Le syndicat mixte de l’Argens sollicite des procédures d’urgence

Publié le 11 décembre 2019

Le SMA, réuni en conseil syndical le 28 novembre au Luc, demande l’application des règles d’urgence pour réaliser un certain nombre d’opérations d’entretien et d’aménagement.

Réuni le 28 novembre au Luc, le conseil syndical du bassin versant de l’Argens pointe la nécessité d’accélérer les procédures encadrant les travaux, et le besoin de communiquer davantage.

Initialement consacrée à l’examen du rapport d’orientation budgétaire, la réunion des élus du Syndicat mixte de l’Argens (SMA) s’est naturellement concentrée sur l’épisode méditerranéen du 22 au 24 novembre. Pour rappel, cette structure porteuse du programme d’actions et de prévention a été créée au lendemain des inondations de 2010, pour assurer une gestion collective et cohérente du risque, sur les 74 communes du bassin versant du fleuve et de ses 320 affluents.”Face à ces évènements à nouveau dramatiques”, malgré “une émotion et une fatigue palpables”, le président du SMA, Olivier Audibert Troin, a souhaité “des débats informatifs et apaisés”.

Les échanges se sont appuyés sur le retour d’expérience à chaud, présenté par l’équipe du syndicat. Celui-ci a notamment mis en évidence les cumuls de pluie intenses enregistrés, ainsi que les dégâts générés sur les infrastructures routières, les berges fragilisées en de nombreux endroits, certains ouvrages endommagés, ainsi que les “nombreuses habitations, entreprises, campings et exploitations agricoles inondés et évacués”. Considérant les travaux post-crue à réaliser et la prégnance du risque, les élus du SMA ont décidé de solliciter, auprès de la préfecture, une procédure accélérée au titre de l’article R 214-44 du Code de l’environnement, relatif “aux travaux destinés à prévenir un danger grave et présentant un caractère d’urgence”.

Un sentiment de frustration partagé

“Il ne s’agit pas ici de stigmatiser les services de l’État, qui sont là pour appliquer les règles qui leur sont données. Mais le système, qui se veut protecteur, est parfois bien trop rigide”, explique Olivier Audibert-Troin, avant de poursuivre, exprimant un sentiment partagé de frustration : “On est là entre cœur et raison, avec l’envie de bien faire et l’attente des autorisations. Il y a un décalage, mal perçu par nos concitoyens comme par les élus, qui est parfaitement compréhensible. On ne demande pas de surseoir aux études environnementales ; il n’est pas question d’opposer préservation de la nature et sécurité ; mais nous voudrions que les choses avancent plus rapidement”. “Sur la Nartuby, nous avons demandé, en juin dernier, l’autorisation de pouvoir réaliser l’entretien pour une période de cinq ans. Nous n’avons toujours pas de réponse”, expose-t-il en exemple. “Aujourd’hui, comme c’est le cas depuis des mois, voire des années, alors que nous sommes rattrapés par ces évènements climatiques, nous considérons que nous sommes bel et bien dans une situation d’urgence”, plaide encore le président de l’intercommunalité Dracénie Provence Verdon.

En conséquence, les élus du SMA ont voté à l’unanimité une demande de déclaration d’intérêt général, pour procéder aux opérations d’entretien post-crue d’une part et, d’autre part, l’application de “l’urgence règlementaire” sur plusieurs actions prévues au Plan d’action et de prévention des inondations, le PAPI. Sont notamment concernés par la démarche : l’aménagement hydraulique de la Nartuby, la suppression du Moulin des Iscles à Roquebrune-sur-Argens, la restauration morphologique de la Florieye à Taradeau, ou encore le programme de prévention sur la commune de Brignoles.

Jouer la cohérence et la solidarité

Les élus du bassin versant ont, par ailleurs, pointé les difficultés rencontrées, pour faire appliquer l’obligation d’entretien des cours d’eau incombant aux propriétaires riverains, mais aussi pour faire respecter les consignes de sécurité lors des crises. “Dans ce département, nous avons acquis dans la douleur, la mémoire et la pratique du risque incendie depuis les années 70. Il nous faut développer ce même sens du risque sur les inondations”, estime Olivier Audibert Troin. Si le SMA entend renforcer ses moyens et actions en la matière, pour son président, les élus locaux restent “les premiers relais des messages à passer sur le terrain”. “Il faut apprendre à vivre avec le risque”, insiste-t-il. “Nous ferons le plus possible en fonction des budgets, mais il serait malhonnête de faire croire que cela suffira à éviter les inondations”. Et l’élu d’illustrer : “Nous sommes déjà en train de travailler sur le PAPI 2022-2028, qui inclut l’aménagement de la basse vallée de l’Argens. Un des scénarii à l’étude prévoit d’augmenter le débit à 550 m3/seconde pour un montant de travaux de 39 millions d’euros ; l’autre s’élève, hors foncier, à 144 millions pour 900 m3/sec. Or, il y a eu jusqu’à 1 600 m3/seconde entre le 22 et le 24 novembre. Nous ne dompterons pas l’Argens”.

En appelant à la solidarité territoriale, Olivier Audibert Trin pointe, enfin, l’épineuse question des Zones d’expansion de crues. “Ces ZEC ne plaisent ni aux élus, ni aux riverains, mais il nous faut mettre nos actes en parfaite cohérence avec nos paroles. La protection des biens et des personnes est plus importante que certains projets de développement”, défend-il.

Gabrielle Lantes


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