“Produisons bien, mangez local”

Publié le 10 octobre 2022

Maxime Behar et sa compagne travaillent main dans la main pour valoriser les produits de ‘La Grange’ en même temps que son mode de production. © G. Lantes

Au pied du massif de l’Estérel, sur la commune des Adrets, Maxime Behar cultive ses productions maraîchères sur sol vivant, en s’appliquant à travailler avec la nature et avec la volonté de s’inscrire durablement dans la vie de son territoire. Du champ à l’assiette.

Maxime Behar est paysagiste lorsqu’il découvre, il y a cinq ans, le terrain sur lequel il a créé ‘La Grange exploitation, aux Adrets-de-l’Estérel’. “J’étais venu couper un arbre, il n’y avait que des eucalyptus ici”, se souvient-il. Il a déjà fait l’expérience de l’agriculture au gré de ses voyages, et la naissance à venir de sa fille lui donne l’élan pour se lancer.

Le jeune agriculteur entame alors un important travail de défrichage et prépare son sol, avec de gros apports de compost de déchets verts, enrichi avec du fumier de brebis et de poules, dans l’idée de faire du maraîchage sur sol vivant. “Deux années de suite, j’ai planté 1 000 pieds de tomates et j’ai pris deux énormes gifles. Mon sol n’était pas prêt à digérer toute cette matière organique, et la fusariose s’est développée”, raconte-t-il. Il suit alors plusieurs formations, stoppe les apports de matière organique et parvient à maîtriser la fusariose, mais aussi le liseron et le chiendent, grâce à la solarisation. “Il m’a fallu le temps de comprendre comment fonctionne mon sol pour trouver les bons réglages. On a malheureusement tendance à standardiser les pratiques agricoles, alors qu’il faut, avant tout, s’adapter à son terroir. Cela a été la première grande leçon de ces premières années”, analyse Maxime.

Un sol vivant pour des plantes épanouies

Depuis, il s’attache à travailler avec la nature. Sur les quatre hectares qu’il loue, seuls 3 000 m² sont pour l’instant en production. Il raisonne ses amendements en fonction des besoins du sol et des végétaux. Une quinzaine de poules et sept brebis nettoient et fertilisent la terre en fin de culture. L’agriculteur n’utilise ni insecticide, ni fongicide chimique. Il “élève” du Trichoderma dans de la drêche de brasserie, qu’il épand pour se protéger des maladies du sol et stimuler la croissance des plantes. “Le seul produit qu’il y a dans mon armoire phyto, c’est de la bouillie bordelaise, que j’utilise localement contre le mildiou. Je n’en ai utilisé qu’un litre cette année. Pour l’oïdium, j’ai remplacé le soufre par le petit-lait de brebis, que je récupère dans une fromagerie, et dont je me sers pour enrichir mon compost, ou que je dilue pour le pulvériser en grosses gouttes”, détaille le jeune maraîcher.

Il utilise aussi des purins d’ortie et de prêle, cultivés sur place, au champ et en pépinière pour pro-duire ses plants paysans. “Cela me permet d’avoir des plants forts dès le départ”, apprécie-t-il.

Contre les ravageurs, les associations de cultures lui permettent de réguler les niveaux de populations. Il s’appuie aussi sur les auxiliaires de cultures naturellement présents, en entretenant des bandes enherbées entre ses parcelles. “Plutôt que de protéger les plantes coûte que coûte, je les assiste, sans supprimer les ravageurs, en observant ce qui se passe chaque jour, et en testant différentes solutions. En ce moment, je suis embêté par la punaise du chou. Mais plutôt que de mettre du plastique sur mes cultures, j’essaie le purin de tomate pour masquer les phéromones de la plante”, explique Maxime Behar. Toujours en recherche d’outils innovants, il est membre du Groupe de progrès 30 000 en maraîchage, animé par la Chambre d’agriculture. “Cela permet d’échanger et d’essayer plein de choses, on apprend beaucoup”, apprécie-t-il.

Et le jeune homme ne manque pas d’idées. Il a notamment éco-construit un système de chauffage ingénieux dans la petite serre qui lui sert de pépinière. “C’est une sorte de four à bois, qui permet de récupérer 80 % de la chaleur du feu et de la stocker dans une table en terre. Je gagne 12°C par rapport à la température extérieure et cela me coûte deux stères de bois pour six mois”, présente-t-il.

Au contact des clients et du territoire

Si le producteur privilégie les cycles et produits naturels, il a cependant fait le choix de ne pas se faire certifier en agriculture biologique. “Le bio est une très belle avancée. Il en faut, mais on y met trop de choses. J’ai du mal avec le fait que le bio industriel joue avec l’écologie en termes marketing”, justifie-t-il. Le maraîcher préfère donc expliquer à ses clients comment il travaille. “Produisons bien, mangez local”, est d’ailleurs le slogan de ‘La Grange’.

Sa production est essentiellement commercialisée sur le point de vente aménagé à la ferme : son “super’maraîcher”. Mais il valorise aussi ses produits grâce au ‘Mimistrelle’, le foodtruck installé sur place dont s’occupe sa compagne, Émilie Ipavec. “Clairement, c’est ce qui nous sauve pour le moment des aléas de la production. Et puis, cela nous permet d’investir sans nous mettre d’énormes crédits sur le dos. Cela représente 5 à 10 % de la production, pour 75 % du chiffre d’affaires global des deux activités”, indique Maxime.

Surtout, la restauration leur permet de mettre en valeur les produits, en même temps que le mode de production choisi. “On fait beaucoup de sensibilisation à la culture sur sols vivants, à la résilience alimentaire et à l’économie circulaire, à la qualité des nutriments, au fonctionnement de notre microbiote,” souligne Maxime.

C’est dans cet état d’esprit que le maraîcher souhaite, à terme, créer une structure coopérative qui s’inscrive durablement sur le territoire. “L’idée, c’est de développer une SCIC, avec la collectivité, les citoyens et les entreprises. Que tout le monde participe. C’est pour moi l’avenir de l’agriculture, pour lutter contre la spéculation foncière, mais aussi avoir un vrai régime de congés, des salaires fixes, et pour développer toute une économie à partir de l’agriculture. Car tout part de l’agriculture, c’est le pilier de notre société”, défend Maxime.
Pour l’heure, il prévoit, dans un premier temps, d’agrandir ses surfaces en production, et est à la recherche d’un berger pour développer une activité pastorale. Il cherche aussi à proposer de nouveaux produits, à l’image de la loofah, une cucurbitacée qui, une fois séchée, sert d’éponge. C’est fort de tous ces projets et d’autant de convictions qu’il entend continuer d’avancer. 

Gabrielle Lantes


Maxime Behar accorde une grande importance à la vie du sol, prérequis indispensable à ses cultures. © G. Lantes

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