Les agriculteurs du Var déterminés à se faire entendre

Publié le 30 octobre 2019

Le 22 octobre, plus de 200 agriculteurs et 70 tracteurs se sont rassemblés aux portes de la préfecture départementale.

Après la journée d’action du 8 octobre dernier, les agriculteurs varois sont redescendus dans la rue à l’appel de la FNSEA et des JA, ce 22 octobre, pour dire stop à l’agribashing et interpeller le chef de l’état et son gouvernement.

Partis de La Crau et La Cadière, les convois de tracteurs ont convergé vers Toulon, drapeaux au vent au son des klaxons. Décidés à se faire entendre, plus de 200 agriculteurs et 70 tracteurs se sont finalement rassemblés aux portes de la préfecture du département, pour cette nouvelle journée de mobilisation nationale.

Déversant fumier et moût de raisin devant les grilles closes, enflammant palettes, ceps de vigne et bottes de paille comme un grand feu de détresse, les agriculteurs poussaient à nouveau, ce mardi, un cri d’alarme à l’attention du gouvernement et du président de la République, sous la bannière commune : “Macron, réponds-nous !”.

“Fiers de notre agriculture”

ZNT habitations, agribashing, pression environnementale, accords de libre-échange et distorsions de concurrence... Les problématiques se superposent et entraînent un sentiment de ras-le-bol. “C’est l’avenir de l’agriculture qui est jeu dans les ministères, où l’on ne connaît pourtant rien de l’agriculture”, dénonce Sylvain Audemard, secrétaire général de la FDSEA du Var. “Il faut montrer que nous sommes fiers de notre agriculture. Nous sommes trop souvent critiqués, alors qu’on fait vivre nos territoires. Ce n’est pas à des hauts fonctionnaires de nous apprendre à travailler !”, renchérit Anthony Sénéquier, président des JA 83. “Déconsidération de la profession”, “diabolisation des pratiques”, “acharnement médiatique” pèsent beaucoup trop lourd pour les agriculteurs. “Quand un pays dénigre ceux qui produisent à manger, ce n’est pas bon signe”, pointe Sylvain Audemard.

Pression sur le phytosanitaire

“Aujourd’hui les gens fuient les villes dans lesquelles ils travaillent. Ils fuient les embouteillages et autres nuisances pour s’installer à la campagne. Mais ils n’achètent même pas leur pain à la boulangerie des villages, devenus des cités-dortoirs. Nous, on vit et on travaille dans ces villages, on les fait vivre. Mais il faudrait demander la permission de faire notre boulot parce que le bruit du tracteur dérange ?”, s’agace le syndicaliste.

Chartes de bon voisinage et zone de non-traitement cristallisent notamment la colère. “On a beaucoup travaillé sur les chartes de bon voisinage, que le préfet refuse aujourd’hui de signer. Et la consultation publique, organisée par le gouvernement, est biaisée, quand on sait qu’il n’y a que 450 000 agriculteurs sur les 66 millions d’habitants que compte la France”, fustige le représentant de la FDSEA.

“L’agriculture française est la plus propre au monde. Qu’on arrête de nous tirer dessus à boulets rouges ! Tous les produits CMR (cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction) sont interdits pour l’agriculture, alors qu’ils sont autorisés dans les produits domestiques. Les gens ont plus de pesticides chez eux que nous dans nos hangars !”, défend-il encore.

“Tous concernés”

“Ce projet de ZNT entraînerait des pertes qui pourraient freiner l’énorme travail effectué sur la qualité et le développement des vins de Provence. C’est un gros enjeu pour la viticulture départementale, comme pour l’ensemble de l’agriculture. C’est la survie de nos exploitations qui est jeu”, plaide Paul Bernard, représentant du syndicat de l’AOC Côtes de Provence. “Et puis, on en a marre de devoir se justifier continuellement. Ça jette la suspicion sur nos métiers. Si les services de l’État se préoccupaient un peu plus de ce qui se construit en zone agricole sans permis, ça éviterait sans doute des problèmes”, poursuit-il.

“Nous sommes tous concernés, et je regrette de ne pas voir plus d’horticulteurs participer à cette manifestation. Certains peuvent se dire que ça n’en vaut pas la peine, que ça ne servira à rien, et continuer à se plaindre dans leur coin. Mais ce n’est certainement pas comme ça qu’ils obtiendront quelque chose. On a besoin de cette solidarité entre agriculteurs, et je remercie tous ceux qui manifestent aujourd’hui, et peut-être encore demain, pour nous permettre, à tous, de continuer d’exister”, relève Jean-Marc Borgetto, représentant du Syndicat horticole du Var.

“Nous sommes sur des questions d’agriculture et de ruralité que partagent tous les agriculteurs, toutes filières confondues, mais qui concernent aussi les territoires et la société dans lesquels nous vivons”, souligne, par ailleurs, Fabienne Joly, présidente de la Chambre d’agriculture du Var.

Si une délégation de représentants des organisations syndicales a été reçue par le préfet, les agriculteurs, las mais déterminés, promettent de nouvelles actions, en attendant des réponses claires du gouvernement. “Puisqu’on veut nous empêcher de travailler, s’il le faut, nous allumerons des feux tous les matins sur les ronds-points pour empêcher, nous aussi, les gens de travailler”, assure Sylvain Audemard.

Gabrielle Lantes


Chartes de bon voisinage et zones de non-traitement cristallisent la colère des agriculteurs varois.

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