Les éleveurs de Canjuers décidés à agir pour ne plus subir

Publié le 20 octobre 2018

Le loup est aujourd’hui la principale menace. C’est donc pour préserver l’avenir du pastoralisme que les éleveurs du territoire et leurs partenaires se sont regroupés.

Réunie en assemblée générale le 11 octobre à La Bastide, l’association des éleveurs de Canjuers a présenté les nombreuses démarches engagées pour assurer l’avenir du pastoralisme sur le territoire du camp militaire, où la pression du loup est devenue insupportable.

Depuis sa création en juillet 2017, l’association des éleveurs de Canjuers (AEC) n’a pas chômé. De nombreuses rencontres avec les acteurs du territoire ont permis d’instaurer un dialogue constructif entre les différentes parties en présence, et de nombreuses démarches politiques, techniques et administratives ont été enga- gées. L’association regroupe

34 éleveurs, GAEC et groupements pastoraux autorisés à pâturer sur le camp militaire, les quatre intercommunalités du secteur (Communauté d’agglomération dracénoise, communautés de communes Pays de Fayence, Lacs et gorges du Verdon et Provence Verdon), ainsi que les organismes partenaires que sont le Cerpam1, la Chambre d’agri­culture du var et la fédération départementale des chasseurs.

Le plateau de Canjuers, où les éleveurs doivent déjà composer avec les contraintes liées à l’activité militaire, est durement touché par la prédation, avec plus de 6 % du cheptel pâturant amputé en 2017. En dix ans, 40 % du territoire pastoral a été abandonné, les éleveurs étant contraints de se replier sur les zones les moins fermées. Si de multiples problématiques se croisent, le loup est aujourd’hui la principale menace. C’est donc pour préserver l’avenir du pastoralisme que les éleveurs du territoire et leurs partenaires se sont regroupés.

Urgence et détermination

Usés, excédés, meurtris de voir leurs troupeaux décimés, les éleveurs sont décidés à faire entendre l’urgence de la situation et à prendre les choses en main. “Ça fait plus de 20 ans que ça dure, nous en avons marre des promesses qui ne débouchent sur rien. Il faut faire vite. J’ai attendu toute une vie, je suis maintenant à deux ans de la retraite. Mais comment les jeunes vont pouvoir vivre demain dans ces conditions ? Nous avançons doucement, le loup, lui, il court”, lâche Philippe Fabre, président de la Fédération départementale ovine ( FDO).

Dans ce contexte, l’AEC a construit un projet expérimental, en cours de finalisation, qui apparaît comme une “dernière chance” pour le président de l’association. “Il y a eu un énorme boulot de fait et les éleveurs attendent maintenant du concret. La prédation a encore augmenté de 30?% cette année, les moyens de protection ont montré leurs limites depuis longtemps. Je crois que nous avons tout faux sur le loup depuis 20?ans et qu’il faut partir sur de nouvelles méthodes. C’est le but du programme expérimental que nous portons. Nous ne disons pas que nous allons trouver la solution miracle, mais, au moins, nous aurons essayé de nouveaux outils”, défend Nicolas Perrichon. “Quand on se retrouve face à ce genre de graves difficultés, c’est un drame au quotidien pour les agriculteurs. La population a malheureusement du mal à s’en rendre compte. Nous ne pouvons que saluer la démar­che réfléchie et cohérente portée avec détermination par l’association”, soutient Alain Baccino, président de la Chambre d’agriculture du Var.

Coopération et co-adaptation

Et puisque la cohabitation s’avère impossible, l’association porte un projet de co-adaptation entre le loup et le pastoralisme. ”L’adaptation implique que c’est aux éleveurs de se protéger de la prédation exponentielle. Le concept de la co-adaptation prévoit d’intervenir, à la fois, du côté des éleveurs et du côté du loup, et donc de mettre en place des actions qui permettent d’améliorer l’efficacité des moyens de protection et de dissuader le loup d’attaquer”, explique Pascal Thavaud, ingénieur du Cerpam.

Dans ce but, l’association des éleveurs de Canjuers a travaillé en lien avec les services compétents du camp militaire, mais aussi l’ONF, pour proposer un programme expérimental de coopération dont l’objectif affiché est : ‘agir pour ne plus subir’. Celui-ci prévoit d’intervenir sur l’ouverture des milieux, l’installation d’équipements, le suivi du loup, et la mise en œuvre de moyens de prélèvements ciblés et réactifs. Le projet, soutenu par le préfet coordonnateur national du plan loup lors de sa visite en juillet dernier, est à présent en attente de la validation des services de l’Etat.

“Ce qui nous aide à porter ce dossier, c’est que les éleveurs sont aujourd’hui fédérés et structurés en association. Les représentants de l’Etat peuvent aussi voir qu’ils ont à faire à des gens raisonnables, pas des anti-loups”, souligne Fabien Matras, député de la 8e circonscription. “La combinaison du technique et du politique est essentielle sur le sujet”, insiste également Christian Louis, élu du Pays de Fayence et vice-président de l’association des communes pastorales de la région Paca.

Reste à définir les modalités de mise en œuvre et de financements de cette expérimentation pilote, dont l’intérêt dépasse les frontières du département et qui pourra inspirer d’autres régions touchées par la prédation.

Gabrielle Lantes

 

1 Centre d'etudes et de réalisations pastorales Alpes Méditerranée.


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