Les producteurs du Var se réinventent pour faire face à la crise sanitaire

Publié le 07 avril 2020

Pour limiter la casse, les producteurs varois – dont l’activité peut être sévèrement impactée par les mesures de confinement – mobilisent différents outils pour continuer à commercialiser leurs marchandises.

À l’aube de la quatrième semaine de confinement, les producteurs du département mettent en place diverses initiatives, pour continuer à vendre leur production en local.

Commandes en ligne ou par téléphone, visites virtuelles, horaires réduits, paniers, drive, livraisons... Pour limiter la casse, les producteurs varois – dont l’activité peut être sévèrement impactée par les mesures de confinement – mobilisent différents outils pour continuer à commercialiser leurs marchandises, tout en respectant les consignes de sécurité et en répondant aux attentes des consommateurs.

S’adapter pour résister

On s’adapte ! On tient avant tout à protéger nos salariés et nos clients au mieux”, souligne Fabien Mistre, président des Vignerons de Correns. La cave coopérative a ainsi fait le choix de fermer ses trois magasins de Correns, Le Val et Aups. Face à la demande, les deux derniers devraient néanmoins être réouverts deux matinées par semaine, à partir du 6 avril. En attendant, un système de drive et de livraison a rapidement été mis en place. “Les commandes se font par téléphone. On s’occupe de charger les voitures pour le drive, et on fait un peu de livraisons aux particuliers, si les volumes sont suffisants. Ce qui fonctionne bien, c’est la livraison des grandes surfaces et des magasins bio en local. Notre chiffre a augmenté sur ce volet-là. Cela permet à nos clients de nous retrouver dans les endroits où ils font leurs courses, sans multiplier les déplacements”, explique Fabien Mistre. L’initiative permet de maintenir une activité, même réduite, pour la cave qui vend traditionnellement 70 % de sa production en direct dans ses propres boutiques. “Cela ne contrebalance pas la fermeture de nos trois magasins, loin de là. D’autant qu’on ne sait pas, une fois le confinement terminé, si les gens vont se remettre à consommer, si les touristes vont revenir... Les effets risquent de se faire sentir dans la durée”, note le vigneron.

À Taradeau, le Château de Saint Martin a, lui aussi, fermé son caveau de vente et mobilise ses outils numériques. “Nous faisons un drive où les gens peuvent passer commande sur notre site internet. Il fonctionne essentiellement avec le voisinage. Mais nous avons l’habitude d’accueillir beaucoup de monde, des départements voisins ou de plus loin. Il est donc aussi possible d’acheter en direct, avec le transport offert”, présente la propriétaire, Adeline De Barry. La vigneronne propose également une formule de vente avec master class, via l’application Twil (The wine I love, ndlr). “Le principe, c’est que les gens achètent des bouteilles au prix producteur, que nous dégusterons et commenteront ensemble”, détaille-t-elle. Pour le volet évènementiel, des visites virtuelles du domaine sont désormais possibles en direct. “Ces outils sont amenés à se développer dans les prochaines semaines. Bien évidemment, tout cela ne compense absolument pas la baisse d’activité mais, au moins, on fait quelque chose. Cela évite de devenir fou”, note Adeline De Barry.

Valoriser les productions locales

Aujourd’hui, on est là. Dans un mois, on ne sait pas”, lance de son côté Philippe Auda, maraîcher installé entre Fréjus et Roquebrune-sur-Argens. “Ce qui est bien, c’est qu’il y a quelques mois, les agriculteurs étaient vus comme des pollueurs. Aujourd’hui, il y a une nécessité, les gens cherchent à se rapprocher de la terre. Ils réfléchissent plus à ce qu’ils achètent, à ce qu’ils mangent. Ils se remettent à cuisiner, alors qu’ils n’avaient pas le temps... La question est de savoir si cette prise de conscience durera”, poursuit-il. Sur l’exploitation, déjà très durement touchée par les inondations de fin 2019, la crise sanitaire vient une fois encore bouleverser l’activité. Pour faire face, le producteur a opté pour un système de panier. “Je n’ai rien inventé. J’ai appelé des copains en Italie pour voir comment cela se passait à partir de la troisième semaine de confinement, et je me suis adapté”, expose-t-il. Le Marché des Garrigues propose désormais des paniers de 6 à 7 kg de fruits et légumes, pour 20 euros. La distribution se fait sur place, en drive, trois fois par semaine. “Tout se fait par texto. On reçoit la précommande, et on confirme en précisant le jour d’enlèvement”, précise Philippe Auda. Le producteur définit le contenu des paniers. “Je ne laisse pas de choix, sinon ça devient trop compliqué. Les trois quarts des produits viennent de ma production. Je complète avec des productions de collègues des alentours que je connais. J’ai été contraint d’acheter quelques fruits, car les gens veulent de la couleur dans leur panier. On propose une formule supplément à cinq euros, avec un produit en plus que j’achète”, explique-t-il. Le système lui permet de proposer ses produits de saison, en fonction des contraintes de production en cette période chargée. “En ce moment, on a encore des produits d’hiver. Ceux du printemps commencent à arriver et il y a toutes les plantations à gérer. Donc on manque de temps”, expose Philippe Auda.

Une difficulté partagée par les agriculteurs du marché de producteurs de pays du Pradet. Les marchés ayant été fermés sur décision du gouvernement, une dizaine d’entre eux a mis en place un site internet, sur lequel sont présentés les produits à la livraison sur la commune. La clientèle peut commander fruits, légumes, kumquats, fromages, huile d’olive, œufs, miels et produits de la ruche par téléphone. “On va essayer de faire deux livraisons par semaine, une le mardi matin, une le vendredi matin, ce qui correspond à nos jours de marché hebdomadaire”, indique Guillaume Briam, l’apiculteur du groupe. Les producteurs ont prévu de faire les tournées à tour de rôle, en fonction des disponibilités de chacun. La première a permis de réaliser une vingtaine de livraisons et, surtout, de cultiver le lien, entre producteurs et avec la clientèle. 

Gabrielle Lantes


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