Prédation : vers de nouvelles mesures de gestion du loup

Publié le 20 mars 2019

Le loup pouvant parcourir des dizaines de kilomètres par jour, un secteur qui ne le connaissait jusqu’ici n’est, aujourd’hui, plus à l’abri.

Le nombre des 500 loups présents en France étant atteint, le taux de prélèvements doit être rehaussé de 10 % à 17 %. D’autres évolutions sont en discussion. Les éleveurs, qui dénoncent depuis des années les dégâts causés par le loup, attendent beaucoup.

Emmanuel Macron l’a confirmé le 7 mars lors d’une réunion du grand débat à Gréoux-les-Bains : comme annoncé par l’ONCFS en décembre dernier, la population de loups en France dépasse les 500 individus. Le chiffre correspond au premier seuil de viabilité de l’espèce, protégée au niveau européen par la Convention de Berne, et à l’objectif défini par le Plan national loup à l’horizon 2023.

“Le Plan national d’actions sur le loup et les activités d’élevage définit comment on agit vis-à-vis du loup. Cela concerne notamment le prélèvement, mais aussi la protection des troupeaux”, rappelle David Barjon, directeur de la DDTM du Var. “Compte tenu du niveau de population atteint, les choses sont aujourd’hui amenées à évoluer”, indique-t-il.

En effet, comme s’y était engagé le gouvernement en fonction du suivi hivernal qui s’achève fin mars, le plan loup doit être réexaminé, et plusieurs mesures sont en discussion. D’ores et déjà, le président de la République a indiqué que le taux de prélèvement annuel devrait passer de 10 % à 12 % à 17 % à 19 % de l’effectif estimé, soit une centaine d’individus, contre 43 à 51 pour cette année.

Dans l’attente de nouvelles dispositions

Plusieurs autres mesures devraient également viser à faciliter la protection des troupeaux. L’une d’entre elle pourrait prévoir que, dans les secteurs très prédatés qui restent à définir, les tirs de prélèvement pourraient débuter en juillet, au lieu de septembre actuellement. Dans le département du Var, le secteur de Canjuers pourrait être con­cerné. L’augmentation du nombre de tireurs autorisés pour les tirs de défense est une autre piste évoquée par les services de l’Etat. Des systèmes expérimentaux, tels que les brigades de bergers volantes testées aujourd’hui dans le Mercantour, pourraient aussi être élargis, de sorte à faciliter la garde des troupeaux. D’autres mesures pourraient enfin porter sur une meilleure prise en charge des pertes directes et indirectes causées par les attaques de loup sur les troupeaux.

Un arrêté interministériel doit désormais venir définir et préciser quels outils seront mobilisables. “Le rehaussement du nombre de prélèvements autorisés et les assouplissements sur les tirs de défense qui sont annoncés sont des points positifs, mais tant que l’arrêté interministériel n’est pas paru, nous restons dans le flou, et donc particulièrement attentifs”, commente Nicolas Perrichon, représentant de la Fdsea 83 au comité départemental loup et élu à la Chambre d’agriculture du Var. Face à la détresse des éleveurs, les moyens restent toutefois insuffisants pour Nicolas Perrichon, qui estime que la population du canidé en France est sous-estimée. “Les estimations ne reflètent pas la réalité, car elles se basent sur de multiples indices dont des traces ADN, pas faciles à collecter. Ce qui est sûr, c’est que le loup progresse et que cela doit aller dans le sens de l’allègement du dispositif de protection de l’espèce”, plaide Nicolas Perrichon. “En attendant, les attaques perdurent et les éleveurs continuent de subir, depuis des années, une situation devenue insupportable”, souligne-t-il.

412 attaques dans le Var en 2018

En 2018, dans le Var, 1 290 victimes ont été recensées pour 412 attaques, contre 1 405 pour 358 en 2017. “En 2018, on constate que, s’il y moins de brebis tuées dans une même attaque, leur nombre augmente. On remarque aussi une évolution de leur répartition dans le temps. Il y a encore quelques années, Canjuers représentait 80 à 90?% des attaques constatées dans le département. Le secteur en enregistre aujourd’hui 65 %, d’autres secteurs comme l’Ouest et le Centre Var, étant plus touchés. Le loup est présent jusque sur la frange littorale, même si c’est de façon plus épisodique”, explique David Barjon pour la DDTM.

Il y a quelques jours encore, une éleveuse de Bormes-les-Mimosas, où un loup a été abattu le 14 février, faisait état d’une énième attaque. Pour l’heure, “il n’y a pas suffisamment d’indices pour déterminer s’il s’agit d’un loup isolé ou d’une meute installée”, indique le représentant de l’Etat.

Bien sûr, le niveau de prédations dépend de nombreux facteurs, de la nature du milieu au niveau de protection. Pour autant, le prédateur progresse numériquement et géographiquement. L’animal pouvant parcourir des dizaines de kilomètres par jour, un secteur, qui ne connaissait jusqu’ici pas le loup, n’est aujourd’hui plus à l’abri.

G. Lantes


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