Qualitatif, le millésime 2019 s’annonce néanmoins compliqué

Publié le 03 septembre 2019

L’eau joue, cette année encore, les trouble-fêtes pour les viticulteurs du Var, et plus largement de l’arc méditerranéen.

Les premiers coups de sécateurs ont été donnés la semaine dernière dans les secteurs proches du littoral. Si l’état sanitaire du vignoble est globalement correct, le manque d’eau a impacté les baies, exceptionnellement petites, et conduit à des niveaux de maturité hétérogènes.

L’eau joue, cette année encore, les trouble-fêtes pour les viticulteurs du Var, et plus largement de l’arc méditerranéen. Après une année 2018 marquée par un printemps pluvieux et son corolaire, un épisode de mildiou particulièrement ravageur pour certains secteurs, la situation inverse s’est produite cette année, marquée par un été caniculaire. Une situation exceptionnelle, même si elle semble appelée à se renouveler selon les spécialistes du climat.

L’aspect positif est l’excellent état sanitaire du vignoble varois. L’ICV Provence souligne dans son bulletin hebdomadaire que “les conditions climatiques du millésime 2019 ont permis d’avoir un vignoble quasiment exempt de mildiou, malgré quelques tâches sur les jeunes feuilles, mais sans aucune incidence à ce stade. Sauf exceptions, la protection vis-à-vis du champignon a été bien maîtrisée dans l’ensemble”.

Au chapitre des mauvaises nouvelles, ou du moins des points à surveiller, figure en revanche le stress hydrique auquel les vignes ont été confrontées cet été. “Contrairement au millésime 2018, considéré comme particulièrement humide, le millésime 2019 n’est pas pourvu en eau” note Jean Andres, œnologue consultant au sein de l’ICV. “Un automne pluvieux a permis de recharger les sols, mais le vent de l’hiver a particulièrement asséché les sols en surface, entraînant un handicap dès le début de campagne. Si les pluies d’avril ont évité une dégradation du stress hydrique, la pluviométrie – particulièrement faible depuis mai –, la canicule et les fortes températures de fin juin et juillet ont eu raison des réserves suivantes” poursuit Jean Andres.

Les conséquences sont d’ailleurs largement visibles, avec des surfaces foliaires moins importantes que l’an dernier, et des grains beaucoup plus petits par rapport aux campagnes des deux années précédentes, même sur les parcelles alimentées par un système d’irrigation. “Nous avons constaté, lors du premier contrôle de maturité, un net recul du poids des baies, entre -24 % et -37 % sur les secteurs précoces ; mais des écarts moins marqués en secteur tardif (-7 % à +11 %). Les semaines à venir seront déterminantes” prévient le consultant de l’ICV.

 

L’inconnu des volumes récoltés cette année

La maturité est également très inégale d’un secteur à l’autre : “A date équivalente, les valeurs de degrés potentiels sont proches de celles de l’an dernier, mais avec de fortes disparités”. Certaines parcelles présentent une maturité identique, voire plus avancée qu’en 2018, avec des baies rouges et bien formées, quand d’autres sont encore vertes, conséquence d’un retard de floraison d’une semaine.

Les premiers contrôles de maturité effectués ont toutefois mis en évidence un rattrapage du retard dans les secteurs précoces, avec un chargement en sucre rapide et une accélération de la maturité, sous l’effet de la chute des acidités totales. Il faut d’ailleurs noter que ces contrôles sont “plus élevés qu’en 2018, à degrés potentiels équivalents, avec des niveaux d’acide tartrique importants, a contrario des taux de pH” indique l’ICV. En conclusion, l’organisme implanté à Brignoles, anticipe “un phénomène de concentration, en sucres et acide tartrique, si les températures élevées se maintiennent, et si l’absence de pluies se prolonge. La récolte devra être pilotée en fonction de trois paramètres essentiels : la préservation de l’acidité, le degré potentiel et la dégustation des baies, pour connaître la maturité phénolique”.

Le volume attendu pour ce millésime reste en revanche la grande inconnue : “Il est difficile de l’évaluer” reconnait le Conseil interprofessionnel des vins de Provence (CIVP). “Il devrait être en hausse dans certains secteurs et en baisse dans d’autres.”

 

Un beau millésime en perspective

Pour anticiper une éventuelle baisse des volumes récoltés, qui ferait suite aux deux petites années 2017 et 2018, les syndicats de producteurs ont validé une hausse des rendements annuels des principaux vignobles.

Pour les Côtes de Provence, ils s’établissent à 58 hl/ha (contre 55 hl/ha autorisé habituellement), auxquels s’ajoutent 3 hl/ha en Volume complémentaire individuel (VCI).

Concernant les Coteaux Varois et les Coteaux d’Aix-en-Provence, les rendements autorisés ont également été relevés et pourront atteindre les 60 hl/ha, “afin d’atteindre une récolte qualitative et normale en quantité, permettant de mieux alimenter les marchés en 2020”. Quant à l’aspect qualitatif, “les baies et les équilibres augurent d’un beau millésime, même si nous restons attentifs aux conditions météorologiques à venir, la récolte en étant fortement tributaire” pronostique avec prudence Jean-Jacques Bréban, le président de l’interprofession des vins de Provence. Des volumes produits modestes, ou comparables, aux deux précédentes années constituerait un sérieux handicap pour les producteurs de rosé, dont la Provence reste un des leaders avec 42 % de parts de marché des rosés AOC français. Ces derniers ont par ailleurs fait face, sur les six premiers mois de l’année, à une chute de 9 % des ventes en grandes surfaces. Un coup dur, sachant que la grande distribution représente 75 % des ventes et que celle-ci avait déjà dû encaisser une hausse des prix, consécutive à la progression des cours du vrac, ce qui n’est pas franchement, comme on s’en doute, dans ses habitudes. Le rendement en jus, sera donc cette année encore une préoccupation majeure des caves et des domaines, lors de l’étape des pressurages.

Julien Dukmedjian


Les premiers contrôles de maturité effectués ont mis en évidence un rattrapage du retard dans les secteurs précoces, avec un chargement en sucre rapide et une accélération de la maturité, sous l’effet de la chute des acidités totales.

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