Réflexion collective sur l’évolution de l’encépagement

Publié le 04 février 2020

La journée technique des Côtes de Provence s’est déroulée le 20 janvier, au Château Sainte Roseline.

Face au changement climatique et aux aléas sanitaires qui se multiplient, la question des cépages se pose avec de plus en plus d’insistance à la production viticole. Afin d’alimenter la réflexion, le Syndicat des Côtes de Provence a consacré sa journée technique aux perspectives d’évolution de l’encépagement.

Moyenne des températures en augmentation, accidents climatiques à répétition, répartition déséquilibrée de la pluviométrie, avec de longues sécheresses suivies de fortes précipitions... Tout cela n’est pas sans conséquence sur la vigne, entraînant stress hydriques et azotés, avances phénologiques, baisses de rendements, modifications du profil des vins mais aussi évolutions des bio-agresseurs.

Pour Laurent Audeguin, du pôle matériel végétal de l’Institut français de la vigne et du vin (IFV), si “la diversité clonale montre ses limites, les principales évolutions à attendre viendront sans doute de l’innovation variétale”. Les programmes ResDur 1, 2 et 3 sur les variétés résistantes ouvrent notamment de nouvelles perspectives. Pour autant, il ne faut pas négliger le potentiel de réorientation du choix des porte-greffes. “Aujourd’hui, parmi les 31 variétés inscrites au catalogue en France, seulement six sont utilisés pour 75 % des assemblages. Il y a donc une porte qui reste ouverte en termes de variable d’ajustement”, souligne Laurent Audeguin. “L’adaptation passe aussi par les cépages patrimoniaux, avec un frémissement en faveur de la réhabilitation de cépages locaux”, relève-t-il, en prenant l’exemple des cépages méditerranéens. Enfin, selon lui, le partage d’expérimentations et d’expertises doit également alimenter la réflexion collective.

Recherche et expérimentation

Dans cet esprit, les Chambres d’agriculture de Paca sont impliquées dans plusieurs programmes d’expérimentation de variétés résistantes, et le Cen-tre du Rosé travaille à la caractérisation de différents cépages ResDur. La filière de Provence est aussi engagée, via le financement du CIVP, dans le programme de création variétale Edgaar, qui vise à accélérer la création de variétés résistantes et qualitatives pour le rosé, grâce à la sélection génomique. Ainsi, 152 descendants de cinsault et vermentino ont été sélectionnés en 2018. “Grâce à la sélection génomique, on évite six ans d’observation au vignoble, pour arriver à créer de nouvelles variétés en neuf à dix ans. Ça peut encore sembler long à certains, mais c’est pourtant une performance en termes de recherches”, indique Gilles Masson, directeur du Centre du Rosé de Vidauban. Un temps on ne peut plus précieux, eu égard aux procédures d’intégration de nouveaux cépages dans les cahiers des charges.

Concernant l’AOC Côtes de Provence, l’ODG de l’appellation a engagé, depuis 2016, et en lien avec le Centre du Rosé, une démarche visant intégrer deux nouveaux cépages à son cahier des charges : le rousseli RS (aussi connu en tant que Rosé du Var) et le caladoc N. “L’objectif est de répondre aux enjeux actuels d’adaptation au changement climatique, de réduction des intrants, de réduction de la teneur en alcool des vins, mais aussi de sauvegarder, et de réhabiliter, des ressources génétiques locales”, explique Juliet Girard, en charge de ce dossier au Syndicat des Côtes de Provence.

Dans le cadre du dispositif expérimental mis en place, les qualités et caractéristiques agronomiques et œnologiques ont fait l’objet d’un suivi rigoureux, et les deux cépages se révèlent prometteurs. Ils pourraient être intégrés au cahier des charges à l’horizon 2021/2022 en tant que cépages accessoires, et plantés à raison de 10 % maximum de l’encépagement.

Cépages d’intérêts à des fins d’adaptation : une nouvelle voie

Les Côtes de Provence s’intéressent aussi aux cépages d’intérêt à fin d’adaptation, qui pourront désormais être utilisés par les producteurs, à titre expérimental, en tant que cépages accessoires, dans la limite de 5 % de l’encépagement, et de 10 % de l’assemblage. Tout cela sans avoir à subir de déclassement, à condition que le producteur soit engagé dans une convention tripartite avec son ODG et l’Inao. La convention est passée pour une durée de dix ans, à l‘issue de laquelle l’ODG peut décider d’intégrer, ou pas, les cépages ainsi suivis pendant l’expérimentation.

Les Côtes de Provence ont d’ores et déjà entamé une sélection des cépages qui pourraient être testés. Une liste de dix cépages traditionnels et étrangers, qui reste à valider, a ainsi été établie. “On est au début du processus, l’idée étant de ne pas se tromper sur la base de départ”, souligne Nicolas Garcia, directeur des Côtes de Provence.

“Notre syndicat s’applique à s’adapter aux questions liées au changement climatique, que ce soit sur l’irrigation ou les cépages”, commente le président de l’ODG Côtes de Provence, Éric Pastorino (voir encadré). “Pour l’encépagement, nous sommes sur une démarche à moyen terme. La réglementation n’est pas toujours simple à faire bouger, et il n’est pas question de faire n’importe quoi, n’importe comment. Mais l’Inao a toujours su évoluer. La possibilité ouverte d’expérimenter les cépages à des fins d’adaptation, avec l’encadrement de l’ODG, est très intéressante pour les producteurs”, souligne-t-il, en plaidant pour plus de réactivité, en même temps que pour une redéfinition des appellations au niveau européen, de sorte à élargir les possibilités sur les cépages résistants. Et de conclure : “Au-delà des aspects techniques, se pose aussi la question de la nature du produit que l’on fait, et il va falloir avancer, en tenant compte de notre identité et du consommateur. Nous travaillons étroitement avec le Centre du Rosé dans ce but, et je suis heureux de voir qu’un public jeune de vignerons et de vigneronnes s’intéresse à ces questions d’avenir.”

Gabrielle Lantes


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