Maraîchers et oléiculteurs réunis sur la question de l’eau

Publié le 21 octobre 2021

Partage d’expériences autour d’Olivier Roux, oléiculteur et moulinier à La Londe-Les-Maures. © G. Lantes

Face au changement climatique, la gestion de l’irrigation est un enjeu clé pour les agriculteurs. Le sujet était au centre de la journée technique organisée par la Chambre d’agriculture, dans le cadre de l’animation des groupes Dephy Fermes ‘Maraîchage’ et ‘Oléiculture’.

Épisodes de canicule, manque ou excès de précipitations, gel printanier... le changement climatique pousse les agriculteurs à innover pour préserver leurs productions. La question de l’eau, en lien avec les problématiques phytosanitaires, est l’un des multiples paramètres de conduite à réfléchir pour faire face aux caprices de la météo, tout en répondant aux enjeux environnementaux. C’est un des axes du travail collectif engagé au sein des groupes Dephy ‘Maraîchage’ et ‘Oléiculture’ animés par la Chambre d’agriculture. Producteurs, techniciens et partenaires de ces deux groupes de progrès issus du Plan écophyto étaient invités à se réunir, le 30 septembre au Moulin du Haut Jasson, pour échanger autour de retours d’expériences visant à optimiser le pilotage de l’irrigation.

Le premier point, c’est d’avoir de l’eau. Aujourd’hui, même en vigne, si on n’a pas accès à l’eau, il devient difficile d’envisager une agriculture rentable“, pose Olivier Roux, élu de la Chambre d’agriculture du Var qui accueillait la rencontre. L’oléiculteur et moulinier de La Londe-les-Maures, membre du groupe Dephy oléicole, a, pour sa part, la chance d’être raccordé au Canal de Provence. “Après, la technique d’arrosage dépend beaucoup du sol. J’étais en microaspersion à une époque, mais je me suis aperçu que ça ne fonctionnait pas sur mon sol qui est argileux, très compact et pauvre en matière organique. Ça ravinait très vite“, témoigne-t-il.

Retour d’expérience en oléiculture

Sur les 5,50 hectares d’oliviers conduits en agriculture biologique attenants à son moulin, Olivier Roux a finalement installé un système de goutte-à-goutte sur deux rampes au sol, de part et d’autre de ses arbres. Il a aussi opté pour l’enherbement, plutôt que pour le travail du sol et épand par ailleurs les grignons issus du triturage des olives, qu’il complète par des apports conséquents de matière organique.

L’irrigation se pilote aussi en fonction des problématiques sanitaires. “Ici, tous les matins, il y a beaucoup d’humidité et ça pose d’importants problèmes de maladies du feuillage, la gestion est donc compliquée“, explique Olivier Roux. Pour limiter l’usage du cuivre, le producteur utilise une bouillie sulfocalcique. “Dans les conditions de productions locales, avec des printemps et des automnes à rallonge, donc des périodes de contamination plus longues, l’idée est d’intervenir en complément du cuivre, pour couvrir la période à risque. On a un vrai problème de développement de maladies du feuillage dans nos vergers d’oliviers : il faut donc être vigilant et bien surveiller ses arbres“, insiste Julien Balajas, responsable du pôle agronomie du Centre technique de l’olivier (CTO).

Pour déclencher traitement et apports d’eau au bon moment et à la bonne dose, Olivier Roux a investi dans une station météo et des sondes tensiométriques qui mesurent le taux d’humidité des sols à 30 et 60 centimètres de profondeur. Bien sûr, le contrôle et l’entretien du matériel sont essentiels. L’oléiculteur est, entre autres, particulièrement attentif à la filtration de l’eau, pour éviter que les goutteurs de son système d’irrigation ne se bouchent.

La gestion de l’irrigation s’inscrit ainsi dans le cadre global de la conduite de culture. “Une bonne irrigation, c’est un système adapté aux conditions de production. Il faut bien comprendre comment fonctionne son verger. Par exemple, si on n’apporte pas assez d’eau au moment de la lipogenèse, il n’y aura pas, ou peu, de production. Au contraire, si on en apporte trop, le ratio huile/eau sera déséquilibré. Il ne faut pas hésiter à tester différentes choses pour adapter son itinéraire technique“, souligne le technicien du CTO.

Dans cet esprit, différentes modalités de ferti-irrigation ont été mises en place l’an dernier chez Olivier Roux. “Ici, malgré les gros apports de matière organique en surface, l’oléiculteur observe un problème de pousse. Sur un sol argileux tassé, les arbres ne peuvent pas développer un système racinaire en profondeur, et ne s’alimentent pas comme il le faudrait. On a donc testé plusieurs solutions pour leur apporter ce dont ils ont besoin“, expose Julien Balajas.

La première est l’apport par ferti-irrigation d’un engrais autorisé en agriculture biologique qui, dilué par l’irrigation, va directement aux racines. La seconde a été l’application d’un engrais foliaire azoté. Pour chacune des modalités, six apports ont été effectués au même moment. “On a comparé ces deux pratiques à un une partie du verger témoin, où l’on a seulement fait une fumure de fonds et, pour les deux, la différence est visible. En revanche, nous n’avons pas noté de différence significative entre la fertilisation foliaire et la ferti-irigation“, observe Olivier Roux qui poursuit les essais avec le CTO.

Essai sur tomates en maraîchage

En maraîchage, c’est Simon Cordier, technicien du Criiam Sud, qui est venu éclairer le sujet. Un essai – mené depuis 2017 en plein champ chez un producteur pour l’interprofession nationale de la tomate de transformation – s’est attaché à réduire les apports d’eau, tout en maîtrisant les adventices, sans utiliser d’herbicides de synthèse. Trois modalités ont été mises en place dans ce but : une modalité de culture sur planche avec ferti-irrigation et désherbage chimique ; une avec ferti-irrigation et paillage biodégradable sans herbicide ; et une avec ferti-irrigation, et engrais vert couche au sol sans herbicide. La consommation en eau des plantes était transmise en temps réel par des sondes. Les résultats montrent que le système de culture avec paillage biodégradable permet d’arrêter totalement les apports en herbicides, alors que l’implantation et la gestion d’engrais verts – qui s’avèrent plus complexe – n’ont pas permis d’éliminer totalement la concurrence d’adventices. “Le paillage, combiné à un fractionnement des apports, permet à la plante de conserver un confort hydrique. On a vu que, par rapport à la modalité simple, le paillage permet aussi d’économiser 40 % d’eau, pour un rendement légèrement supérieur, et cela alors que le pilotage de l’irrigation en modalité simple est déjà loin d’être l’excès“, note Simon Cordier. Le système avec paillage offre donc une réponse technique intéressante, dont la rentabilité reste à affiner en fonction du coût du matériel et du temps de sa mise en place.

Ce que l’on remarque aussi, c’est que l’optimisation de l’irrigation passe par un système performant. Il existe aujourd’hui de nombreux outils connectés, ainsi que des capteurs, qui peuvent mesurer la salinité en plus de l’humidité dans le sol. Mais une simple tarière toute simple reste un outil indispensable. La surveillance du débit et de la pression sont également essentielles“, souligne enfin le technicien du Criiam Sud.

Gabrielle Lantes

Contacts :

Groupe Dephy Fermes ‘Maraîchage’ : Roxanne Delconte, conseillère de la Chambre d’agriculture du Var,
06 14 52 09 17, roxane.delconte@var.chambagri.fr

Groupe Dephy fermes ‘Oléiculture’ : Fanny Vernier, conseillère de la Chambre d’agriculture du Var, 
06 22 16 22 49, fanny.vernier@var.chambagri.fr


Un système d’irrigation performant doit être adapté aux conditions de culture. Ici, du goutte-à-goutte sur deux rampes permet un apport homogène. © G. Lantes

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