Les communes forestières face à l’urgence climatique

Publié le 01 août 2022

Le préfet du Var, Evence Richard (à gauche) était aux côtés de Jean Bacciet et de Thomas Dombry et Jérémy Giuliano, lors de l’assemblée générale (© G. Lantes).

Lutte contre les incendies, valorisation de la forêt, atténuation du changement climatique, transition et rénovation énergétique sont au centre des préoccupations de l’Association des communes forestières du Var.

Accompagner les collectivités dans la gestion de leurs forêts et dans la mise en œuvre des politiques énergétiques est le cœur de mission des Communes forestières du Var (Cofor 83), et le changement climatique vient accentuer les nombreux enjeux à l’œuvre. “2021 a été marquée par l’urgence climatique, et les conclusions du dernier rapport du Giec sont alarmantes : il faut agir sans attendre et nos communes ont un rôle majeur à jouer”, souligne Jean Bacci, président des Communes forestières du Var, lors de l’assemblée générale de l’association, le 27 juin, au Luc.

À ce titre, l’association a rejoint – depuis deux ans – les 42 Agences locales énergie climat (Alec) fédérées au niveau national, pour soutenir la transition énergétique. L’objectif du dispositif est d’apporter une expertise objective sur la maîtrise de l’énergie, l’amélioration énergétique des bâtiments et la production d’énergies renouvelables.

Transition énergétique : un gros chantier

La rénovation du bâti est notamment un défi crucial pour la Cofor Alec 83. “Si l’on veut préserver notre forêt, on doit se poser la question des énergies. Si nous sommes capables aujourd’hui d’investir dans la rénovation énergétique, nous gagnerons nos budgets de fonctionnement à venir. Et puis, les collectivités se doivent d’être exemplaires en la matière. L’intercommunalité a sa part à faire, au travers des Plans climat-air-énergie des territoires (PCAET) et du programme Actions des collectivités territoriales pour l’efficacité énergétique (ACTEE)”, plaide Jérémy Giuliano, maire du Val et vice-président de l’association. Dans ce cadre “l’Alec est un outil de mutualisation et de solidarité au service de tous les territoires, en particulier les territoires ruraux qui n’ont pas forcément les moyens d’ingénierie nécessaires. Le travail de conseil dans la neutralité de l’Alec est essentiel”, précise l’élu de la Provence Verte. “Le programme ACTEE 83 couvre près de 80 % du département et six personnes sont embauchées, ou en cours d’embauche, pour accompagner les collectivités”, indique encore Jean Bacci.

La rénovation du bâti se pose avec d’autant plus d’insistance que la loi climat et résilience prévoit d’interdire la location de logements trop énergivores. “Il s’agit aussi pour nous d’identifier les problèmes de précarité énergétique. On a du boulot, il va falloir se remonter les manches, sans quoi la perte de logements disponibles pourrait être significative”, insiste Jérémy Giuliano.

Dans ce contexte, les Communes forestières du Var s’inquiètent du nouveau dispositif de conseil en rénovation énergétique de l’habitat des particuliers, et Jean Bacci pointe un “risque de désorganisation des outils déjà en place”. Selon lui, “le ministère vient juste de lancer la nouvelle ‘France Rénov’. Le décret n’est toujours pas paru que des entreprises s’autoproclament déjà ‘accompagnateurs Rénov’. Le financement de ces accompagnateurs, ainsi que les moyens de contrôle et de garantie d’indépendance, doivent être définis en même temps que son rôle”, alerte le président de la Cofor Alec du Var.

Dans le même esprit, “la situation actuelle montre le besoin de rendre nos territoires plus indépendants en matière de ressources énergétiques”, relève Jean Bacci.

À ce chapitre, le préfet du Var, Evence Richard, indique travailler à la définition d’une charte départementale du photovoltaïque, de sorte à mener les projets de façon coordonnée. “On ne souffre pas d’un défaut de photovoltaïque dans le Var. Sur l’éolien, il y a peu, voire pas, de possibilité. Mais nous pouvons faire des efforts sur la méthanisation”, estime le représentant de l’État.

Protéger et valoriser la forêt, outil de lutte contre le changement climatique

La protection de la forêt est, bien sûr, une autre préoccupation majeure des Communes forestières. En particulier, la lutte contre les incendies. “Les sécheresses et les épisodes venteux vont se généraliser. De ce fait, dans le Var, le besoin de moyens est de plus en plus important, et les renforts interdépartementaux ne seront pas forcément disponibles”, craint Jean Bacci. Plan intercommunal de débroussaillement (Pidaf), outils de défense des forêts contre les incendies et obligations légales de débroussaillement sont donc primordiaux (lire encadré). Et l’Association des communes forestières accompagne différentes initiatives, comme les coupes groupées de DFCI.

Les élus des communes forestières attendent par ailleurs, avec impatience, les conclusions des missions interministérielles consacrées à l’évolution du risque incendie par rapport au changement climatique et à l’approche intégrée de l’intensification du risque dans les politiques publiques, annoncées pour fin 2022-début 2023. “Les premiers résultats montrent des évolutions sévères et rapides, qui vont nécessiter la mobilisation de tous. Il est donc important de travailler aussi sur les gouvernances et les aspects réglementaires”, explique Frédéric Mortier, inspecteur du ministère en charge de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires.

De la même manière, les Cofor soutiennent les initiatives de valorisation du bois, en partenariat notamment avec l’Office national des forêts. Au niveau local, comme national, le réseau des Cofor continue de se battre pour maintenir un service public forestier de qualité.

Les Cofor du Var renforcent aussi leur partenariat avec le Centre régional de la propriété forestière (CRPF), pour défendre les intérêts de la forêt et œuvrer en faveur d’actions cohérentes, notamment dans le cadre du schéma régional de gestion sylvicole.

En lien étroit avec les acteurs de la filière, l’association participe également à des projets visant à lever les obstacles qui freinent la mobilisation de bois pour la construction. Les Communes forestières participent notamment à un groupe de travail – porté par l’interprofession régionale Fibois Sud – sur la mobilisation de bois en zone à risque incendie, et suit les travaux engagés pour développer l’utilisation de liège mâle comme isolant. De plus, le bois énergie est un autre débouché pour lequel l’association travaille à la garantie de l’approvisionnement local.

Pour la Cofor Alec 83, il reste indispensable de rappeler les nombreux atouts de la forêt en termes économiques, sociaux et environnementaux. “Elle a aussi un rôle crucial dans la lutte contre le changement climatique”, défend Jean Bacci. “Notre forêt est un puits précieux de captage du carbone”, rappelle-t-il.

Les impacts positifs de la forêt sur le changement climatique ne sont pas pris en compte à leur juste valeur. Je dis bien les impacts, car il y a la captation du carbone par les arbres et par la production de bois. On prend encore moins en compte l’impact négatif des feux de forêt sur la décarbonation. Pour rappel, le feu de Gonfaron, en 2021, a relargué près de 322 000 tonnes de carbone, sans compter la suppression du captage du carbone le temps de régénération de la forêt”, développe-t-il. Également sénateur du Var, Jean Bacci s’est vu confier la responsabilité d’une mission sénatoriale sur le sujet.

Face à tous ces défis, “notre association des collectivités et des territoires doit pleinement s’engager dans les transitions à mettre en œuvre”, conclut-il. 

Gabrielle Lantes