamité agricole a été formulée par rapport à la grêle et au gel. La profession porte également une demande d’autorisation d’achat de vendange, de moût, mais aussi de vin, pour faire face à la perte de récolte. Les Côtes de Provence ont, en parallèle, initié une demande de dérogation temporaire sur les règles d’assemblage, auprès de la Commission européenne.

En cette période de crise et alors que la prochaine récolte s’annonce compliquée, unité et solidarité sont les maîtres mots pour les différents représentants de la filière viticole varoise. La cellule de crise reste mobilisée pour porter et suivre l’avancée des dossiers.

Gabrielle Lantes


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