PNR de la Sainte-Baume : les PSE expérimentés dans le Var

Publié le 20 janvier 2022

Pierre Venel (à gauche), maraîcher de La Roquebrussanne, accompagné par Alaric Stéphan, chargé de mission agriculture au sein du Parc naturel régional de la Sainte-Baume. © G. Lantes

Retenu dans le cadre de l’appel à initiative de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, le Parc naturel régional de la Sainte-Baume met en œuvre l’expérimentation des Paiements pour services environnementaux (PSE) en agriculture sur une partie de son territoire.

Démarche expérimentale initiée par le ministère de la Transition écologique à la suite du Plan biodiversité de 2018, les Paiements pour services environnementaux (PSE) visent à soutenir des pratiques contribuant à préserver et restaurer les écosystèmes naturels. “L’objectif, c’est de rémunérer les agriculteurs pour les services qu’ils rendent en matière de préservation de l’eau et de la biodiversité, deux axes forts de l’action du PNR Sainte-Baume, sur lesquels diverses actions sont engagées depuis un certain temps“, présente Alaric Stéphan, chargé de mission ‘Agriculture‘ du Parc naturel régional de la Sainte-Baume.

La structure est l’une des 21 à avoir été retenue dans le cadre de l’appel à initiatives de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse en 2020, afin d’expérimenter le dispositif sur des zones à enjeux. Dans ce but, cinq secteurs ont été particulièrement ciblés, dont quatre dans le Var : la plaine du Caramy et celle de l’Issole, dans les zones de captages prioritaires du Lac Carcès ; la plaine de Signes et ses environs dans la vallée du Gapeau, en amont d’une zone vulnérable aux nitrates ; la plaine Sud Sainte-Baume (La Cadière, Le Castellet, Le Beausset, Evenos) sur le bassin versant du captage prioritaire du Puits des Noyers ; et, enfin, la plaine de Cuges, dans les Bouches-du-Rhône, où le Parc étudie la possibilité de création d’une zone de sauvegarde de la ressource en eau souterraine.

Sept critères pris en compte

La première année de l’expérimentation (2021) déclinée sur cinq ans, le PNR de la Sainte-Baume s’est attelé à mobiliser les agriculteurs et à construire les critères de rémunération des exploitations, en lien avec les professionnels et avec l’appui de la Chambre d’agriculture du Var, des associations départementale et régionale des producteurs bio AgribioVar et Bio de Paca et d’un bureau d’étude spécialisé. “Sur la base du cadre défini par l’Agence de l’eau, nous avons choisi sept critères pertinents pour le territoire, qui font l’objet d’une notation“, précise Alaric Stéphan. Sont ainsi pris en compte dans le calcul des PSE : le pourcentage d’infrastructures agroécologiques (haies, bosquets, marres, murets en pierre sèche...) sur la SAU, et la diversité des milieux présents au volet de la gestion des structures paysagères, d’une part ; la longueur moyenne de rotation, le pourcentage de couverture des sols, l’Indice de fréquence de traitement (IFT) herbicide, le volume d’eau consommée et la quantité moyenne d’azote minéral utilisé à l’hectare d’autre part, pour ce qui concerne la gestion des systèmes de production. “Un barème regroupant ces différents éléments nous permet de noter la performance environnementale des exploitations, et la rémunération est calculée à partir de la notation et de la surface. Plus la surface est importante, plus la rémunération est incitative. Le schéma surfacique est sans doute une limite du dispositif, mais la logique est que plus la surface engagée est grande, plus l’impact environnemental est important“, indique le chargé de mission ‘Agriculture‘ du PNR Sainte-Baume. Autre paramètre important identifié comme un frein : les PSE ne sont pas cumulables avec les aides à la conversion et au maintien de l’agriculture biologique.

24 exploitations engagées

Pour autant, 24 exploitations agricoles, totalisant 367 hectares, se sont engagées dans l’expérience, dont une majorité en viticulture, mais aussi en maraîchage (3 entreprises), en grande culture (1) et en production de safran (1). Chacune des fermes a fait l’objet d’un diagnostic initial, en vue de la mise en place d’un contrat et d’un suivi individuel. Les rémunérations sont financées par l’Agence de l’eau, et les premiers versements sont attendus pour le premier trimestre 2022. Sur cinq ans, environ 340 000 € devraient venir soutenir les pratiques des agriculteurs engagés dans l’expérimentation des PSE au sein du PNR de la Sainte-Baume. L’Agence de l’eau finance également le pilotage, l’animation et le suivi du dispositif assuré par le PNR.

Chaque année, les pratiques mises en œuvre seront réévaluées et la rémunération recalculée. “Les PSE ont vocation à valoriser les pratiques existantes stables, mais aussi les évolutions des pratiques des professionnels. L’objectif est donc de les accompagner dans leur parcours“, souligne Alaric Stéphan.

Dans cet esprit, tous les bénéficiaires s’engagent à atteindre le niveau du Label ‘Haies‘ en cinquième année du dispositif. “Dans la plupart des plaines agricoles, on observe la disparition des continuités écologiques que sont les haies et que le PSE vise à reconstituer“, note Alaric Stéphan.

C’est avec les haies que Pierre Venel, maraîcher et arboriculteur sur quatre hectares à La Roquebrussanne, a entamé sa démarche agro-
écologique, au départ pour protéger les cultures du vent. Une mare, visant à améliorer le système d’irrigation, a ensuite été aménagée. Installé en 1990, le producteur est certifié en agriculture biologique depuis une dizaine d’années seulement. “Quand j’ai commencé, j’étais formaté par ce qu’on apprenait au lycée agricole à l’époque. Et puis, j’ai été confronté à des impasses sanitaires dans les serres, sur aleurodes ou acariens, que les produits chimiques aggravaient“, explique-t-il. Il commence alors à actionner les leviers de la lutte biologique intégrée, avec le lâcher d’auxiliaires de culture puis la création de nouvelles haies et de bandes fleuries, pour apporter abri et nourriture à la faune de l’écosystème, qui s’est progressivement développée. “On a conservé un milieu naturel vivant, avec beaucoup de chênes blancs très riches au niveau entomofaune, ainsi que des murets en pierre et des tas de bois. On a travaillé sur les haies, l’eau,  et puis l’enherbement et le non-travail du sol sont venus progressivement“, présente rapidement le producteur.

Valorisation et dynamique

Convaincu de la nécessité de favoriser la biodiversité au sein des systèmes agricoles, Pierre Venel n’a pas pour autant été séduit immédiatement par les PSE. “L’exploitation coche déjà à peu près toutes les cases à des niveaux élevés et, vu la superficie, l’enjeu financier est faible. Mais j’ai voulu jouer le jeu, car ce sont des mesures qui vont dans le bon sens et qui permettent de faire avancer les agriculteurs. Je suis impliqué dans la commission ‘Agriculture’ du Parc, et je me sens concerné par la démarche“, explique-t-il. “C’est particulièrement intéressant sur les haies, qui peuvent avoir des effets rapides. C’est une bonne chose d’aider les agriculteurs à les reconstituer“, poursuit-il. Pour les 4 ha de son exploitation, l’agriculteur devrait percevoir des PSE s’élevant à 850 €, soit un peu plus de 200 €/ha.
Mais ce qui le motive est de faire fructifier son expérience.

Le dispositif est finalement un outil parmi d’autres, pour accompagner les agriculteurs vers la transition écologique. Au niveau du Parc, nous organisons déjà des journées d’échanges. Nous travaillons de plus en plus sur le suivi d’exploitations, et nous faisons des inventaires agroécologiques qui permettent de mettre en évidence les sites à préserver car, comme on l’observe un peu partout, les niveaux de population de certaines espèces sont en baisse et d’autres ont déjà disparu.
On essaye donc de proposer des solutions, et les PSE s’inscrivent dans cette dynamique
“, intervient Alaric Stéphan.

Pour Vincent Rougier - vigneron coopérateur de La Cadiérenne installé sur 8 ha en AOC Bandol, AOC Côtes de Provence et IGP Var -, les PSE viennent en effet valoriser et développer des pratiques qui gagnent du terrain. “Au niveau de la cave coopérative, on est déjà sur la Haute valeur environnementale. J’ai aussi commencé à semer des engrais verts, à limiter le labour et à laisser les sols couverts pendant l’hiver. L’an prochain, je prévois d’installer des nichoirs sur mes parcelles. Les PSE permettent de reconnaître tout ça, et puis ça aide à financer les surcoûts“, défend-il. “Ce qui est bien, c’est que c’est flexible. Et puis on ne prend pas uniquement en compte les produits, mais différents éléments favorables à la biodiversité“, apprécie-t-il. Le viticulteur devrait cette année être rémunéré pour commencer à hauteur de 1 800 €. Un montant susceptible d’évoluer au gré des pratiques instaurées.

À l’issue des cinq ans d’expérimentations, le dispositif fera l’objet d’une évaluation. “Il faut espérer que ce type d’aide soit pérennisé pour accompagner les agriculteurs“, souhaite Vincent Rougier. “Des éco-régimes avec des PSE ont été introduits dans le cadre de la réforme de la future Pac. Il faudra donc attendre de voir ce que deviendra le dispositif“, indique Alaric Stéphan.

Gabrielle Lantes

Contact : PNR Sainte-Baume, Alaric Stéphan, alaricstephan@pnr-saintebaume.fr


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