Scradh : des portes ouvertes virtuelles pour garder le contact

Publié le 01 décembre 2020

L’équipe du Scradh reste pleinement mobilisée au service de la filière horticole. © DR

Malgré les contraintes liées au Covid-19, la Station de recherche et d’application horticole du Var poursuit son programme d’expérimentation au service de l’horticulture. Les journées portes ouvertes de la structure se sont tenues de façon dématérialisée, afin de préserver le lien avec les acteurs et partenaires de la filière.

Tout avait été organisé pour accueillir les visiteurs, dans le strict respect des mesures barrières et du couvre-feu, ces 12 et 13 novembre au Scradh… Mais le reconfinement en a décidé autrement. En moins de dix jours, l’équipe de la station hyéroise de l’Astredhor Méditerranée a donc organisé des portes ouvertes virtuelles, pour présenter ses travaux aux professionnels de l’horticulture.

Malgré la situation, le Scradh s’organise et mène tant bien que mal l’ensemble de ses expérimentations. Vis-à-vis de cette crise, qui met tout le monde à mal et particulièrement l’horticulture, il est essentiel d’être performant, d’innover et d’optimiser la rentabilité de nos entreprises. C’est dans ce sens que travaille le Scradh, et il faut saluer l’équipe salariée qui s’adapte pour continuer à avancer”, explique le président de la station, Philippe Courbon. “Il est important pour nous d’échanger sur les références que nous produisons. Il aurait été dommage de ne pas communiquer, alors que nous continuons à travailler”, ajoute Laurent Ronco, directeur du Scradh.

Hormis un test de commercialisation sur la leucocoryne qui n’a pu être conduit au printemps, tous les essais programmés ont pu être réalisés. Et les journées portes ouvertes du Scradh ont, comme à l’accoutumée, été l’occasion de faire le point sur les différents travaux qui y sont menés. L’équipe s’est ainsi prêtée au jeu de la visite virtuelle des essais. Des vidéos de présentation restent d’ailleurs accessibles via le site internet du Scradh (www.scradh.com). Des exposés sont aussi proposés sur les débouchés innovants qui valorisent les conditions de production méditerranéennes, thématique centrale de ces journées portes ouvertes.

L’innovation comme moteur

Depuis de nombreuses années déjà, le Scradh s’attache à répondre à la demande de diversification des producteurs de fleurs coupées en recherche de nouveaux produits, alors que les cultures chauffées de type rose, gerbera ou alstoemeria, plombées par les coûts de production, les problématiques phytosanitaires et les distorsions de concurrence à l’international, sont de moins en moins rentables.

Au-delà des grands classiques – tels que roses, anémones, renoncules, pivoines, lisianthus ou anthurium –, le Scradh a testé au fil du temps près de 70 espèces différentes, sans compter les rameaux d’ornement, du pavot d’Islande au dahlia, en passant par le trachelium, l’hortensia, la giroflée à fleurs doubles, l’hibiscus sabdariffa ou le calla, pour n’en citer que quelques-unes. La station travaille sur les performances technico-économiques des différentes productions, en réalisant des évaluations variétales, des suivis commerciaux et des expérimentations, qui visent à mettre en œuvre des itinéraires techniques optimisés.

Souvent, l’innovation porte sur des cultures à cycle court de quatre à six mois, qui vont nécessiter des rotations. Innover, c’est donc avoir la meilleure culture, au bon endroit et au bon moment. Et cela réclame beaucoup de technicité”, souligne Laurent Ronco. Et pour mieux accompagner les producteurs dans
la gestion de ces rotations, le Scradh a mis au point l’outil d’aide à la décision ‘Acri’ (Aide à la conception de rotations innovantes). Cette base de données permet de mettre à disposition des professionnels l’ensemble des références acquises par la station, de manière simple et pratique. “Il est bien plus simple de faire de la monoculture que de gérer plusieurs produits. L’idée est donc de rassembler les références de la station, et celles observées en entreprises sur les cultures, le calendrier, la rentabilité. Cette base de données peut être interrogée par différentes entrées : espèces, dates de plantations, systèmes de culture… de sorte à occuper au mieux les surfaces”, présente Laurent Ronco.

Nouveaux usages et conservation

Le Scradh étudie également de nouveaux usages des plantes, et travaille notamment sur les fleurs comestibles depuis 2012 en lien, bien sûr, avec les producteurs, mais aussi les grossistes et restaurateurs à l’aval de la filière. Quelque 80 taxons ont fait l’objet d’essais dans le cadre de système de production zéro phyto. Au-delà des systèmes de culture, il s’agit pour le Scradh d’œuvrer à la conception et à la standardisation des produits, d’évaluer leur rentabilité, de diffuser l’information et de suivre l’évolution des comportements, en favorisant les échanges avec les clients et les consommateurs.

La station s’implique par ailleurs en matière de conservation, et dispose ainsi d’une riche collection d’espèces végétales, en roses et pivoines par exemple. Depuis peu, le Scradh participe au programme de conservation de l’œillet de Nice, porté par le Conservatoire méditerranéen partagé, qui met en réseau et coordonne projets et acteurs de la conservation et de la valorisation de variétés de terroir du bassin méditerranéen. “L’objectif est d’éviter de perdre un patrimoine important, qui peut avoir un potentiel de développement dans l’avenir”, présente Laurent Ronco. Concrètement, il s’agit d’abord de récupérer du matériel végétal. Pour l’œillet de Nice, un producteur niçois et un producteur italien ont fait don de plusieurs variétés. Celles-ci ont été placées au Scradh et chez une société d’aménagement paysager à vocation ethno botanique. “Dans la mesure où l’on n’est pas à l’abri d’un aléa ou d’un changement d’orientation, il y a un intérêt à avoir plusieurs sites”, souligne Laurent Ronco. Le Scradh a mis ses moyens de multiplication à disposition. Des œillets ont aussi été plantés pendant le confinement, et la station en assure le suivi, avec le financement du Conservatoire méditerranéen partagé. “Il n’est pas question aujourd’hui de remplir des serres avec de l’œillet de Nice, qui s’est fait rare en raison des coûts de main-d’œuvre et des problèmes phyto. Mais c’est une fleur qui a de grandes qualités esthétiques et qui a aussi beaucoup de parfum. Par le passé, en fin de culture, une partie des fleurs partaient d’ailleurs en parfumerie. La priorité est le maintien de cette génétique”, explique Laurent Ronco.

Car la réussite d’un produit ne tient pas qu’à la production d’une belle fleur. Le contexte, la demande et la mode sont aussi des facteurs déterminants. Les divers travaux menés hier au Scradh peuvent ainsi apporter de précieuses ressources demain.

Gabrielle Lantes


Des visites virtuelles des serres restent accessibles sur le site Internet de la station : www.scradh.com © G. Lantes

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