Sainte-Victoire : des alternatives au glyphosate en démonstration

Publié le 16 août 2022

Alain Tabani, vigneron du Domaine Saint-Hubert, a investi dans un intercep de désherbage électrique. (© G. Lantes)

Engagée dans la démarche Écophyto, l’Association des Vignerons de la Sainte-Victoire accompagne les vignerons vers des pratiques durables. C’est dans ce cadre qu’une présentation d’outils de désherbage innovants était organisée dernièrement.

Dans le cadre du plan Écophyto, les groupes de progrès – portés par l’Association des Vignerons de la Sainte-Victoire – accompagnent les producteurs dans la réduction de l’utilisation de produits phytosanitaires depuis dix ans. Les groupes Dephy et 30 000 de l’aire d’appellation Sainte-Victoire s’appuient aujourd’hui sur la participation de 26 exploitations pilotes. Situées sur le versant sud de la montagne Sainte-Victoire et sur la “zone vulnérable nitrate” du bassin de l’Arc, les entreprises agricoles engagées dans cette démarche partagent l’objectif d’acquérir des références, pour mettre en œuvre des pratiques durables.

 

Zoom sur le désherbage électrique

Le désherbage est un des axes de travail développés à la fois au niveau individuel et collectif, et a fait dernièrement l’objet d’une démonstration de matériels innovants.

Au cœur de l’aire géographique de la Dénomination géographique complémentaire (DGC) des Côtes de Provence, le domaine Saint-Hubert, à cheval sur les communes de Pourrières et de Trets, a fait le choix d’investir dans le désherbage électrique de ses rangs de vigne.

Je ne suis pas passé à l’enherbement, car je crains trop la concurrence. Et puis j’apporte des grosses quantités de matière organique, pour limiter l’érosion. Donc je préfère éviter le travail du sol”, explique Alain Tabani, le maître des lieux. Le vigneron a fait l’acquisition du désherbeur électrique intercep X Power de Zasso, en mars dernier. Il a depuis utilisé cette technologie sur quelque 35 hectares. Et observe des résultats satisfaisants. “Ça marche bien, notamment sur liseron, érigéron et même chiendent. La seule limite, c’est que ça ne lèche pas suffisamment la vigne. Sinon, ça fonctionne comme une systémie : huit à neuf jours après le passage, la plante décroche”, témoigne-t-il. “Pour une efficacité optimale, c’est bien de passer à la rosée du matin, quand la plante est humide et le sol sec, pour éviter que l’électricité se propage au sol. Après, ça marche comme un intercep, avec des pales qui viennent frotter le pied de vigne, et des lames souples qui conduisent l’électricité au sol. On attèle une génératrice de 1,2 tonne, et on change les lames environ tous les 60 hectares”, explique le représentant de New Holland, distributeur de l’engin. Un à deux passage sont recommandés dans l’année, en fonction des conditions météo et du taux d’agrainage de la parcelle.
Pour Alain Tabani, la principale qualité de l’outil qu’il utilise dans ses vignes, ou chez des confrères en prestation, c’est son efficacité. Son principal défaut : son prix, de l’ordre de 115 000 € HT.

 

Le désherbage mixte pour réduire les doses

Autre matériel présenté : l’Herbiduo, développé par le constructeur provençal ‘Hervé & Mauricio’ en collaboration avec le groupe Coopérative agricole Provence Languedoc (CAPL). Le principe de l’outil est de combiner, en simultané, le passage de lames intercep, sous le rang, et l’application d’un désherbant racinaire à dose réduite. Une cuve de 100, 150 ou 200 litres est fixée sur le cadre intercep, et deux porte-buse sont positionnées à l’arrière des lames, pour réaliser les deux opérations en un seul passage. “Les lames détruisent l’herbe en place et renforcent l’action de l’herbicide pulvérisé à micro dose. Pour le travail sous le rang, on est à moins 70 % de la dose homologuée sur des matières actives utilisables sur sol travaillé”, présente Thierry Favier. Le représentant de la CAPL préconise deux passages, au printemps quand le sol se réchauffe, puis en post-vendanges.

Le but des groupes Dephy ou 30 000 est de proposer des solutions alternatives à l’utilisation de produits phytosanitaires. On travaille aussi sur l’enherbement, et il n’y a pas forcément besoin d’investir des sommes folles. Mais si les vignerons ont un intérêt pour tel ou tel équipement, on les accompagne. On est là pour les aider à monter leur dossier de demande de financement, dans le cadre du PCAE, et on peut également constituer des groupements d’achat, pour limiter les coûts”, indique Jean-Jacques Balikian, directeur de l’Association des Vignerons de la Sainte-Victoire, à l’issue des présentations de matériels. À noter que des aides financières simplifiées (AFSA ou AFSE) peuvent également être sollicitées auprès de la MSA, au titre de la prévention des risques et de l’amélioration des conditions de travail. 

Garbielle Lantes

 


Présentation d’un outil qui allie travail du sol et désherbant à dose réduite. (© G. Lantes)

Démo Désherbage Sainte Victoire