La Font des Pères renouvelle l’œnotourisme

Publié le 03 septembre 2019

La cuisine de la ferme-auberge est ouverte sur la salle à manger.

Ouverte en 2018, au Beausset, la ferme auberge de La Font des Pères exploite habilement le concept d’œnotourisme. Philippe Chauvin et son épouse, les propriétaires du lieu, capitalisent sur cette activité pour développer la notoriété de leur domaine viticole.

“La problématique des domaines viticoles, c’est d’abord de commercialiser leurs vins. Pas de les produire.” Philippe Chauvin ne s’embarrasse pas de fioritures, pour décrire la stratégie commerciale qu’il a mise en œuvre depuis l’été 2018, date de l’ouverture de sa ferme-auberge, adossée à un domaine viticole de 14 hectares, dont 8 ha en AOP Bandol. L’homme explique volontiers qu’il ne vient pas du monde du vin, mais de celui de l’agro-alimentaire de luxe (voir encadré), dont il entend reprendre certaines méthodes et codes. Sa référence en la matière est le champagne, “où il ne subsiste désormais que les grandes marques et des niches qualitatives”. Et de son point de vue, le même scénario se produira dans le vignoble varois : “C’est pour cette raison que je veux produire une marque forte, positionnée sur le très haut de gamme.” Il se laisse pour cela quelques années, le temps de muscler sa production actuelle de 35 000 bouteilles (rouge, rosé et blanc) et de renforcer la notoriété de ses vins.

S’il a acheté La Font des Pères en 2010, un vignoble créé dans les années 80, il n’a réalisé ses premières vendanges qu’en 2013. A son arrivée sur les lieux avec son épouse, il éprouve “un coup de foudre pour le site”, dont les 6 ha de vignobles et la cave sont à vendre, mais aussi pour son potentiel. La vente est signée la même année que la revente de sa précédente entreprise. C’est le début d’une nouvelle aventure professionnelle et entrepreneuriale, mais aussi celui d’un long chemin qui l’attend, pentue comme la route qui mène jusqu’à sa ferme-auberge située à flanc de colline, en surplomb de la plaine de Sainte-Anne d’Evenos.

 

Une cuisine de saison sans “tralala”

Il passe trois ans à restructurer le vignoble et à se former aux métiers du vin. Entre temps, il double la surface de vignes, replante, arrache… pour obtenir le résultat actuel : 8 ha en AOC Bandol, et les 6 ha restant répartis entre Côtes de Provence et IGP Mont-Caume.

La ferme-auberge ouvre quant à elle le 6 juillet 2018. “Le 15, nous étions déjà complet” se souvient avec soulagement Philippe Chauvin. Les raisons du succès s’expliquent, selon lui, “par le bouche-à-oreille qui a fonctionné à plein” et par sa volonté, dès le départ, de “ne pas recréer une énième arnaque à touristes”. “Nous sommes ouverts toute l’année. La part de la clientèle locale s’équilibre, grosso modo, avec celle des touristes pendant la saison estivale, mais elle remonte à 90 % dès le mois de novembre” explique le propriétaire de La Font des Pères.

La vue magnifique – qui court, depuis la terrasse, jusqu’au sommet du Gros-Cerveau et du massif de la Sainte-Beaume – y est pour beaucoup, mais n’explique pas tout. D’autant que son effet s’estompe hors saison estivale et la nuit venue. L’engouement pour le lieu tient d’abord, selon lui, à une cuisine de saison, inspirée de celle des bistrots semi-gastro et qui “laisse toute sa place aux produits” complète la cheffe, Sandrine Virefleau, aux fourneaux depuis l’ouverture. Pas de tralala donc, mais des menus à 24 € (entrée/plat ou plat/dessert) le midi, et 33 € le soir, axés sur la volaille (et ses déclinaisons), la pêche du jour et les légumes produits sur les 3 000 m sup2; de cultures maraîchères du domaine. De quoi ravir des consommateurs en quête d’authenticité, heureux d’apprendre que le poulet qui dore tranquillement dans la rôtissoire et les œufs cocottes, agrémentés de poutargues, de corail d’oursins, de jambon ibérique ou de caviar, sont issus du poulailler.

 

Un rituel de dégustation bien rôdé

Pour respecter la règlementation (51 % des produits doivent être issus de l’exploitation adossée à la ferme-auberge), Philippe Chauvin a choisi de transformer une contrainte en opportunité, en construisant un poulailler qui accueille 150 pondeuses et 200 poulets, équipé d’une tuerie pour l’abattage et la transformation, sur place, de la viande.

Le volet restauration est complété par une offre d’hébergement dans les chambres et maisons d’hôtes récemment achevées, soit trois chambres doubles et une suite. Pêchers, abricotiers, poiriers et pommiers ont aussi été plantés, en complément des figuiers existants. Des ruches et des kiwis devraient aussi, prochainement, faire leur apparition sur le domaine.

“L’objectif, c’est avant tout de se faire plaisir et de commercialiser nos vins, produits sur le domaine, via la ferme-auberge” résume Philippe Chauvin, qui ambitionne d’en écouler 70 % via la vente directe. Ce dernier a créé un rituel immuable “et très au point” de son propre aveu, avec une dégustation à l’aveugle pour les nouveaux clients, lors du repas. Une façon astucieuse de leur présenter et de détailler la large palette des vins issus de ses vignes, et de dissiper d’éventuelles idées reçues sur les IGP. “Je trouvais aussi dommage de déguster un Bandol rouge, par exemple, sans l’accompagner d’un repas. En caveau, la plupart des personnes sont incapables de déceler pleinement les subtilités des vins qui leur sont servis, après trois ou quatre dégustations de cuvées différentes” pointe Philippe Chauvin. Autre avantage commercial : l’auberge devient du même coup “l’épicentre du domaine” : “Les clients peuvent emporter une caisse du vin qu’ils ont apprécié, au moment de régler leur addition. Et cela évite de conserver du personnel en permanence au caveau de vente”.

 

Devenir une référence pour le Bandol rouge

Philippe Chauvin s’est fixé comme objectif de hisser sa production à 60 000 cols/an en 2021 “et même 100 000 d’ici 5 ou 6 ans : ce serait mon bâton de maréchal !” sourit l’entrepreneur, qui avoue “ne pas avoir spécialement d’appétence pour les processus de vinification et la partie technique, même si je m’y intéresse, forcément. Mon rôle, c’est de donner les grandes orientations : comment se positionner et la stratégie pour y arriver…”.

Son ambition serait aussi de devenir une référence pour le Bandol, en particulier le rouge. “L’ADN de l’AOC Bandol, c’est le rouge : c’est lui qui a contribué à la construction de marques à forte valeur patrimoniale, comme Château Pibarnon ou le Domaine de Terre Brune” plaide Philippe Chauvin. Ce dernier pense aussi à l’export, mais sous certaines conditions : “Je n’exclus pas de m’adosser à un partenaire du monde du luxe pour vendre à l’export, en utilisant son nom, sous forme de licence. Cela pourrait aussi passer par du négoce, ou par l’acquisition de huit hectares supplémentaires. Quoi qu’il en soit, le développement de la marque La Font des Pères ne se réalisera qu’avec quelqu’un qui dispose d’un réseau, et de moyens en conséquence. Je ne m’interdis rien !” conclut Philippe Chauvin.

Julien Dukmedjian

Contact :
La Font des Pères,
1306 chemin de Pontillaou,
83330 Le Beausset,
04 94 15 21 21,
www.lafontdesperes.com


La terrasse offre une vue plongeante sur les massifs alentours.

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