Projet d’abattoir : l’indispensable soutien des intercommunalités

Publié le 06 avril 2021

Le 17 mars, la rencontre organisée par la Chambre d’agriculture avec les élus des EPCI a marqué une étape cruciale dans l’avancée du projet. © G. Lantes

Porté par les éleveurs et la Chambre d’agriculture, le projet d’un abattoir dans le Var a aussi le soutien de plusieurs intercommunalités. Un comité de pilotage rassemblant les EPCI(1) doit désormais trouver le site et le bailleur idéals.

Voilà déjà plus de 30 ans que le dernier abattoir du département a fermé ses portes. À plusieurs reprises depuis, la profession agricole a cherché comment mettre en place une solution d’abattage de proximité, sans parvenir à surmonter les complexités réglementaires, les exigences financières et les subtilités politiques d’un tel projet. Jusqu’en 2018, quand éleveurs et Chambre d’agriculture se ressaisissent du dossier pour construire un projet d’abattoir paysan. Alors que 80 % des bêtes élevées dans le département sont actuellement vendues sur pied, le travail mené a montré le potentiel des produits carnés en circuit court.

Cet abattoir, c’est devenu l’Arlésienne. Et pourtant aujourd’hui, avec la demande de produits locaux en circuit court et la montée en puissance de la question du bien-être animal, le contexte est favorable. Il y a une ouverture“, explique Sébastien Perrin, secrétaire général de la Chambre d’agriculture du Var, en présentant le projet aux représentants des EPCI réunis à Brignoles, le 17 mars.

Un outil très attendu

Le passage par l’abattoir étant obligatoire pour vendre de la viande, le transport est un véritable frein à la vente directe pour nombre de producteurs. “Actuellement, il me faut une demi-journée pour mener mes bêtes à l’abattoir de Dignes, une demi-journée pour aller récupérer la viande. Sans compter ni le temps de chargement et de déchargement, ni le stress que cela implique pour les animaux, ni l’investissement pour la bétaillère homologuée et l’équipement soumis à la réglementation sur le froid roulant. En vente directe, une bête se vend en moyenne 150 euros, contre entre 80 et 105 euros au maquignon. Je vends la quasi-totalité de ma production en direct, mais je ne peux pas faire de vente sur les marchés où un agneau pourrait se vendre 250 euros au détail. Cela nécessiterait d’aller à l’abattoir toutes les semaines, et ce n’est pas possible“, témoigne Vincent Salabura, éleveur de 500 brebis à Rocbaron.

Comme lui, 45 éleveurs de Provence Verte et Provence Verdon pour la plupart, mais aussi des territoires alentour sont aujourd’hui mobilisés au sein de l’association de ‘L’abattoir paysan de Provence Verte’. Accompagnés par la Chambre d’agriculture, ils portent un projet d’abattoir et de salle de découpe, dont la gestion et le fonctionnement seraient assurés par les producteurs eux-mêmes, via une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), sur le modèle de l’éleveur tâcheron. “Le potentiel d’abattage et de découpe pour 45 éleveurs est de 92 tonnes, dont 44 % partent aujourd’hui en voie longue. Mais c’est un volume susceptible d’augmenter, dans la mesure où d’autres éleveurs souhaiteront utiliser l’outil quand il sera créé“, précise Alice Ringuet, conseillère élevage en charge du projet à la Chambre d’agriculture.

Un abattoir de proximité nous faciliterait la tâche en faisant de petits lots de façon plus régulière, pour répondre aux besoins des bouchers, par exemple. C’est déterminant pour ceux qui ne font pas encore de vente directe, comme pour les futurs installés qui vont pouvoir envisager le cir-
cuit court
“, défend Myriam Arnaudy, éleveuse ovin viande de Trets, et co-présidente de l’association d’éleveurs. “Il est important aussi pour les éleveurs de mettre eux-mêmes à mort leurs animaux et ceux de leurs collègues. C’est une garantie au niveau du bien-être animal et de la qualité de la viande“, ajoute son co-président, Nicolas Dreyer, éleveur de brebis laitières à Sillans-la-Cascade.

Un projet d’intérêt départemental

Construit avec l’appui de la communauté d’agglomération Provence Verte, le projet est aujourd’hui ficelé et budgété. L’hypothèse d’une construction à Saint-Maximin ayant été balayée au lendemain des élections municipales, ne manquent plus qu’un site où l’implanter et une solution de portage à définir. La participation des collectivités territoriales est désormais essentielle. Le projet prévoit, en effet, que la collectivité mette à disposition le foncier, et porte la maîtrise d’ouvrage et le financement de l’abattoir. En contrepartie de quoi, la SCIC – qui assurera la gouvernance de l’outil – versera un loyer qui permettra un retour sur investissement. La rencontre avec les élus des intercommunalités était donc une étape importante. “Les éleveurs sont motivés, le projet avance. Il faut voir maintenant comment le concrétiser au mieux. Provence Verte le soutiendra. Mais nous ne tenons pas à l’avoir sur notre territoire à tout prix. Ce que l’on veut, c’est que cet abattoir voit le jour, pour le bien de notre département“, soutient Didier Brémond, maire de Brignoles et président de l’agglomération Provence Verte. Également représentées, les intercommunalités de Provence Verdon, Pays de Fayence, Cœur du Var, Dracénie Provence Verdon et Lacs et gorges du Verdon affichent, aussi un soutien unanime.

Plusieurs se sont engagées à se mettre en quête d’un terrain adapté, et à participer au financement d’un futur abattoir. Déjà, la commune de Pourrières est candidate pour accueillir l’outil, une position plus centrale semblant toutefois plus pertinente à certains élus comme Patrick de Clarens. “Pays de Fayence est 100 % derrière les éleveurs et s’engage à accompagner financièrement le projet. La question, c’est sa localisation pour ne pénaliser ni les éleveurs qui sont plus à l’est, ni ceux qui sont plus à l’ouest“, intervient le maire de Mons. Car, pour les élus présents, comme pour le sous-préfet de Brignoles, ce projet est bien d’intérêt départemental. Et pour Richard Strambio, maire de Draguignan et président de Dracénie Provence Verdon Agglomération, l’ensemble des EPCI varoises se doit d’être “solidaire d’un projet qui va être utile à tous“.

Sur proposition de la Chambre d’agriculture et des éleveurs, la mise en place d’un comité de pilotage, ouvert à toutes les intercommunalités du Var, a ainsi été actée. Charge aux acteurs du territoire, de trouver le meilleur emplacement et de définir une solution de portage collective.

Gabrielle Lantes

 

(1) Établissement public de coopération intercommunale.


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