Praticité, efficacité et rentabilité : des éléments à évaluer

Publié le 26 septembre 2022

Partage d’expérience autour des filets installés cette année au Domaine de l’Olivette, membre du Groupe Dephy en oléiculture du Var (© G. Lantes).

Membre du Groupe Dephy en oléiculture animé par la Chambre d’agriculture du Var, le Domaine de l’Olivette teste le filet anti-insectes, pour lutter contre la mouche de l’olive et la dalmaticose. Retour d’expérience et perspectives.

Depuis cinq ans, la lutte contre la mouche de l’olive, Bactrocera oleae, est l’une des préoccupations majeures des dix exploitations pilotes du Groupe Dephy en oléiculture, animé par la Chambre d’agriculture du Var.

Ces dernières années, les producteurs – engagés volontairement dans une démarche de réduction des intrants phytosanitaires – ont essentiellement travaillé sur l’utilisation d’argile comme barrière minérale, en s’attachant à optimiser la préparation de la bouillie, la qualité de pulvérisation et le positionnement des applications. Désormais, le groupe de progrès s’intéresse aussi au filet anti-insectes, testé depuis cette année chez l’un de ses membres.

Un premier essai encourageant

Dans la basse vallée de l’Argens, Sylvain Delmotte travaille dans l’entreprise oléicole créée par ses parents depuis une dizaine d’années déjà. Il en a repris les rênes, avec son épouse, voilà maintenant deux ans. Le Domaine de l’Olivette cultive
15 hectares d’oliveraies à Roquebrune-sur-Argens et Fréjus.

L’exploitation familiale appartient au réseau de piégeage de la mouche de l’olive de France Olive, qui permet de suivre la pression exercée par le ravageur sur les vergers. L’outil permet également aux Delmotte de positionner au mieux les applications d’argile, qui protègent aujourd’hui l’ensemble du domaine. “Il y a quelques années, on est passé progressivement à l’argile, pour privilégier un produit naturel, pour le bien du consommateur, mais aussi de l’applicateur. Car, il ne faut pas oublier que le premier à s’intoxiquer, c’est celui qui est sur le tracteur”, expose Sylvain Delmotte.

Cette année, le producteur a fait le choix de tester le filet anti-insectes sur certains arbres. Il a investi 6 000 € pour acheter une trentaine de filets à mailles serrées, installés pour l’été sur différentes variétés d’olives, parmi lesquelles bouteillan, lucques, piccholine ou encore cayet roux. “Le cayet roux est une variété très sensible à la Dalmaticose, avec laquelle on fait de la pâte d’olive. Habituellement, on est obligé d’en jeter la moitié. Cette année, avec le filet, sans aucun traitement à l’argile, il n’y a ni piqûre de mouche, ni champignon”, observe Sylvain Delmotte, satisfait.

L’oléiculteur apprécie aussi la praticité de l’outil. “On a choisi des filets blancs de 13 mètres par 13, et de 16 mè-
tres par 16 pour les plus gros spécimens. Le filet s’installe en moins de cinq minutes à trois personnes, en l’attachant au pied de l’arbre avec une sangle à cliquet. Et l’enlever est encore plus rapide
”, témoigne-t-il.

L’arbre doit être bien taillé, et il faut veiller à avoir des branches souples en extrémité, pour éviter d’abîmer le végétal et les filets. Leur durée de vie est de plus en plus longue, grâce aux évolutions techniques. Mais il faut savoir que les filets de couleur tiennent moins dans le temps”, précise Fanny Vernier, conseillère arboricole de la Chambre d’agriculture du Var, en charge du Groupe Dephy en oléiculture.

Une pratique à réfléchir

Se pose aussi la question de la photosynthèse. “Une interrogation que l’on a aussi eue sur l’argile”, souligne Sylvain Delmotte, avant de poursuivre : “Le filet obstrue la lumière d’environ 15 % mais, sur les trois mois les plus chauds et les plus ensoleillés de l’année, ce n’est peut-être pas plus mal. Reste à voir ce que cela donne sur olive noire, avec un cycle plus long. On essaye ici sur leccino”, rapporte-t-il. “On sait que l’aspect ombrage retarde aussi la mise en dormance des vergers, et peut également avoir une action sur l’émergence tardive de la teigne. Cela a été observé avec l’argile”, ajoute Fanny Vernier.

L’outil se réfléchit aussi en termes de rentabilité. “Avec le Groupe Dephy, nous avons visité une exploitation à Nyons, dont le propriétaire avait installé des filets mono-rang supportés par des arceaux, et qui a finalement estimé que le dispositif lui revenait trop cher pour l’utilité qu’il en avait”, indique la technicienne de la Chambre d’agriculture. Si l’acquisition de filets peut être soutenue à hauteur de 30 % par le Plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations agricoles (PCAE, ndlr), leur utilisation doit donc être évaluée à la mesure de la plus-value engendrée en termes de production et de valorisation. “Clairement, à 20 euros le litre d’huile, ce ne serait pas amorti. Mais en olive de table et autres pâtes d’olives, cela peut vite être rentable. Surtout qu’il y a un gain, tout le long de la chaîne, avec peu, voire pas du tout, de tri à faire à la récolte”, explique le producteur.

Les moyens de lutte sont de plus en plus rares. Considérant les attentes de la société et des consommateurs, demain, avec de moins en moins de produits phytosanitaires accessibles, le filet anti-insectes –  loin d’être démocratisé en oléiculture – sera une barrière physique intéressante. D’autant plus quand le verger est à proximité d’une zone d’habitation : cela permet de garantir aux riverains la non-utilisation d’insecticide. Après, ce n’est pas neutre visuellement : ça change l’aspect des vergers. Mais il faut savoir décloisonner la réflexion, pour prendre les meilleures décisions, en fonction des contraintes et des objectifs de chacun”, conclut Fanny Vernier. 

Gabrielle Lantes


Les filets à mailles serrées constituent une barrière physique contre la mouche de l’olive (© G. Lantes).

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