Pascal Carvin, entre figue et grenade

Publié le 28 septembre 2021

À Solliès-Pont, Pascal Carvin travaille pour porter haut les couleurs de la figue, sur son exploitation comme à la Copsolfruit dont il est l’actuel président. © G. Lantes

Sur l’exploitation familiale comme au sein de la Copsolfruit, Pascal Carvin s’attache à promouvoir l’emblématique figue de son territoire, tout en s’engageant sur la voie de la diversification.

Pascal Carvin n’a que 18 ans et fait des études d’ingénieur des Arts et métiers lorsqu’il doit prendre le relais de son père, agriculteur, au décès de ce dernier, en 1982. Il poursuit sa formation tout en travaillant aux côtés de sa mère sur l’exploitation familiale. Il mènera les deux activités de front tout au long de sa carrière. Il cultive aujourd’hui, sur Solliès-Pont, une douzaine d’hectares dont six hectares de figuiers, quatre hectares de vignes – dont le raisin est apporté à la cave coopérative de La Crau – et, depuis peu, deux hectares de grenadiers. N’étant pas du genre à rester les deux pieds dans le même sabot, il a aussi créé depuis son entreprise d’embouteillage.

La figue comme production principale

Sur l’exploitation, l’activité principale reste la figue, produit phare du secteur et cher au cœur de Pascal Carvin. Administrateur de longue date de la Copsolfruit, il en est le président depuis 2012. "Ma mère en a été présidente pendant 17 ans, et c’est un devoir pour moi d’apporter ma contribution. Grâce à mon parcours atypique, je pense avoir des choses à apporter, aussi bien au niveau technique qu’en termes de vision d’entreprise. Et j’ai toujours été heureux de pouvoir le faire, que ce soit en tant qu’administrateur ou président, peu importe", confie-t-il.

C’est dans le même esprit qu’il cultive ses figuiers. Le verger, équipé d’un système d’irrigation par aspersion, est planté de quatre hectares de violette de Solliès en AOP, ainsi que deux hectares de pastillère, boule d’or et autre breva, qui permettent d’étaler le calendrier de production. Dès 1996, Pascal Carvin fait le choix de conduire ses arbres en agriculture biologique. "Au début, j’ai été poussé par l’intérêt économique. Et puis, très vite, l’intérêt environnemental et éthique s’est imposé", se souvient-il.

Pour l’arboriculteur, la principale contrainte est la gestion des adventices. Il opte d’abord pour l’enherbement spontané, avant de s’essayer – l’an dernier – au semis, dans le cadre du groupe de progrès 'figue' animé par la Chambre d’agriculture. "J’ai réalisé pas mal d’essais avec du seigle, de la vesce, du pois fourrager... Les analyses de sol permettent de faire les bons choix. Je sais maintenant utiliser les espèces qui, une fois roulées et broyées au sol, vont faire un mulsh qui permet de garder de l’humidité en période sèche, et va empêcher la repousse", explique-t-il. Avant de poursuivre dans un sourire amusé : "Une fois qu’on accepte qu’il y ait de l’herbe, ça se passe bien, même si ça représente du travail. Aujourd’hui, je peux dire que l’herbe est mon amie, alors qu’elle a été l’ennemie de générations d’agriculteurs !".

Pour ce qui est du volet phytosanitaire, la conduite en bio n’est, pour le producteur, finalement pas plus problématique qu’en agriculture conventionnelle, qui voit la gamme de produits autorisés se restreindre d’année en année. "Les deux principales difficultés sont la teigne et la mouche de la figue. Mais c’est assez simple. L’important, c’est d’être attentif pour intervenir au bon moment", estime-t-il. Pour limiter la prolifération des ravageurs, Pascal Carvin a largement développé le piégeage massif dans son verger.

La grenade comme voie de diversification

S’il n’utilise plus de désherbant et limite les intrants dans ses vignes, il n’a pas encore passé le cap de la certification bio pour sa production de raisin. En revanche, il produit en agriculture biologique les grenadiers qu’il a commencé à planter il y a deux ans. Conduits en buisson, ils sont irrigués au goutte-à-goutte. "On a choisi un mode de culture qui ne soit pas trop contraignant, même s’il y a un peu de taille de formation à faire, pour éviter que les fruits ne soient trop haut ou trop bas. Ce n’est a priori pas une culture compliquée, mais la fumure et l’irrigation doivent être précises. Après, on découvre la production en conditions locales, donc il faudra affiner les pratiques", présente Pascal Carvin.

La mise en place de la culture sur l’exploitation se fait en parallèle du travail engagé par la Copsolfruit pour développer une filière grenade locale. Comme lui, plusieurs producteurs du département se sont lancés, se regroupant au sein d’une association et d’un GIEE dans cette perspective. "C’est un produit auquel on croit, y compris à la Copsolfruit. Comme la figue, c’est un fruit un peu à part, qui a de nombreuses vertus ; et les circuits commerciaux sont similaires. Ce sont deux productions compatibles pour la structure. Et à la production, les coûts de cueillette sont moins importants que pour la figue", défend Pascal Carvin qui est, depuis 2012, le président de la coopérative fruitière de Solliès-Pont.

La structure spécialisée dans la figue a commencé à s’engager sur la voie de la diversification il y a quelques années, avec la blette, ainsi qu’un peu de fèves, de haricots et de fenouils pendant l’hiver. "Aujourd’hui, la diversification est une nécessité si l'on veut continuer à amortir les frais de structure, mais aussi fidéliser du personnel compétent. Or, c'était assez difficile uniquement avec la figue, dont la saison ne dure que trois à quatre mois. La diversification permet de fonctionner sur une période plus longue", explique-t-il. Et si la récolte de la grenade coïncide avec celle de la figue, la grenade a l’avantage de se conserver et de pouvoir être commercialisée sur deux à trois mois. D'ailleurs, la Copsolfruit réceptionne les premières grenades locales dès cette année. Les quantités, pour l’heure limitée, sont vendues à la boutique de la coopérative. "On avance pas à pas, il y a encore beaucoup de travail à faire, mais on est confiant", conclut le président. 

Gabrielle Lantes


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