Les Marchés de producteurs de pays font leur retour

Publié le 09 juin 2020

Pour entamer la saison, le Marché de producteurs de pays de Lorgues a été réduit, en nombre d’exposants et en espace.

Après plusieurs semaines de fermeture, les producteurs varois sont heureux de retrouver la clientèle locale sur les marchés du département. Visite sur le Marché de producteurs de pays de Lorgues, qui entame sa saison dans des conditions particulières, en espérant retrouver très vite sa configuration habituelle... et les vacanciers de l’été !

Appréciés pour leur authenticité et leur convivialité, les Marchés de producteurs de pays (MPP) viennent répondre au mouvement locavore, amplifié par la crise du coronavirus. Portés par les Chambres d’agriculture, ils ne rassemblent que des producteurs et artisans locaux, qui s’engagent à respecter une charte de bonnes pratiques. Lieux de rencontre avec les savoir-faire du cru, les MPP garantissent ainsi aux consommateurs la qualité et la provenance des produits.

Dans le Var, sept MPP sont inscrits au calendrier 2020. Fermés mi-mars en raison du confinement, les deux marchés permanents de Toulon et du Pradet ont pu à nouveau déballer leurs étals colorés, depuis le 12 mai. À Lorgues, pour le marché temporaire qui donne chaque année le coup d’envoi de la saison estivale, l’ouverture s’est faite le 15 mai, dans des conditions un peu particulières : par mesure de précaution, la municipalité – qui gère le marché en lien avec la Chambre d’agriculture – a en effet décidé de commencer tranquillement, en réduisant la voilure. Le marché – qui s’étend habituellement tout le long du cours de la République – a été repositionné sur la petite place Trussy, aux portes du commissariat de police municipale ; le nombre d’exposants a été réduit, et les stands ont été espacés, afin de respecter les consignes de distanciation. “Normalement, on ouvre au mois de mai avec un peu plus d’une vingtaine d’exposants, et ils sont jusqu’à une cinquantaine en pleine saison. La mairie a, pour le moment, limité leur nombre à une quinzaine, en donnant la priorité à des productions alimentaires de Lorgues et de la Dracénie, alors qu’il y a habituellement un tiers d’artisanat”, explique Philippe Neveu, représentant des exposants. Avec son épouse, ils sont les seuls artisans présents en ce début de saison. Et Christine Neveu a adapté sa ligne d’accessoires en tissu : sacs, torchons brodés et pochons de lavandes ont laissé place à des masques lavables aux motifs divers et variés, dont certains sont proposés avec un cabas assorti.

Heureux de retrouver la clientèle !

Bien que l’affluence à laquelle ils sont habitués ne soit pas encore au rendez-vous, les exposants restent optimistes. “Il y a eu beaucoup d’attente le premier vendredi, car l’accès était aussi limité pour les clients. Ça en a sans doute découragé certains. L’entrée est libre désormais, et on voit que les gens respectent bien les gestes barrières dans l’ensemble, que ce soit le port du masque ou la distanciation. On observe aussi que les habitués viennent plus tôt. On espère donc très vite retrouver une configuration normale”, indique Philippe Neveu.

Et les nouvelles sont bonnes puisque dès ce vendredi 5 juin, le marché doit retrouver son emplacement initial et l’ensemble de ses producteurs et artisans. 

“On est très contents de retrouver nos clients !”, lance Emmanuel Vanhee. Cet éleveur de volailles et de lapins, basé aux Arcs-sur-Argens, a pu continuer à travailler pendant le confinement, car il vend aussi ses produits sur deux points de vente collectifs, à Tourettes et Fréjus. Mais il estime que la fermeture des marchés a engendré une perte d’activité de l’ordre de 25 % à 30 %.
Il attendait donc avec impatience de pouvoir revenir sur le MPP de Lorgues, où il entame sa douzième saison. “Il y a évidemment moins de monde qu’en temps normal, mais c’est un marché qui fonctionne bien, et les habitués sont au rendez-vous, ça fait plaisir”, apprécie-t-il.

Pour Cécile Penot, maraîchère et productrice d’œufs de la Ferme des Sigoires, la réouverture des marchés était aussi très importante. “J’ai fait des paniers pendant le confinement, et mes produits ont bien marché. Les légumes, les œufs et les bocaux partaient très vite. J’ai beaucoup travaillé en mars et en avril, alors que c’est une période calme en vente en général. Mais ça demande un temps fou de prendre et de préparer les commandes, et du temps, on en manque sur une ferme. Je préfère les marchés”, souligne l’agricultrice installée à Correns.

Entre espoir et incertitude pour la saison estivale

Un peu plus loin, Laure Freytet est également ravie de pouvoir à nouveau vendre ses fromages et ses yaourts au lait de chèvre et de brebis, à Lorgues. “Heureusement, on ne fonctionne pas qu’avec un seul débouché. On a perdu des restaurateurs, et on a été pénalisé par l’annulation des foires qui nous occupent normalement beaucoup les week-ends. Mais on ouvre aussi l’exploitation à la vente deux fois par semaine. Et puis, on a pu faire les marchés de Fayence et de Saint-Antonin, qui ont rouvert rapidement”, explique l’éleveuse de la Ferme des Claux. C’est sa deuxième saison sur le Marché de producteurs de pays de la commune, et elle espère que la fréquentation sera au rendez-vous les prochaines semaines. “Sur un début de saison, je ne pense pas qu’on ait vraiment tant perdu que ça. La clientèle locale est au rendez-vous, et les gens jouent le jeu. La différence se verra sur juin et juillet, où l’on a l’habitude de beaucoup travailler avec les touristes, qui viennent pas mal de l’étranger. On attend de voir, si les vacanciers vont venir et s’ils auront les mêmes moyens que l’année dernière”, commente-t-elle.

Philippe Neveu veut rester optimiste : “Sur Lorgues et les environs, il y a beaucoup de locations saisonnières en logement individuel, et il semble que les propriétaires aient de nouveau des réservations. On n’est pas encore sûr que les étrangers viendront, mais les Français partiront aussi moins à l’étranger, alors on compte sur la clientèle française“, conclut-il.

Gabrielle Lantes


Pour Cécile Penot, maraîchère et productrice d’œufs, les marchés sont des sites de commercialisation essentiels.

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