Pierre Macotta, le diamant noir, une passion qui se cultive dans le Haut-Var

Publié le 14 novembre 2022

Oléiculteur, Pierre Macotta est désormais également trufficulteur. Une production passion dont il espère tirer un nécessaire complément de revenu (G. Lantes).

Passionné de truffe depuis l’enfance, Pierre Macotta s’est lancé il y a peu dans la restructuration d’anciennes truffières, à Baudinard-sur-Verdon. Un chantier de longue haleine qu’il mène avec énergie et conviction.

Si la truffe le passionne depuis toujours, Pierre Macotta est avant tout oléiculteur. Il cultive 7,5 hectares d’oliveraies en fermage sur le secteur de Varages. Sa production est destinée à la fabrication d’huile d’olive vendue en direct sur les marchés de Régusse et Garéoult, ainsi que sur le marché de producteurs de pays des Salles-sur-Verdon, l’été. “L’oléiculture est mon activité principale. Je fais aussi de la taille. Je ne me suis mis à la trufficulture que récemment, dans le cadre de la diversification agricole. Mais je suis passionné depuis bien longtemps : je vais aux truffes depuis que je suis tout gamin !”, raconte l’agriculteur.

Entre rénovation et replantation

Voilà maintenant trois ans, il a entrepris de relancer la production de Tuber melanosporum, truffe noire de son nom vernaculaire, sur 2,5 ha d’anciennes truffières à Baudinard. Plantées de différents chênes, les surfaces qu’il a repris en fermage n’étaient plus exploitées depuis plusieurs années. Il a donc fallu commencer par nettoyer les parcelles, puis travailler le sol en veillant à préserver l’écosystème. Notamment les lavandes déjà présentes. “Grâce au système racinaire et à la couverture du sol, certaines plantes comme la lavande ou le thym ici, d’autres ailleurs, permettent de maintenir une certaine humidité et le champignon va se développer plus facilement”, explique Pierre Macotta.

S’en est suivie une importante phase de taille de remise en production. “On essaie de tenir les arbres pas trop haut, pour qu’il y est toujours de la lumière au sol. Car, si le milieu se referme trop, la truffière périclite”, éclaire le trufficulteur. Une partie des bois de taille a été broyée sur place, et une autre brûlée. “On ne peut pas laisser tout le bois sur la truffière, car un excès de matière nuit au champignon”, explique-t-il encore.

En parallèle, l’agriculteur a investi dans la plantation de jeunes arbres, dans l’intervalle des plus anciens. Il a privilégié des essences locales de chênes vert et blanc, et a planté des sujets âgés d’un ou deux ans de sorte à favoriser leur implantation au terroir. “On est ici sur un sol argilo-calcaire qui ressemble à celui du plateau de Valensole, un peu plus haut. C’est très important, car la truffe ne se développe pas sans calcaire actif dans le sol”, indique Pierre. Quelque 200 arbres ont ainsi été replantés. Au pied de chacun, un paillis en fibre de coco permet d’éviter la concurrence des adventices et de garder l’humidité.

Ensemencement, piégeage et irrigation pour favoriser la production

À partir de la deuxième année, Pierre s’attache à favoriser la production de truffes, en pratiquant le piégeage et l’ensemencement. “La truffe est un champignon qui vit en symbiose avec l’arbre. À l’époque, les anciens gardaient les vilaines truffes pour réensemencer. Aujourd’hui, on a des mélanges de spores et de vermiculite pour le faire. Le piégeage consiste à mettre ce mélange dans des trous, creusés manuellement à la tarière au niveau des racines des arbres, avec un terreau stérile. Cela favorise la symbiose. Ensuite, on apporte une mixture avec du sucre, pour nourrir l’arbre et le champignon”, développe-t-il.

Le producteur a aussi installé un système d’irrigation par micro-aspersion, avec une bâche tampon, alimentée par un forage. L’eau est à ses yeux un élément clé de l’avenir de la trufficulture. “La plantation se fait soit à l’automne, vers la Sainte-Catherine, soit au printemps, pour profiter de pluies qui se font de plus en rares. Les arbres ont pourtant besoin d’eau. La truffe a aussi besoin d’eau pour se développer, mais elle n’aime pas particulièrement ça : il lui faut un sol drainant. C’est notamment pour ça qu’on fait un griffage régulièrement. Mais, sans irrigation aujourd’hui, ce n’est quasiment plus possible de produire de la truffe en Provence. On voit d’ailleurs que le champignon migre vers le nord. Dans le milieu sauvage, on est bien loin des centaines de kilos de truffes qui se ramassaient il y a cinquante ans. Avec le changement climatique, les truffières naturelles disparaissent. Par le passé, les anciens disaient qu’ils y avaient une mauvaise année sur dix. Maintenant, c’est une bonne sur dix”, défend le trufficulteur.

Un revenu complémentaire attendu

S’il faut attendre huit à douze ans pour que les jeunes arbres entrent en production, les investissements engagés sur les plus vieux commencent doucement à porter leurs fruits. Avec ses chiennes, Lol et Lala, patiemment dressées au cavage, Pierre a pu ramasser quelques truffes l’an dernier. Au pied de certains chênes, le phénomène de brûlé semble de bon augure.

Alors que les mauvaises années se succèdent, la diversification est, pour Pierre, la perspective d’un revenu complémentaire devenu nécessaire. “Ça devient très compliqué en oléiculture. Cette année, je vais faire 85 % de récolte en moins. On travaille douze heures par jour pour pas grand-chose”, souligne-t-il.

En attendant de tirer bénéfice des investissements auxquels il a consenti, c’est sa passion dévorante pour la truffe qui fait office de moteur. Il entend poursuivre énergiquement le vaste chantier de restructuration entamé il y a trois ans, et a déjà programmé de planter encore quelques arbres, au printemps qui vient. 


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