Les suberaies face au changement climatique

Publié le 16 octobre 2019

L’ASL Suberaie varoise s’emploie à développer les financements privés pour supporter le coût de plantations.

Les 3 et 4 octobre à Ramatuelle, la cinquième édition des journées techniques du liège a réuni les différents acteurs de la filière, autour de la thématique de la santé des forêts de chênes-lièges et du changement climatique.

Organisées par le Syndicat mixte du massif des Maures, en partenariat avec les Communes forestières du Var et l’ASL Suberaie varoise, ces rencontres internationales bisannuelles ont permis de rassembler, cette année, plus de 80 professionnels et partenaires de la filière liège, forestiers, techniciens, scientifiques, transformateurs et élus, du pourtour méditerranéen. Entre conférences et visites de terrain, l’évènement, dont l’objet est de mettre en valeur le chêne-liège, s’est plus particulièrement concentré sur la santé des suberaies et le changement climatique.

La suberaie sous surveillance

Formées par la main de l’homme sur de longues périodes, les forêts de chênes-lièges françaises ont été largement délaissées, et beaucoup ne sont plus entretenues aujourd’hui. L’an dernier, les suberaies méditerranéennes ont ainsi été classées vulnérables par le comité français de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), association agréée au titre de la protection de l’environnement.

Dans ce contexte, les causes de dépérissement sont multiples et complexes. Les réseaux de surveillance et de suivi, coordonnés par le département santé des forêts de la Draaf, permettent d’observer les phénomènes à l’œuvre et leur évolution. L’état sanitaire du chêne-liège fait notamment l’objet d’un suivi spécifique grâce à un réseau de 33 placettes, soit plus de 660 arbres dans les différentes régions subéricoles de Corse, du Var, du Roussillon et des Landes. Dans les Maures et l’Esterel, environ 300 arbres sur une quinzaine de parcelles sont actuellement suivis. Le réseau s’intéresse à la fois aux phénomènes biotiques (insectes, pathogènes) et abiotiques (aléas climatiques).

Globalement, les observations des dernières années mettent en évidence une dégradation de l’état de santé des suberaies, “avec une mortalité supérieure à la moyenne française sur les Maures et l’Esterel”, note Jean-Baptiste Daubrée, du département de santé des forêts de la Draaf Paca. Si les maladies et ravageurs entraînent des dégâts, l’état de la suberaie empire les années sèches.

Effets combinés de la sécheresse et des incendies

“On note de façon générale une forte augmentation des dépérissements dans les écosystèmes forestiers, avec pour causes principales identifiées la sécheresse et les canicules, mais aussi le gel ces dernières années, et les parasites et maladies. Sur les 20 à 30 dernières années, il y a une multiplication par cinq du taux de dépérissement forestier à l’échelle de la planète”, souligne Michel Vennetier, ingénieur forestier et chercheur de l’Irstea. Les études menées par l’Institut de recherche environnementale montrent notamment que feux et sécheresses répétés accroissent mutuellement leur impact sur la suberaie. “On observe de nombreuses interactions feux/sécheresses avec l’augmentation des volumes de biomasse combustible, mais aussi sur la biodiversité et la fertilité des sols. Le feu rend plus sensible à la sécheresse, et la sécheresse rend plus sensible au feu”, synthétise Michel Vennetier. Incendies et sécheresse impactent ainsi la plupart des fonctions microbiennes liées au cycle des éléments nutritifs, ainsi que les vers de terre, “principaux contributeurs de la vie biologique des sols”. Et la répétition de ces phénomènes amplifie leurs effets. “Au-delà de la quatrième sécheresse, on voit que le milieu perd certaines fonctions. Quelques espèces vont devenir plus résistantes, mais la capacité de résilience du milieu est affaiblie”, explique encore Michel Vennetier. Le risque étant l’effondrement des écosystèmes. “On a d’ores et déjà atteint le climat qu’on nous prédisait pour 2040, au début du XXIe siècle. Il est donc urgent de lutter vraiment contre l’effet de serre, mais aussi de protéger plus que jamais les forêts des incendies”, alerte l’ingénieur forestier.

G. Lantes

 


La filière varoise travaille à la relance de la filière, notamment grâce à la production de bouchons en liège de Provence.

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