‘Potagers & compagnie’ cultive l’esprit d’entreprise

Publié le 23 juillet 2020

Le potager de la ferme Saint-Georges, siège du Cabinet d’agronomie provençale, a été inauguré et présenté aux acteurs du territoire, le 2 juillet. © DR

Entreprise solidaire d’utilité sociale, ‘Potagers & compagnie’ essaime son concept de potager d’entreprise, en s’appuyant sur un statut original de maraîcher salarié. Objectif ? Valoriser un modèle éthique et équitable de production bio de proximité.

Au départ, Laurence Berlemont, fondatrice associée du Cabinet d’agronomie provençale (Le Val), souhaitait mettre à disposition d’un maraîcher une partie des terres de la ferme Saint-Georges, siège de son entreprise. Mais, très vite, son projet a évolué. “En France, un maraîcher travaille souvent 50 à 70 heures par semaine, pour un revenu mensuel de 500 à 700 euros. Et quand survient un aléa, c’est son salaire qui sert de variable d’ajustement. C’est une énorme responsabilité supportée par une personne seule. Je ne m’imaginais pas installer ce modèle sous nos fenêtres, alors qu’au sein du cabinet, les gens vivent plutôt bien”, raconte Laurence Berlemont.

L’œnologue pense alors à salarier un maraîcher. “L’idée était que les 30 salariés du cabinet acceptent d’intégrer un 31e collaborateur, dont le travail serait de nourrir les autres. Ainsi, c’est la communauté que représente l’entreprise qui emploie, qui investit et qui assure l’équilibre financier de l’activité, si la vente des fruits et légumes ne suffit pas”, explique-t-elle.

Sur cette base, Laurence Berlemont s’associe à Julien Vert, polytechnicien et ingénieur des eaux et forêts, anciennement dans la haute fonction publique, pour créer ‘Potagers & compagnie’, société de création de potagers d’entreprise. L’ambition est de développer, et d’essaimer, un modèle économique équitable de maraîcher salarié, qui réponde aux enjeux socio-environnementaux actuels, en commercialisant des productions bio en circuit court.

Un maraîcher pas comme les autres

La structure accompagne la création, le recrutement et la formation si nécessaire. Ensuite, les potagers sont autonomes. Développé en entreprise, le dispositif peut aussi être porté par une collectivité, un club sportif ou autre, dès lors que la communauté est de taille suffisante et s’engage à supporter les coûts d’investissement et de fonctionnement du potager. “On a estimé que le dispositif, une fois la production vendue, peut entraîner un surcoût de 10 000 à 15 000 euros par an. C’est difficilement soutenable pour quelqu’un qui est seul, mais l’impact n’est pas le même pour une entreprise. Cela entre dans le cadre de la RSE (Responsabilité sociétale des entreprises, ndlr). C’est un outil qui permet de créer du lien et du bien-être au travail. C’est donc aussi, pour l’entreprise, un moyen d’investir sur le management et sur l’image”, souligne Laurence Berlemont.

De la même manière, pour les entreprises ne disposant pas de terre, le foncier peut être porté par une collectivité locale. “Cela ouvre des perspectives dans les zones d’activités où les espaces à végétaliser pourraient être dédiés à l’installation de potagers, où les salariés des entreprises pourraient s’approvisionner en produits frais”, ajoute Laurence Berlemont.

Quant au maraîcher salarié, il bénéficie des mêmes avantages que les autres salariés : salaire fixe, congés payés, couverture sociale... “Le maraîcher doit pouvoir avoir une vie décente. On est parti sur une rémunération mensuelle nette de 1 500 euros avec un treizième mois, en essayant de ne pas dépasser les 40 heures hebdomadaires, les heures supplémentaires étant payées au-delà de la 39e heure. Les congés seront pris de préférence en période creuse”, développe la cofondatrice de ‘Potagers & compagnie’. Et, pour assurer le relais, plusieurs solutions sont envisagées : les entreprises pourront, par exemple, offrir des journées en proposant à leurs autres salariés, sur la base du volontariat, d’être ponctuellement missionnés sur l’activité de production agricole, en remplacement du maraîcher pour des tâches simples, ou en renfort en fonction des besoins saisonniers de main-d’œuvre. ‘Potagers & compagnie’ pourra aussi, de son côté, mettre à disposition un maraîcher tournant, pour les pics d’activité et les remplacements.

Une initiative qui séduit déjà

Vitrine de l’initiative, le premier potager a vu le jour voilà six mois au Val, sur le site du Cabinet d’agronomie provençale. Il comprend des cultures maraîchères variées et des poules pondeuses. Des arbres fruitiers doivent aussi y être plantés prochainement. Il fournit, depuis quelques semaines, des paniers hebdomadaires aux salariés qui le désirent. “Le système est souple, les salariés décident toutes les semaines s’ils veulent ou non un panier. Une partie du contenu est imposée, au gré des productions de saison. Mais au-delà des dix premiers euros, chacun compose son panier librement. Chaque entreprise peut définir son propre modèle de fonctionnement à ce niveau”, précise Laurence Berlemont. Déjà, une quinzaine de salariés, soit la moitié des effectifs du cabinet, achète chaque semaine un panier, dont le prix moyen est de 25 €. La ferme Saint-Georges fournit aussi des paniers aux salariés de l’ICV Provence. Enfin, une partie de la production part aussi à la restauration.

Les tarifs sont fixés sur ceux pratiqués sur les marchés ou en magasins spécialisés. Car il n’est évidemment pas question de faire concurrence aux indépendants. Au contraire, le projet se veut là encore exemplaire. “Dans les années 50, les gens consacraient 30 % de leur budget à la nourriture. Aujourd’hui, ce n’est plus que 10 %, car on s’est malheureusement habitué à payer pas cher du bas de gamme. Il y a donc un travail de pédagogie à faire pour se reconnecter avec la valeur de ce que l’on mange”, défend Laurence Berlemont.

Deux maraîchers, ingénieurs agronomes de formation, ont été recrutés pour lancer le projet. En plus de cultiver le potager du Cabinet d’agronomie provençale, ils auront à l’avenir pour mission d’encadrer de futurs projets, et de former d’autres maraîchers. Le site de la ferme Saint-Georges a en effet une vocation de démonstrations et de formations. ‘Potagers & compagnie’ développe dans ce sens des partenariats avec des acteurs techniques et scientifiques, parmi lesquels SupAgro Montpellier.

Déjà, un deuxième potager a été créé à Rocbaron par l’entreprise de photovoltaïque ‘Soleil du Sud’. D’autres entreprises, comme Estandon Vignerons, étudient déjà comment mettre en place leur projet. La Ville de Brignoles et la Communauté d’agglomération Provence Verte s’intéressent aussi au concept.

Gabrielle Lantes


Vitrine de l’initiative, le premier potager a vu le jour voilà six mois au Val, sur le site du Cabinet d’agronomie provençale. Il comprend des cultures maraîchères variées et des poules pondeuses. © DR

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