La Roquière: dynamique collective sur le bio

Publié le 24 août 2021

Joël Tesseire préside la cave coopérative de La Roquebrussanne depuis l’an 2000 (@ G. Lantes).

À la Roquebrussanne, les vignerons coopérateurs ont fait le choix du bio il y a cinq ans. La Roquière compte bien devenir la deuxième cave coopérative du département à se convertir à 100 % dès l’année prochaine.

Pour les vignerons de La Roquière, le choix du bio est un choix de conviction. “Ç‘a été un choix d’avenir, pas un choix de marché“, assure Joël Tesseire, président de la cave depuis 2000.  “On a commencé à travailler sur le bio il y cinq ans parce que quelques coopérateurs voulaient se lancer. Et puis après réflexion, j’ai proposé, avec le conseil d’administration, qu’on passe bio à 100 % et les viticulteurs ont suivi. Quand on voit comment évoluent les choses, c’est important pour notre environnement et pour préparer l’avenir de nos jeunes“, explique-t-il. D’autant que le renouvellement des générations est dynamique sur le territoire de la coopérative qui a doublé sa production entre 2000 et 2020. “On a beaucoup de jeunes, de plus en plus de femmes, il y a beaucoup de transmissions familiales. Il y a déjà eu pas mal d’installations ces dernières années et d’autres sont

encore en cours“, souligne Joël Tesseire, heureux de pouvoir préparer la relève. Pour anticiper le passage de relais, il s’est d’ailleurs entouré de trois vice-présidents de la jeune génération qui participent quotidiennement à la gestion et aux orientations de la structure en y apportant leurs compétences et leur modernité. 

Une démarche largement partagée

Le passage à une production biologique est finalement venu s’inscrire dans la démarche d’amélioration constante de la cave, qui a, au fil du temps, investi dans un groupe froid, un refroidisseur de vendange, des pressoirs performants, un système de production d’azote, un filtre à bourbe, une cuverie inox et la rénovation de la cuverie béton... pour proposer des vins toujours plus qualitatifs. La coopérative a également acheté des terres pour pouvoir répondre aux besoins de son plan d’épandage. Pour assurer cette fois la demande des marchés, la cave est aussi passée à la certification Haute valeur environnementale de niveau 3, il y a bientôt deux ans.

La question environnementale devenant un aspect incontournable, le bio s’est imposé de façon évidente, même si tout ne s’est pas fait dans la facilité. “Au départ, il y avait des inquiétudes sur le travail du sol, sur la gestion du mildiou et, manque de pot, la première année il y a eu une forte pression. Mais tout le monde était partant et a fait avec“, se souvient le président de La Roquière. Au vignoble, les coopérateurs se sont équipés, ont investi dans du matériel de travail du sol, ont fait évoluer leurs pratiques.  En cave, il a aussi fallu se mettre au diapason et organiser la traçabilité, apports et vinifications s’organisant avec rigueur et précision dans un souci constant de qualité.  Actuellement, on a du vin de pays, de l’AOC, du conventionnel, du bio français, du bio suisse, du bio pour les Etats-Unis, avec des normes différentes, c’est complexe. C’est souvent le casse-tête en cave, mais nous ne sommes pas trop nombreux ,donc on arrive à gérer“, précise Joël Tesseire. 

En cave, le coût de la vinification en bio est un peu plus élevé qu’en conventionnel, du fait du prix des produits œnologiques utilisés. Au vignoble, les économies réalisées sur les produits phytosanitaires sont à mettre en rapport avec les investissements matériels et le temps passé dans les vignes et sur le tracteur.

Des efforts qui payent

Les efforts consentis restent toutefois très positifs pour Joël Tesseire. La valorisation des vins, commercialisés à 85 % par l’union de coopératives Estandon en Provence, vient en effet compenser les surcoûts à la production. “La rémunération est là. Au niveau des prix, le vin bio se vend environ 20 % plus cher en Appellation et quasiment autant en Vin de Pays“, indique le président de La Roquière. Il espère que la plus-value sera la même avec l’augmentation de la production. Car la coopérative produira 80 % de vins en agriculture biologique et 15 % en conversion biologique dès cette année, passant ainsi de 5 000 à 25 000 hl sous certification. 

Même si la rémunération “encourage les agriculteurs qui font face à des contraintes supplémentaires“, pour Joël Tesseire, elle n’est pas la seule récompense pour les producteurs. “C’est une grande satisfaction pour les agriculteurs qui sont si souvent montrés du doigt et accusés de tous les maux, de voir que, malgré les difficultés, on répond à la demande des clients, de la société et de nos jeunes, en faisant des vins de qualité dans le respect de l’environnement“, insiste-t-il.

Et la cave compte bien mettre en valeur le travail de ses coopérateurs au sein de son magasin. Dès l’année prochaine, l’ensemble des vins qui y sont vendus, soit 15 % de la production, seront exclusivement bio. Et pour promouvoir la démarche, La Roquière prévoit d’investir dans un site internet et dans le rafraîchissement de son packaging et de sa façade en mettant en valeur la mention bio. “Nos métiers sont de plus en plus compliqués, c’est important de faire savoir ce que l’on fait“, défend le président Tesseire. 

Pour le millésime 2022, la totalité des vins devrait être certifiée en agriculture biologique. Après celle de Correns, la cave coopérative de La Roquebrussanne devrait ainsi être la deuxième du département à se convertir au 100 % bio. “Ce sera la première en AOC Coteaux varois en Provence et la première en volume“, se réjouit Joël Tesseire. 

Gabrielle Lantes


Au vignoble, les viticulteurs ont su investir pour l’avenir.

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