Passage de relais au CIVP

Publié le 13 juillet 2021

Éric Pastorino (à droite) prend la suite de Jean-Jacques Breban (à gauche) à la tête de l’interprofession des Vins de Provence, pour trois ans. DR

Le Conseil interprofessionnel des vins de Provence a un nouveau président. Éric Pastorino, patron des Côtes de Provence, prend la suite du négociant Jean-Jacques Breban, avec la volonté de continuer à écrire la success-story des rosés de Provence.

Seul candidat déclaré, c’est tout naturellement qu’Éric Pastorino prend la tête des Vins de Provence, dans le cadre de l’alternance entre production et négoce à la présidence de l’interprofession. Élu pour trois à l’occasion de l’assemblée générale, organisée le 29 juin dernier à Saint-Tropez, le viticulteur, figure incontournable de la viticulture varoise, est le président de la cave coopérative de Gonfaron, et préside également le Syndicat des vins Côtes de Provence et la Fédération régionale des AOC du Sud-Est (Fraoc).

Aujourd’hui président du CIVP, Éric Pastorino entend s’inscrire dans la continuité de la stratégie portée par son prédécesseur, à savoir maintenir le leadership des rosés de Provence sur les marchés, avancer sur la voie d’une transition écologique pérenne et innovante, mais aussi renforcer le lien entre les différents acteurs de la filière.

Turbulences et résilience

Pour Jean-Jacques Breban, le mandat qui s’achève n’aura pas été de tout repos. Entre taxes américaines et Covid-19, le négociant salue le travail des équipes du CIVP dans des conditions peu évidentes. Il a fallu s’adapter pour maintenir la communication sur les différents marchés, le digital permettant de rester présent et de remplacer les évènements empêchés par les restrictions sanitaires en présentiel.

Malgré tout, les Vins de Provence résistent. Sur 2020, les sorties de chais connaissent un recul modéré de 7 % – -9 % pour les Côtes de Provence, +8 % pour les Coteaux Varois-en-Provence, -6 % pour les Coteaux d’Aix-en-Provence – essentiellement dû aux pertes liées au circuit cafés, hôtels et restaurants, partiellement rattrapées par le dynamisme des marchés à l’export et la reprise de parts de marché en grande distribution.

Et déjà, les indicateurs 2021 sont encourageants. À fin avril, les exportations de rosé de Provence de ce début d’année flirtent avec les 200 000 hl, soit une progression de 20 % par rapport à l’an dernier, avec un prix moyen HT départ cave en hausse de 5 %, à 4,90 €/bouteille. En grande distribution, les trois AOP de Provence enregistrent une progression de 3 % en valeur et 2 % en volume, de janvier à mai de cette année.

À ce jour, la reprise est claire à l’export, où nous dépassons nos niveaux de 2019 ; et les ventes en grande distribution restent en hausse. L’arrêt des taxes US est une bonne nouvelle. La réouverture des bars et des restaurants est prometteuse, et l’été s’annonce aussi dynamique que l’année dernière. La crise sanitaire a freiné, mais n’a pas remis en cause, le potentiel de nos rosés en France et à l’international“, commente Jean-Jacques Breban. Pour autant, “la pandémie ne s’est pas arrêtée comme par magie l’année dernière. Nous continuons à subir ses effets en 2021“, note-t-il, en abordant la question du vrac encore en stock, malgré la demande soutenue des marchés. “Certes, la conjoncture économique entraîne un étalement des achats en flux tendu. Mais ce retard pose la question de l’adéquation de notre offre avec les marchés. La montée en gamme de nos AOC se poursuit, la qualité doit être au rendez-vous. Nous devons donc continuer à travailler et améliorer la qualité de nos vins, si nous voulons assurer un développement pérenne de notre vignoble. À ce titre, nous devons aussi nous interroger collectivement sur la gestion des stocks et sur la problématique du millésime“, analyse le président sortant du CIVP. “Par ailleurs, la montée en gamme ne doit pas signifier devenir inaccessible. La force de nos rosés est le plaisir et la liberté du moment de consommation qu’ils offrent. Nous devons trouver le délicat équilibre, pour rester populaire et premium à la fois.

Le bilan de Jean-Jacques Breban

À l’heure du bilan au terme de trois années de présidence, Jean-Jacques Breban souligne, d’autre part, “la bonne entente et la collaboration constructive entre négoce et production“, un des axes stratégiques de son mandat. “Nous avons pu bâtir un projet ambitieux et augmenter les cotisations et le budget de l’interprofession pour être à la hauteur des enjeux. (…) Cette augmentation nous a, entre autres, permis de doubler nos budgets à l’export, pour mener de front trois objectifs : maintenir notre communication en Amérique du Nord, défricher les marchés asiatiques encore peu ouverts pour nos rosés, et renforcer notre présence sur les marchés européens en pleine croissance“, explique-t-il. Avant de poursuivre : “Attention de ne pas délaisser le marché français ! Nous avons vu, avec le Covid, que la grande distribution reste un circuit solide et incontournable. (…) Sachons construire une gamme de produits, de qualité et de prix, nous permettant d’être présents sur les différents marchés“.

Pour ce qui est de la transition écologique, autre orientation essentielle du CIVP, Jean-Jacques Breban souligne les multiples initiatives à l’œuvre au sein des entreprises et organismes de la filière. L’interprofession porte en parallèle – en partenariat avec les ODG, le cluster Provence Rosé, la Chambre d’agriculture et le Centre du Rosé – le projet ‘Enviprov’ qui, dans le cadre du Plan de relance, vise à mettre en place un bilan carbone pour la filière, à accélérer les démarches de conversion en Haute valeur environnementale (HVE), améliorer la connaissance et la gestion des sols et accompagner le vignoble dans l’évolution des pratiques.

Nous pouvons avoir foi en notre vignoble et en notre développement à l’avenir. De nombreux investisseurs continuent à arriver en Provence (…) Ces nouveaux venus vont sûrement renforcer notre image et notre valeur dans les années à venir, et c’est une bonne chose. Mais c’est le travail et la ténacité des vignerons provençaux qui nous ont permis d’être là aujourd’hui. Nous ne sommes pas qu’un eldorado à vendre : nous sommes un vignoble fier de son histoire, de son savoir-faire et de ses vins rosés“, conclut Jean-Jacques Breban.

Nouveau mandat dans la continuité

C’est dans le même esprit qu’Éric Pastorino prend le relais à la présidence du CIVP. Saluant le travail de son prédécesseur, “homme de parole et de dialogue“ et défendant “la richesse du collectif“, le nouveau président de l’interprofession entend renforcer la relation avec les adhérents et fédérer tous les acteurs de la filière.

Le CIVP doit être à l’origine d’une réflexion sur la mutualisation de la recherche et du développement de nos Vins de Provence. Le changement climatique et la spécialisation de nos terroirs sur le rosé doivent réunir l’interprofession, les ODG, la Chambre d’agriculture, le cluster et l’IFV, pour mutualiser les moyens afin de définir un modèle adapté à notre terroir provençal“, souhaite-t-il notamment.

Poursuite de la montée en gamme, renforcement de la politique œnotouristique, développement des relations internationales, transition écologique… autant de dossiers sur lesquels le CIVP va continuer d’avancer. “Le conseil d’administration devra définir une stratégie tenant compte de nos évolutions récentes. Nous devrons réfléchir à adapter notre organisation interne et politique aux évolutions sociétales et générationnelles“, annonce Éric Pastorino. Un nouveau plan stratégique sera proposé lors de la prochaine assemblée générale du CIVP, d’ici la fin de l’année.

Gabrielle Lantes


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