Notre-Dame des Anges : des débuts pleins de promesses

Publié le 06 octobre 2020

Éric Pastorino, président de l’ODG Côtes de Provence (à d), aux côtés de Jean-Pierre Daziano, président de la section ‘Notre-Dame des Anges’ au sein du syndicat d’appellation. (© G. Lantes)

Nouvelle dénomination géographique complémentaire de l’aire d’appellation des Côtes de Provence, ‘Notre-Dame des Anges’ affiche fièrement ses spécificités. Elle a été officiellement lancée à Pignans, le 21 septembre.

Sommet du massif des Maures, Notre-Dame des Anges culmine à 780 mètres d’altitude sur la commune de Pignans, entre Gonfaron et Collobrières. Perché parmi les pins, les chênes-lièges et les châtaigniers, le sanctuaire – édifié en ce lieu vers 1200 – attire de nombreux pèlerins et randonneurs. Emblématique, le site a donné son nom à la cinquième Dénomination géographique complémentaire (DGC) de l’AOC Côtes de Provence, reconnue par l’INAO pour les rouges et les rosés, en août 2019. Elle succède ainsi à celles de Pierrefeu en 2013, La Londe en 2008, Fréjus et Sainte-Victoire en 2005. “Le nom s’est imposé naturellement, car on aperçoit Notre-Dame des Anges des quatre coins du vignoble de la dénomination“, raconte Jean-Pierre Daziano, vigneron aux Mayons et désormais président de la section ‘Notre-Dame des Anges’, au sein du Syndicat des Côtes de Provence.

Une aventure collective

Les vignerons de ‘Notre-Dame des Anges’ vinifient cette année leur deuxième millésime, au terme d’un long processus de reconnaissance et d’un engagement qui font la fierté du président de l’ODG Côtes de Provence. “Je suis fier à double titre : d’une part, en tant que président des Vignerons de Gonfaron, au cœur du secteur de la DGC ‘Notre-Dame des Anges’ ; d’autre part, en tant que président du Syndicat des Côtes de Provence. Car obtenir cette reconnaissance n’est pas une mince affaire ! C’est une récompense, tant au niveau des vignerons que du syndicat“, applaudit Éric Pastorino.

La démarche a été lancée entre 2003 et 2005. Un laborieux travail de caractérisation des sols, du climat et des vins du vignoble du secteur, est venu constituer un solide dossier technique qui, après examen de l’INAO, a donné lieu à la nomination d’une commission d’enquête, dont les travaux ont finalement abouti à l’obtention de la DGC il y a à peine plus d’un an. Cette mention géographique complémentaire à l’AOC Côtes de Provence “vient reconnaître les caractéristiques spécifiques existantes“ du terroir de ‘Notre-Dame des Anges’, souligne Jean-Pierre Daziano. “Il ne s’agit évidemment pas de créer une dénomination de toutes pièces. Ce n’est pas une démarche commerciale. C’est une démarche de vigneron et de terroir qui reconnaît les spécificités de nos vins“, défend-il avec passion.

Un territoire particulier

Bordé par le massif des Maures, au sud, et les contreforts de la Provence calcaire, au nord, le territoire de l’AOC Côtes de Provence ‘Notre-Dame des Anges’ s’étend sur la partie centrale de la dépression permienne, de Carnoules aux Arcs-sur-Argens, et du Luc à La Garde-Freinet. Le terroir repose sur un socle de grès permiens datant de l’aire primaire, et enrichi au fil des âges de différents apports géologiques. Ainsi, on trouve quatre principaux types de sols sur le périmètre de la dénomination : les schistes des bordures des Maures, les pélites argilo-calcaires de la plaine, les anciennes terrasses alluviales de l’Aille, ainsi que des poches de sable entre Le Cannet-des-Maures et Vidauban.

Cette diversité de sol partage un climat méditerranéen aux accents continentaux, le vignoble de Notre-Dame des Maures étant coupé de l’influence maritime par le massif des Maures. Le territoire est soumis à des hivers frais et humides, et des étés particulièrement chauds et secs. Les précipitations annuelles sont de l’ordre de 800 à 900 mm. Le climat est ainsi caractérisé par une amplitude thermique marquée. “Le territoire de ‘Notre-Dame des Anges’ se présente comme une mosaïque de situations viticoles différentes, rassemblées dans une enveloppe climatique commune“, résume Mireille Conrath, œnologue et responsable technique du Syndicat des Côtes de Provence. Sols et climat constituent un milieu particulier, qui confère leurs typicités aux vins de la DGC.

Des typicités caractéristiques

Ceux-ci se caractérisent notamment par leur équilibre et leur belle longueur. “Nous produisons des vins d’assemblage à partir d’un encépagement majoritaire en syrah et grenache, mais aussi cinsault. Le climat permet d’avoir une belle maturité, tout en préservant de l’acidité, ce qui permet d’obtenir de beaux équilibres acide/alcool“, précise Jean-Pierre Daziano. Les rosés présentent des arômes fruités aux notes minérales, florales ou épicées, avec une belle fraîcheur en attaque, et une subtile amertume finale. Les rouges, structurés, qui nécessitent 12 mois d’élevage, offrent quant à eux un intéressant potentiel de garde.

Les DGC sont un mode de lecture des différentes spécificités de l’appellation Côtes de Provence. Elles permettent d’expliquer pourquoi les vins de tels secteurs sont différents d’un autre. Cela permet d’éclairer les consommateurs“, souligne Mireille Conrath. “L’AOC Côtes de Provence est vaste. On trouve à l’intérieur de ce grand périmètre des terroirs très spécifiques, qui font la richesse de notre appellation, à la fois une et plurielle“, apprécie Éric Pastorino. La segmentation en DGC – qui s’accompagne de contraintes supplémentaires au cahier des charges, notamment en matière de rendements – s’inscrit par ailleurs pleinement dans la démarche de montée en gamme, entamée par l’appellation Côtes de Provence.

C’est dans cet esprit que se construit tranquillement la Dénomination géographique complémentaire ‘Notre-Dame des Anges’, dont le territoire potentiel s’étend sur 2 900 hectares de vignoble en Côtes de Provence, répartis sur dix communes. Si cette superficie n’a pas vocation à être entièrement estampillée ‘NDA‘, le processus évolutif de sélection parcellaire reste ouvert pour les années à venir. Pour ce millésime 2020, 230 ha ont d’ores et déjà été retenus et peuvent prétendre à la toute jeune dénomination. Les vignerons – en lien avec le Syndicat des Côtes de Provence et le Conseil interprofessionnel des vins de Provence – travaillent d’autre part à mieux faire connaître leur identité, et préparent un évènement grand public pour l’année prochaine. “On maîtrise le savoir-faire, il faut maintenant travailler sur le faire savoir“, conclut Jean-Pierre Daziano.

Gabrielle Lantes


La dénomination géographique complémentaire s’étend sur un périmètre potentiel de 2 900 hectares de vignoble. (© G. Lantes)

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