Pivoine : une dynamique positive

Publié le 11 janvier 2022

Choral Charm arrive en tête sur le Marché aux fleurs cette année, avec plus d’un million de tiges commercialisées. © DR

Production phare de la filière fleur coupée du Var, la pivoine continue de battre des records et de mobiliser les efforts de la production. Bilan de la dernière campagne, avec Phila-Flor.

Reine du Marché aux fleurs de Hyères, la pivoine poursuit son développement dans le département du Var. Les surfaces recensées par la Sica ont ainsi progressé de 57 % en six ans. "Il y a une accélération depuis 2007, et la tendance ne faiblit pas. On observe d’ailleurs que le matériel végétal commence à être difficile à trouver, avec des prix à la hausse et donc une augmentation des coûts de production", remarque Christophe Massel, technicien du groupement de producteurs de fleurs coupées Phila-Flor. En 2021, les surfaces enregistrées par le Marché aux fleurs approchaient ainsi les 160 hectares pour 12,5 millions de tiges produites (contre 10,5 millions en 2019) et plus de 12,8 millions d’euros de chiffre d’affaires. Les producteurs adhérents de Phila-Flor représentent 64 % des apports et 67 % du chiffre d’affaires.

Production et prix record

Si la commercialisation de la production 2020 a été mise à mal par le confinement, 2021 a été une campagne très positive. "On observe que la saison a démarré un peu plus fort qu’à l’habitude. Nous avions eu un hiver particulièrement frais, avec une prise de froid dès décembre, et les hybrides ont bien réagi à cette prise de froid précoce. Le pic de production a été assez écrêté sur les semaines 19 et 20, et la fin de saison a été relativement précoce", explique Christophe Massel.

Une cinquantaine de variétés est présente sur le Marché aux fleurs de Hyères, dont une vingtaine compose le gros des volumes. En tête, on trouve Choral Charm, Pêcher ou Sarah Bernhardt en quantité croissante. Claude Tain, Reine Hortense et Bowl of Cream progressent également, alors que les surfaces de Jules Elie, Duchesse de Nemour ou Odile décroissent. Sur l’ensemble de la production, le prix moyen sur la Sica Maf bat encore des records et s’élève à un euro la tige pour 2021.

Au volet technique, pour les producteurs, le premier fléau reste la gestion des adventices, avec de moins en moins de solutions à disposition. Pour ce qui est de la pression phytosanitaire, outre les traditionnelles problématiques de cladiospora, sclerotinia et autre phytophtora, Phila-Flor attire l’attention sur des attaques tardives de botrytis. "On n’y est pas habitué, mais c’est à surveiller en fonction du climat et de l’hygrométrie. Il faut être vigilant, car la pérennité de la pivoine pourrait être entravée par ce genre de problème dont on n’a pas l’habitude. Il faut y travailler pour pouvoir privilégier des mesures préventives", souligne Christophe Massel.

Des pratiques qui évoluent

Si la pivoine est une culture faible en intrant, l’optimisation des itinéraires de production est une préoccupation constante pour les horticulteurs. Pour les accompagner, les organismes professionnels multiplient les initiatives.

Grâce au soutien financier de Toulon Provence Méditerranée, le groupement de producteurs Phila-Flor réalise notamment chaque année une centaine d’analyses de sol, dont une soixantaine sur pivoine. "La campagne d’analyse de sol permet d’adapter la fertilisation, dans l’objectif de faire des économies d’intrants, en répondant aux besoins de la plante et en améliorant la production", rappelle Jeanna Couedel, conseillère de Phila-Flor. "Il est important d’en faire régulièrement pour avoir un conseil spécifique, adapté à la parcelle et à la vie de la parcelle dans le temps. Cela permet aussi de détecter d’éventuelles carences de la plante", poursuit-elle.

L’enjeu est d’autant plus important que le bassin hyérois, principal secteur de production de fleurs coupées du département, se situe en zone vulnérable aux nitrates et compte plusieurs aires d’alimentation de captage. Les horticulteurs doivent donc se plier aux réglementations en vigueur, pour prévenir le risque de pollution azotée.

Sur la base des travaux réalisés par le Scradh, un réseau froid – qui s’appuie sur 15 sites de mesures – permet par ailleurs de réaliser un suivi cartographique de la prise de froid des cultures. Dans ce cadre, un nouveau capteur a été installé à Ollioules, l’an dernier. La prise de froid ayant des effets à la fois sur la quantité et la qualité de la production de pivoine, l’information est importante pour les producteurs.

Dans le même esprit, depuis quatre ans, Phila-Flor assure l’enregistrement de données d’irrigation. Grâce à des sondes capacitives installées sur des exploitations, les producteurs engagés peuvent suivre la consommation d’eau des plants. L’initiative est à l’origine du projet 'Si-Fever', piloté depuis l’an dernier par le Scradh. PhilaFlor réfléchit désormais à la mise en place d’un réseau dédié à l’irrigation. "Les sondes sont des outils d’aide à la décision précieux, et l’objectif est de les utiliser en complément de pluviomètres, en vue de progresser sur l’acquisition de références", présente Marie-Madeleine Bazzano, conseillère technique de Phila-Flor.

Pour le président de Phila-Flor, Jean-Claude Véga, la dynamique à l’œuvre est essentielle à l’adaptation de la production, que ce soit vis-à-vis des évolutions réglementaires ou des effets du changement climatique. "Le but de ces différents travaux est d’acquérir un maximum d’informations qui collent à la réalité du terrain, et qui pourront être exploitables dans les entreprises. Les contraintes de production sont de plus en plus nombreuses, mais les producteurs sont motivés. On fait davantage d’essais sur les exploitations, et nos structures professionnelles sont là pour les accompagner", apprécie Jean-Claude Véga.

Gabrielle Lantes

 


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