Le loup toujours plus présent dans le Var

Publié le 09 février 2021

Éleveurs, élus, représentants d’association et des administrations se sont retrouvés en préfecture de Toulon, le 26 janvier, à l’occasion du comité départemental loup, pour dresser le bilan de l’année 2020. © G. Lantes

Le 26 janvier, le comité départemental loup est venu mettre en évidence la progression constante du prédateur. Si le nombre de victimes affiche une légère baisse, la zone de présence du loup continue de s’étendre, et le nombre de meutes augmentent.

Sur le papier, les données de prédation de l’année 2020 sont en léger recul, avec 328 attaques pour 1 156 victimes, contre 387 attaques pour 1 323 victimes en 2019. Mais les chiffres sont à considérer avec prudence, dans la mesure où un foyer ponctuel de prédation avait causé une centaine de victimes en 2019, sur un troupeau de chèvres non protégé.

Le camp militaire de Canjuers – secteur historique de prédation dans le Var, qui s’étend sur 35 000 hectares – reste le plus touché. Il concentre deux tiers des victimes. Le loup poursuit son expansion dans le département où 13 meutes ont été recensées l’an dernier. La majorité d’entre elles a colonisé le Haut-Var. Le seul secteur de Canjuers en compte cinq. Deux sont présentes sur le secteur de Draguignan/Salernes, trois dans l’Ouest du Haut-Var, deux dans le massif de la Sainte-Baume, et une dans le massif des Maures. Deux nouvelles zones de présence ont été détectées dans le massif de la Sainte-Baume et au nord de Brignoles, du côté du Bessillon. Les services de l’État observent ainsi “une densification progressive des territoires de meutes à l’échelle du département”, mais une pression de prédation stable, voire en légère diminution.

Un bilan loin de rassurer les éleveurs

Pour les éleveurs, ce bilan n’a rien de rassurant. “Avec des mesures de protection sans cesse renforcées, des chiens de plus en plus nombreux et de plus en plus efficaces, on est plutôt sur une stabilité de la prédation que sur une véritable baisse. Et cela au prix d’une déprise pastorale, les éleveurs se repliant en milieu ouvert pour que leurs troupeaux soient moins exposés”, estime Nicolas Perrichon, président de l’Association des éleveurs de Canjuers. La taille des meutes inquiète tout particulièrement la profession. “On voit aujourd’hui, grâce aux pièges photos installés par des éleveurs, des meutes de neuf ou même dix loups. Très honnêtement, je ne vois pas bien comment on se protège efficacement face à cela”, souligne Nicolas Perrichon.

Très extensif, le pastoralisme dans le Var reste particulièrement exposé. Pour le préfet, Evence Richard, il convient donc de continuer à accompagner les éleveurs dans la mise en œuvre des différents dispositifs de protection des troupeaux, au travers des aides existantes en faveur des chiens de protection, des clôtures pour les parcs mobiles ou les pâturages fixes, ou du gardiennage renforcé. À noter que 352 forfaits d’entretien de chiens ont déjà été passés dans le Var, dont 200 sur Canjuers.

Le comité départemental loup met également en lumière la faiblesse des prélèvements sur l’année écoulée. Compte tenu de l’effectif estimé de 580 loups sur le territoire français, à l’issue du suivi réalisé au cours de l’hiver 2019-2020, le nombre de loups pouvant être prélevés avait été fixé à 110 au niveau national. 105 ont été tués au cours de l’année civile... dont seulement trois dans le département du Var, dans le cadre de tirs de défense et de prélèvement. “Comparé à l’année précédente où il y en avait eu neuf, c’est beaucoup trop peu”, juge Nicolas Perrichon. “Ce n’est pas faute d’avoir essayé”, indique le préfet Richard. “Des autorisations ont été données, mais pas forcément à des moments propices. Les louvetiers ont fait part de difficultés dues aux conditions climatiques, ainsi qu’à l’organisation des activités militaires dont il faut tenir compte sur Canjuers. Nous devons nous interroger sur les conditions de tirs pour être plus efficaces”, précise le représentant de l’État.

Les éleveurs estiment de leur côté qu’il faut aller plus loin. Philippe Fabre, président de la Fédération départementale ovine, plaide pour un assouplissement des règles de prélèvements. “Si l’on veut prélever plus de loups, il faut pouvoir tirer. Nous demandons que le nombre de prélèvements ne soit pas limité à un seul loup par intervention dans le périmètre du cercle 0, qui est la zone rouge pour le loup”, défend l’éleveur.

Le projet expérimental de Canjuers en perspective

Pour mieux protéger l’activité pastorale, la profession et ses partenaires – Cerpam, Chambre d’agriculture, État, collectivités, communauté scientifique... – continuent de travailler sur le programme expérimental validé l’an dernier sur Canjuers, pour la période 2020-2023. Des chantiers d’ouverture des milieux ont déjà été réalisés par l’Office national des forêts (ONF), sur 382 ha, et une dizaine de diagnostics de vulnérabilité ont été réalisés sur des élevages qui figurent au top 50 des plus prédatés de France. Des accompagnements techniques seront mis en place sur la base de préconisations faites à partir de ces diagnostics. Des opérations de débroussaillage sont notamment prévues, dès cette année, sur 25 ha en zones de couchade. Ils concerneront cinq éleveurs.

Un des axes du projet vise à mieux connaître le comportement des chiens de protection, dans le double objectif de renforcement de l’alerte et de l’amélioration des connaissances. Dans ce cadre, des colliers GPS sont en cours d’acquisition. Les premières données seront collectées en juillet et août 2021. D’autres phases d’acquisitions de références seront menées courant 2022. Les résultats pourront ainsi être présentés après analyse en 2023. “Canjuers reste un territoire compliqué en raison du risque pyrotechnique lié aux activités militaires. Mais on est dans le sens de la marche et on avance”, assure Nicolas Perrichon, l’association qu’il préside portant en effet le projet expérimental. Le coût des études et les travaux du programme pluriannuel s’élève à 414 000 euros. Il est financé à hauteur de 60 % par le Plan national d’actions Loup et la Fondation François Sommer. Il vise à mettre en œuvre et à évaluer des combinaisons d’actions qui permettent, d’une part, de réduire la vulnérabilité des troupeaux ; d’autre part, de dissuader le loup d’attaquer. L’objectif, à terme, est de diffuser les acquis ainsi obtenus dans les différents secteurs prédatés par le loup en France. Un premier comité de pilotage doit être réuni au printemps pour faire le point sur les avancées du projet.

Gabrielle Lantes


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