Le Marché aux fleurs résiste et limite la casse

Publié le 16 février 2021

Michel Gueirard, président de la Sica Maf, veut continuer à aller de l’avant au bénéfice de la filière. © G. Lantes

Faute de pouvoir réunir ses adhérents, la Sica Marché aux fleurs de Hyères a tenu son assemblée générale annuelle à huis clos, fin janvier. L’occasion de faire le bilan d’une campagne 2019-2020 particulièrement mouvementée.

L’année avait pourtant plutôt bien commencé. “On a eu un début de saison très correct. À fin janvier, on était sur une progression de 2 % du chiffre d’affaires par rapport à 2019. Les fêtes avaient été bonnes. On n’avait pas de difficultés particulières, ni en quantité, ni en qualité. Cela s’annonçait sous de bons auspices”, rappelle Michel Gueirard, président de la Sica Marché aux fleurs de Hyères (Sica Maf). La situation a pourtant rapidement évolué. Alors que le coronavirus s’est fait plus présent dans l’actualité, l’activité a commencé à faiblir. “Ça a tenu jusqu’à la Saint-Valentin, qui a été moyenne en prix. Après le 15 février, sous l’effet combiné du Covid-19 et des vacances scolaires, cela s’est tendu”, note le président du Marché aux fleurs de Hyères.

Jusqu’au 15 mars et l’annonce du confinement, où tout s’est arrêté. La structure a alors dû fermer ses portes brutalement. Les fins de cultures d’hiver ont été perdues, tout comme les premières pivoines de la saison. “Nous n’avions pas l’autorisation préfectorale pour continuer. Et puis le commerce s’est retrouvé à l’arrêt, les circuits étant fermés aussi bien en France qu’à l’étranger”, précise Michel Gueirard. Avant de poursuivre : “Jusqu’à la mi-avril, la situation est restée très compliquée. Puis les grossistes ont commencé à relancer des circuits de distribution. On a réussi à mettre la pivoine de plein air en vente. Sur les autres produits, c’était plus difficile hors cadran. On a pu le rouvrir en mai, une fois les mesures sanitaires mises en place, et après accord de la préfecture. La reprise a été progressive.”

Une crise forcément impactante

La Sica déplore alors une perte brute de 5,5 millions d’euros (M€) de chiffre d’affaires, soit un manque à gagner de 550 000 € pour la structure, et une perte sèche de plus de 4 M€ pour la production. La saison estivale a permis de rattraper partiellement ce retard. “L’été a été dynamique. C’était compliqué pour ce qui arrivait de l’étranger, et cela a eu un effet sur les produits régionaux qui se sont mieux vendus, avec une régularité assez inhabituelle. C’est tout de même resté compliqué sur tout ce qui est fleur de cérémonie”, analyse Michel Gueirard.

Le résultat annuel de la Sica est néanmoins sévèrement impacté. Au final, la campagne 2019-2020 se clôt sur un chiffre d’affaires de près de 27 M€, contre 32 M€ sur l’année précédente, soit une baisse de 15 %. “Malgré tout, on sort un résultat positif sur l’exercice, ce qui témoigne d’une gestion saine et de la mobilisation de l’ensemble de l’équipe. Tout le travail réalisé ces dernières années par le marché, en termes d’organisation et de mutualisation, nous a permis de résister et de limiter la casse”, estime son président.

La situation reste pourtant compliquée. “On est toujours dans l’incertitude et la crainte d’un troisième confinement, même si nous sommes tous plus aguerris pour y faire face. Aujourd’hui, nos producteurs, à 2 % près, ont planté de façon similaire à la campagne précédente. Mais le manque de visibilité est complexe à gérer dans les entreprises”, souligne Michel Gueirard.

Selon lui, la crise sanitaire a pourtant plusieurs “effets secondaires” qui méritent d’être soulignés. Sur les circuits de vente d’abord, avec le développement d’Internet, des livraisons ou du ‘click and collect’. “Tous les circuits, quels qu’ils soient – grossistes, courtiers, fleuristes, même si cela a été un peu plus difficile pour ces derniers – ont mis en place de nouveaux outils qui continuent de fonctionner. Et si ces gens-là travaillent, on travaille. On l’a vu sur le deuxième confinement qui n’a pas eu d’effet sur notre activité”, observe le président du Marché aux fleurs.

Une stratégie confortée

La notoriété de la fleur française a par ailleurs augmenté. “On voit que les produits français jouissent d’une meilleure reconnaissance auprès des distributeurs et des consommateurs. Un nouvel opérateur, qui ne travaille que de la fleur française, s’est d’ailleurs installé sur notre site, fin 2020. Il y a un réel engouement sur le label ‘Fleurs de France’, et nos clients développent pour la plupart des gammes françaises, identifiées de façon plus dynamique. C’est amplifié par le fait que l’import en provenance des pays tiers est toujours tendu”, souligne Michel Gueirard. Et le Marché s’applique à accompagner la tendance, notamment en renforçant la promotion des fleurs du Var, auprès des distributeurs comme des consommateurs. Aujourd’hui 16 espèces et 70 % de la production commercialisée par la Sica sont labellisées ‘Fleurs de France’.

“Tout cela vient conforter notre stratégie dynamique sur les produits locaux et notre gamme méditerranéenne”, juge Michel Gueirard. La Sica reste donc résolument engagée vers l’avenir. Un avenir où le cadran hyérois a toute sa place. “On n’est pas comme les Hollandais, qui massifient un maximum et qui voient disparaître leurs petits producteurs. Par rapport à nos exploitations, nos conditions de production et notre clientèle, la diversité de nos circuits permet de conserver la diversité de notre gamme, et c’est un atout”, défend Michel Gueirard. Dans le même esprit, la Sica continue à travailler avec des produits italiens, en complément de gamme. Aujourd’hui, la part des produits d’import se stabilise à 20 %, et la pratique est pleinement assumée. “On ne prend du produit que dans les moments où il y a un besoin, ou sur certaines références en diversification.
Il n’est pas question de faire de la concurrence à nos produits locaux, au contraire : il s’agit de renforcer le produit intérieur. Tout est parfaitement identifié. Cela nous permet d’étoffer notre gamme et d’avoir des quantités suffisantes pour fidéliser la clientèle. Car, à partir du moment où le client est fourni, il n’a pas besoin d’aller voir ailleurs”,
explique Michel Gueirard.

Pour le président de la Sica, les voyants sont actuellement au vert, malgré un contexte qui reste incertain. “Depuis la fête des mères, on est sur du positif. Il n’y a pas de fleur qui plonge, même si c’est traditionnellement toujours plus difficile sur les fleurs de grand courant produites mondialement, comme la rose, les gerberas et germinis qui restent très soumis au marché international. On constate tout de même une amélioration sur le prix de la rose, sans doute sous l’effet combiné de la demande accrue en produits français et des aléas sur l’import. C’est à suivre”, indique-t-il. Pour l’heure, la Sica est pleinement mobilisée sur la Saint-Valentin, temps fort de la campagne horticole, en attendant la pivoine locale, toujours reine incontestée sur le Marché aux fleurs de Hyères et le printemps, crucial.  

Gabrielle Lantes


Le Marché aux fleurs de Hyères renforce la promotion des fleurs du Var, auprès des distributeurs comme des consommateurs. Aujourd’hui 16 espèces et 70 % de la production commercialisée par la Sica sont labellisées ‘Fleurs de France’. © G. Lantes

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