La lente renaissance de la filière liège dans le Var

Publié le 27 août 2019

Les plaques de liège sont stockées dans une clairière avant d'être chargés sur les véhicules et livrés chez le transformateur.

Florissante jusqu’au début du siècle dernier, l’industrie du liège dans le Var s’est par la suite progressivement effondrée, victime de la concurrence portugaise et espagnole à partir de 1950. Plusieurs acteurs de la filière – dont le fabricant de bouchons Diam et la coopérative Estandon Vignerons – contribuent aujourd’hui à sa relance.

Existe-t-il encore un avenir pour le liège provençal et en particulier varois ? La question pouvait légitimement se poser au début des années 90. A l’époque, la coopérative Covaliège, créée en 1983 à Draguignan, jette l’éponge après sept ans d’activité. Son ambition d’organiser des levées massives de lièges, et de les valoriser, échoue en raison de mauvais choix industriels et stratégiques, doublés d’une surestimation du potentiel de production.

En 1991, l’Association syndicale libre de gestion forestière de la Suberaie Varoise (ASL Suberaie Varoise) est créée, à l’initiative des propriétaires forestiers privés et de la Région. Ils souhaitent remettre en état des forêts après les importants incendies de 1990 et 1991. L’objectif, dans un second temps, est devenu la relance de la filière liège. Deux ans après la création de l’ASL Suberaie Varoise, un partenariat avec l’ONF permet l’organisation de ventes groupées, offrant ainsi une relance de l’activité économique du liège dans les massifs des Maures et de l’Esterel.

Mais l’impulsion arrive véritablement en 2015, avec la contractualisation conclue entre l’ASL Suberaie Varoise et Diam Bouchage, filiale du groupe Oneo. L’entreprise – qui possède deux sites de production en Europe, l’un en Espagne et l’autre à Céret, dans les Pyrénées-Orientales – apporte une bouffée d’oxygène à un secteur alors malmené : en effet, la poursuite d’activité était “très précaire” reconnaît Chloé Monta, coordinatrice de l’ASL Suberaie Varoise. “Diam a très vite souhaité mobiliser d’importants volumes de liège issus de forêts varoises déjà exploitées. Ils se sont véritablement engagés dans une démarche de reconstruction de la filière, avec des contrats d’engagement pluriannuels” note Chloé Monta.

Quelque 300 tonnes de liège sont désormais prélevées, chaque année, sur les 45 000 hectares de chêne-liège varois. D’autres acteurs du département – comme des domaines viticoles mais pour l’essentiel la coopérative Estandon Vignerons – contribuent, chacun à leur échelle, à la relance de la filière de valorisation du liège varois. Avec près de deux millions de bouteilles fermées grâce à des bouchons Diam issus de suberaies varoises (sur les 20 millions de cols produits annuellement), Estandon joue un rôle moteur. Cette démarche s’inscrit assez logiquement dans la politique de développement durable, de RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) et dans la démarche de qualité entreprise par la coopérative implantée dans le Var.

Beaucoup d’efforts pour un résultat minime

D’autres débouchés existent, hors secteur viticole : dans le BTP, par exemple, même si la demande reste moindre. “C’est un matériau qui bénéficie d’atouts indéniables : c’est notamment un excellent isolant acoustique et thermique sur le long terme, même s’il reste plus cher à l’achat, par rapport à la laine de verre. D’autant que, contrairement à cette dernière, il est inerte et non inflammable” plaide Chloé Monta.

La concurrence espagnole et portugaise sur ce type de produit, et la difficulté à mobiliser les propriétaires de suberaies, freinent toutefois l’essor de ce débouché. Comme pour la fabrication de bouchons, les volumes mis à la disposition des transformateurs restent encore en deçà de la demande, “en raison de la multitude d’interlocuteurs à convaincre” regrette la coordinatrice de l’ASL Suberaie Varoise. Les deux tiers sont, selon elle, “des particuliers peu sensibilisés à la culture forestière. Beaucoup sont des citadins ou ont hérité d’un patrimoine. Ils ne comprennent pas qu’une forêt s’entretient.” Les réticences sont d’autant plus grandes pour certains qu’ils ont été victimes, par le passé, de vols ou d’opérations de levage des écorces réalisées par des amateurs. Au final, “nous déployons beaucoup d’efforts pour un résultat qui reste minime” regrette Chloé Monta, “alors même que nous avons prouvé le sérieux et la qualité de notre travail”. Pour identifier et convaincre les propriétaires privés, l’ASL Suberaie Varoise a en partie trouvé la parade : “Nous nous rendons au cadastre, pour identifier les propriétaires dans des secteurs encore non exploités, et nous leur envoyons un courrier de sensibilisation”. 

Julien Dukmedjian


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