Provence Verdon s’engage pour pérenniser l’élevage

Publié le 05 mars 2020

Les éleveurs du territoire sont venus nombreux pour la signature de la charte pastorale intercommunale du Popi Provence Verdon.

La Communauté de communes Provence Verdon et les éleveurs du territoire ont signé, le 18 février dernier, à Varages, un Plan d’orientation pastoral intercommunal. L’objectif de cette contractualisation est de conforter économiquement cette activité agricole, essentielle dans la lutte préventive contre les incendies et la préservation de la biodiversité dans les zones classées.

“Il est rare de parvenir à rassembler autant d’éleveurs ! La remarque de Pascal Thavaud – responsable du Centre d’études et de réalisations pastorales Alpes Méditerranée (Cerpam) du Var –, lors de la signature du Plan d’orientation pastoral intercommunal (Popi) et de la Charte pastorale intercommunale, entre élus, partenaires et éleveurs, illustre bien l’intérêt pour ces derniers de cette contractualisation. Un an après la signature de l’acte d’engagement du Popi, les acteurs du dossier se sont retrouvés à nouveau à Varages, mardi 18 février, pour parachever sa mise en œuvre. Entre-temps, l’antenne varoise du Cerpam aura mené un minutieux travail d’enquêtes auprès des éleveurs, pour l’essentiel ovin, du territoire de la Communauté de communes Provence Verdon, qui ont pu, à cette occasion, “exprimer les contraintes qu’ils rencontraient dans l’exercice de leur activité pastorale”. Un exercice qui aura permis, in fine, de mettre en évidence leurs attentes, et d’organiser dans la foulée des ateliers d’échanges avec les usagers des espaces pastoraux (chasseurs, randonneurs, ONF, propriétaires forestiers…), mais aussi de définir les enjeux (DFCI, biodiversité, accès à l’eau…).

Ce travail de fourmi restitué par le Cerpam, en préambule à la signature du Popi et de la charte qui l’accompagne, aura ainsi permis de dessiner une cartographie du pastoralisme sur le territoire de la Communauté de communes Provence Verdon (CCPV). Il en ressort notamment une augmentation du nombre d’éleveurs pastoraux et de leur cheptel, toutes filières confondues, avec 52 éleveurs recensés contre 44 en 2012-2014, et 13 000 ovins/caprins allaitant – vs 11 500 têtes, huit ans plus tôt –, “ce qui est rare dans la région”, souligne Pascal Thavaud.

Des actions concrètes en faveur des éleveurs

Pour ce dernier, “le Var est un des départements de Paca où l’on constate un maintien des éleveurs d’ovins viande d’une part, et un développement de la filière laitier/fromager et des bovins allaitants, afin de répondre à une demande de viande bovine de qualité, d’autre part ”. Autre enseignement tiré de cette étude : près de 1 700 hectares ont été identifiés comme potentiellement pâturables (sous conditions), soit 8,3 % du territoire. De quoi conforter Bernard
de Boisgelin, le président de la CCPV, et lui-même ancien éleveur, qui rappelait : “L’élevage est une force économique pour notre territoire. C’est un des secteurs où les installations sont les plus faciles, à condition de les aider. Et c’est justement un des buts de ce Popi.”

Au-delà de l’aspect économique, les élus signataires du Plan d’orientation pastoral intercommunal escomptent un investissement encore plus important de la part des éleveurs, pour l’entretien des pare-feu, dans le cadre du plan de débroussaillement mené par la collectivité. Autre atout souligné par Pascal Thavaud : “Le pastoralisme contribue à la préservation de la biodiversité.” La communauté de communes Provence Verdon compte, en effet, de nombreuses zones
Natura 2000 d’une part. Et, d’autre part, une partie de son territoire est incluse dans le Parc naturel du Verdon. En retour, les élus s’engagent à mettre en œuvre des actions concrètes en faveur des éleveurs pastoralistes : installation de panneaux signalétiques, mise en place de moyens de protection contre la prédation du loup (parcs de nuit en dur, impluviums, cabane pastorale mobile), ouverture de milieux pour faciliter les déplacements des troupeaux…

Sortir de la dépendance aux primes de la Pac

Autant d’avancées saluées par Claire Duval, éleveuse de brebis laitières à Esparron, présente lors de la signature du Popi, qui se réjouit “de cette volonté politique” qui compense, selon elle, “des phases de découragements, parce que notre métier n’est pas assez valorisé”.

Le premier pilier de la Pac finance les parcours depuis 2015, et les éleveurs s’en sortent plutôt bien”, analyse de son côté le responsable du Cerpam 83. “L’essentiel de leur chiffre d’affaires provient aujourd’hui des primes versées via l’Europe. Ils sont bien conscients que l’aide de l’UE est fragile, et qu’elle peut être remise en cause. On constate une volonté forte des éleveurs, en particulier des jeunes, de diversifier leurs sources de revenus. Le Popi insuffle une dynamique collective, qu’il faudra entretenir, mais qui est bien présente.

De ce point de vue, le projet d’ouverture d’un abattoir à Saint-Maximin, porté notamment par la Chambre d’agriculture du Var, permettrait de développer la vente directe de produits locaux à forte valeur ajoutée. “Le pastoralisme, au travers de la commercialisation de viandes et de fromages – de chèvre comme de brebis – permet de valoriser sa production et de dégager un revenu, plutôt qu’être dépendant des primes apportées par la Pac. D’autant que nous avons l’opportunité, dans le Var, de bénéficier de débouchés pour tous ces produits, via la vente directe, les circuits courts, et d’une dynamique portée par l’installation de jeunes éleveurs”, abonde le responsable du Cerpam 83.

La signature du Popi, dont les actions sont planifiées sur les quatre ans à venir, aura aussi bénéficié d’une volonté commune des élus d’aller vite, afin que sa mise en œuvre intervienne avant les résultats des élections municipales de mars prochain, et la tenue de celles destinées à élire l’exécutif de la région, en 2021. Sans compter que la politique de la Pac pourrait aussi évoluer un an plus tard. “Tout cela amène beaucoup d’incertitudes. C’est pour cette raison que nous avons choisi, avec les élus, d’accélérer la signature du Popi, sans attendre le résultat des élections de mars prochain et surtout éviter qu’elle ne soit reportée ou remise en cause d’ici à 2022. 

Julien Dukmedjian


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