Lavande - Les Toulons : un concentré de Provence

Publié le 07 août 2020

Denis et Rémy Alibert perpétuent la tradition familiale sur le Domaine Les Toulons. Peut-être la relève est-elle déjà assurée avec Cléo, ici aux côtés de son père et son grand-père.

À Rians, la famille Alibert travaille dans la tradition familiale et cultive, depuis les années 50, la diversité de production. Récemment, des lavandins sont venus s’ajouter aux vignes, céréales, légumineuses et autres oliviers déjà en place sur l’exploitation.

Installé sur les vestiges d’une des plus grandes villas viticoles romaines, le Domaine Les Toulons tire son nom du dieu celte des sources de la Gaule antique, Telo. “On fait du vin depuis 2000 ans ici, et sans eau, pas de vin”, lance Denis Alibert, fier du patrimoine qu’il a repris en 1984, à la retraite de son père, et qu’il a su développer et faire évoluer avec son épouse Brigitte et son fils Rémy. L’entreprise familiale compte 25 hectares de vigne en AOC Coteaux d’Aix-en-Provence. Autrefois apporté à la coopérative, le raisin est vinifié sur place depuis la création de la cave en 1990. La famille Alibert cultive aussi des céréales, des légumineuses, quelques oliviers et produit du foin. Vins, pois chiches, lentilles et huiles d’olive, issus de l’exploitation, sont commercialisés en vente directe sur le domaine. “On trouve ici tout ce qui représente la Provence. Déjà du temps de mes grands-parents, la production était diversifiée. Il y avait la vigne et les céréales, ils ont aussi fait de la courge, du melon...”, raconte Rémy. Une centaine d’amandiers a, par ailleurs, été récemment plantée. En attendant leur entrée en production, “ils permettent aux abeilles de faire des réserves”, souligne Denis. “On accueille quatre apiculteurs sur le domaine”, précisent père et fils.

Conduit de longue date en agriculture raisonnée, le domaine a entamé une conversion à l’agriculture biologique sur ses différentes cultures à l’exception de la vigne. “Chaque chose en son temps. On y va petit à petit. Mais on n’utilise de toute façon plus aucun désher-
bant, ni engrais chimique depuis 1995”,
indique encore Denis.


La lavande comme nouvelle voie de diversification

Depuis deux ans, la famille s’est aussi lancée dans la culture du lavandin, destiné à être transformé en huile essentielle qui sera, comme les autres productions des Toulons, vendue au domaine. À l’entrée de la propriété, à la veille de la récolte, le parfum des parcelles colorées ravit aussi bien le nez que les yeux. “On a commencé avec deux hectares l’an passé et on en a planté deux de plus cette année. Il n’est pas question d’inonder le marché, mais de pouvoir proposer un nouveau produit, d’attirer de nouveaux clients, de faire parler du village et de dynamiser l’économie locale”, explique Denis. “Dans les années 70, Rians avait une grosse production de lavande et on voit qu’il y a un regain d’intérêt ici depuis quelque temps”, raconte-t-il. Il note ici la même tendance qu’ailleurs dans le Haut-Var Verdon. “Sur la commune, on doit être à une centaine d’hectares pour trois producteurs”, indique-t-il.

Les Alibert ont choisi du lavandin de variété grosso. “On démarre, donc on n’est pas encore des spécialistes, mais le lavandin est, paraît-il, moins sensible au problème de mortalité et a un meilleur rendement que la lavande. C’est une culture pérenne avec une bonne valeur ajoutée qui consomme peu d’eau et supporte plutôt bien le sec. En fonction des conditions, on peut faire entre 100 et 200 kg d’huile essentielle à l’hectare”, explique Rémy.

N’ayant pas de problème sanitaire à déplorer sur leurs jeunes cultures, la principale contrainte des Toulons est la gestion de l’enherbement. Ils ont opté pour le désherbage mécanique. “Il faut être particulièrement attentif les deux premières années, tant que la plante n’est pas assez grosse pour étouffer la mauvaise herbe. On fait des binages réguliers”, témoignent-ils.

Cette campagne s’annonce bonne à très bonne pour la production. Quantité et qualité devraient être au rendez-vous grâce aux pluies du printemps et à la fraîcheur qui a suivi. “On voit que les boutons floraux sont gros et bien lourds”, confirme Rémy. 

Récolte et distillation sont assurées par le Moulin Saint-Vincent, distillerie voisine de Jouques, la dernière des Bouches-du-Rhône, alors qu’il n’en existe plus aucune dans le Var. Le prestataire intervient avec du matériel spécifique, un espieur, qui permet de ne ramasser que les fleurs et de laisser les tiges au champ. Les volumes à traiter sont ainsi réduits et la qualité de l’huile essentielle optimale.

Très prochainement, la famille Alibert proposera son or bleu en flacon aux clients et visiteurs du domaine. D’ici là, Denis apprécie déjà la richesse naturelle apportée par la culture. “C’est plein de vie. Les abeilles et les papillons se régalent là-dedans”, se réjouit-il.

Gabrielle Lantes

Domaine Les Toulons,
Route de Jouques,
83560 Rians.
Tél. : 04 94 80 37 88.

 

ZOOM SUR : une filière qui fait rêver

Si les lavandes émerveillent les nombreux visiteurs qui se pres-sent dans les champs en Provence à l’été, elle fait aussi briller les yeux de plus en plus d’agriculteurs. Environ 1 500 exploitations cultivent lavande et lavandin en France, et producteurs et surfaces augmentent. Le Comité interprofessionnel des huiles essentielles françaises (Cihef) fait état de 27 950 hectares en production sur le territoire national en 2019, dont 80 % en lavandin et 20 % en lavande, pour une production de plus de 1 400 tonnes d’huiles essentielles de lavandin et de 130 tonnes d’huiles essentielles de lavande. 

90 % des superficies se situent dans  les Alpes-de-Haute-Provence, premier département producteur de lavandin, la Drôme et le Vaucluse, premier département producteur de lavande. Dans ces trois départements historiques de production, les surfaces cultivées ont progressé de 40 % en six ans. “Il y a surtout des nouveaux producteurs dans ces secteurs. On observe aussi d’importantes reconversions dans de nouvelles régions, comme l’Île-de-France ou le Centre, où de grosses exploitations céréalières se mettent à faire des plantes sur des centaines d’hectares, majoritairement du lavandin, mais aussi un peu de lavande et des aromatiques”, note Alain Aubanel, producteur et président du Cihef. L’interprofession relève également une nette tendance au développement dans le Haut Var ou les Bouches-du-Rhône, en diversification notamment.

 

Une culture relativement simple 

“Notre filière se porte plutôt bien. Le lavandin fait particulièrement rêver. La rentabilité est intéressante, alors qu’il y a de la morosité sur beaucoup d’autres productions. On voit bien que c’est de plus en compliqué pour les éleveurs laitiers ou les producteurs de semences par exemple. Et puis, c’est une culture relativement simple, très mécanisée, qui plaît considérant le coût et la complexité de la main-d’œuvre”, explique Alain Aubanel. “Le problème, c’est que certains font en trois ans ce que l’on a mis trois générations à construire. Je ne me fais pas de souci pour ceux qui plantent de petites surfaces en diversification, mais quand c’est à coup de centaines d’hectares, il faut savoir calculer la prise de risque. D’autant que la culture demande un investissement lourd sur la récolte et la distillation”, alerte-t-il.


Le risque de surproduction et l’effondrement des prix

“Je ne suis pas pessimiste en plein, mais il faut être prudent. Jusqu’à l’hiver dernier, le marché absorbait bien la production, avec des prix en augmentation constante depuis 12 ans. Plus on produisait, plus on vendait. Et puis, en un an, on a eu 30 % de baisse de prix. Sur le lavandin, cette baisse est vraiment liée au volume. Il y a, par ailleurs, la concurrence bulgare sur la lavande, maintenant premier pays producteur, avec une qualité plutôt moyenne, mais des prix qui sont en dessous de nos coûts de revient en France”, souligne Alain Aubanel.

“Il faut comprendre que nous sommes sur un marché mondial. 90 % du lavandin et 60 à 70 % de la lavande partent à l’exportation à travers le monde. La Turquie s’est lancée, la Grèce a multiplié sa production par cinq en deux ou trois ans, l’Espagne et l’Italie y vont aussi gaiement. Quand la France et le monde entier sont sur la même dynamique, ça peut se casser la figure assez brutalement”, prévient le président de l’interprofession des huiles essentielles de France. “Nos clients sont de grosses multinationales, ce sont elles qui font les prix, car si c’est trop élevé, il suffit de modifier légèrement les formulations des produits cosmétiques ou d’entretien pour diminuer les quantités d’huiles essentielles utilisées”, précise-t-il.

De plus en plus sollicité par les nouveaux producteurs en termes d’information et de formation, le Cihef met en avant le savoir-faire d’une filière bien structurée en même temps que les réalités économiques du marché. “Il faut bien penser son projet et bien se renseigner avant de se lancer. Il y a de la place à prendre, mais il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier, contrairement à ce qu’espèrent certains. Il n’y a pas de poule aux œufs d’or”, insiste Alain Aubanel. 

G.L.



On trouve sur l’exploitation des produits emblématiques de la Provence.

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