Liège : la construction comme nouvelle perspective de débouché

Publié le 23 octobre 2019

Le liège est actuellement utilisé sous différentes formes en construction, particulièrement en tant qu’isolant.

Alors que les acteurs de la filière multiplient les initiatives pour structurer et développer l’économie du liège, la construction apparaît comme une perspective d’avenir à construire.

La bouchonnerie est aujourd’hui la voie de valorisation la plus payante pour le liège, les prix et marchés restant “très variables en fonction des conditions météo et de l’économie mondiale”, explique Ramon Santiago Beltran, ingénieur forestier du Centre de recherche scientifique et technologique d’Estrémadure, à l’occasion des Journées techniques du liège organisées début octobre par le Syndicat mixte du massif des Maures. Dans le département, le partenariat initié, en 2015, entre l’ASL Suberaie varoise et l’entreprise Diam Bouchage, a d’ailleurs ouvert une voie de relance à l’activité du liège, même si les volumes mobilisés restent limités.

Parmi les autres débouchés, la cons-truction apparaît désormais comme une opportunité intéressante. Le liège, aussi bien naturel qu’expansé, est actuellement décliné sous de nombreuses formes dans la construction de bâtiments, pour l’isolation en gros et second œuvre, ainsi qu’en finition et décoration. Mais le coût élevé des matériaux de construction en liège est souvent un frein à leur utilisation. En parallèle, le débouché reste peu rémunérateur pour les propriétaires forestiers.

Freins et atouts du liège dans le bâtiment

Reconnu pour ses capacités d’isolation thermique et phonique, le liège présente pourtant de multiples avantages, notamment celui de protéger à la fois du chaud et du froid. Il répond ainsi déjà aux principes clés de la réglementation thermique 2012 pour des bâtiments basse consommation, à savoir : l’étanchéité à l’air, la prise en compte du bioclimatisme, la consommation énergétique limitée, le confort d’été et l’utilisation d’une énergie renouvelable.

“Le secteur du bâtiment a un impact environnemental assez important. Il représente 25 % des émissions de CO2, 50 % des ressources minérales extraites, 17 % des prélèvements en eau, et génère plus de 38 millions de tonnes de déchets. Dans ce contexte, l’évolution des normes de construction vers des bâtiments à énergie positive bas carbone est une porte ouverte à des matériaux comme le liège”, expose Guillaume Anton, de l’Agence des politiques énergétiques du Var.

Ainsi, l’isolation liège apparaît comme une solution pertinente pour répondre à la future réglementation environnementale 2020. “C’est un matériau biosourcé, durable et renouvelable, issu du vivant, dont la transformation ne nécessite pas d’adjuvant externe, qui a une durée de vie très longue. Il permet enfin de valoriser une production en circuit court. A l’avenir, le liège pourrait ainsi, pourquoi pas, à l’avenir concurrencer d’autres matériaux issus de la pétrochimie”, estime-t-il.

Une voie de valorisation à bâtir collectivement

Une perspective intéressante, à condition de pouvoir normaliser les matériaux liège locaux. En effet, les isolants liège ne disposent pas aujourd’hui de fiche de déclaration environnementale et sanitaire (FDES) spécifique, justifiant leur intérêt bas carbone. “Les fiches génériques de ces produits sont actuellement plutôt défavorables, car elles s’appuient sur des lièges de provenance étrangère, et tiennent donc compte du poids du transport”, explique Guillaume Anton.

La structuration de la filière est, par ailleurs, essentielle. “Concernant les applications du liège dans le bâtiment, il est important que le prix de vente permette de rémunérer les propriétaires, de financer la gestion forestière, les unités de transformation, et de payer des leveurs qualifiés”, plaide Olivier Gaujard, président de Fibois Sud Provence Alpes-Côte d’Azur. La question de la rentabilité est ainsi clairement posée, dans toute sa complexité.

Gabrielle Lantes


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