Sécheresse : une situation de plus en compliquée

Publié le 16 août 2022

Dans tout le département, la situation devient problématique pour les différentes productions. (© Préfecture du Var)

La majeure partie du département du Var est désormais placée en situation de crise au regard de la sécheresse qui sévit. Le déficit hydrique, la canicule, mais aussi les restrictions d’usage de l’eau se font sentir sur les cultures et inquiètent la profession agricole.

Dès le 1er avril, au sortir d’un hiver particulièrement sec, l’ensemble du Var était placé en situation de ‘vigilance sécheresse’. Depuis, la quasi-absence de précipitations, combinée aux vagues de canicules qui se sont succédé, ont conduit la préfecture à prendre plusieurs arrêtés qui, au fil du temps, sont venus renforcer les dispositions en vigueur, pour répondre à la dégradation de la situation hydrique sur les différents secteurs du département.

Aujourd’hui, 70 communes de la zone de l’Argens, 2 communes du secteur Huveaune amont et 15 communes du bassin-versant du Gapeau sont en situation de crise ; 11 communes de la zone Verdon, 17 communes du secteur ‘côtiers ouest’ et 14 de la zone Giscle-Môle sont au seuil d’alerte ; 2 communes du bassin de l’Arc amont, 3 du secteur de la Durance, 9 communes du bassin-versant Artuby-Jabron et 9 autres du secteur de la Siagne sont en ‘alerte renforcée’1.

La situation devient problématique pour les différentes productions du département.

En fleurs coupées, l’accès au Canal de Provence, ressource pour l’heure non soumise à restriction, permet aux horticulteurs de faire face, “mais les fortes chaleurs pénalisent la production”. “La fleur souffre et ces conditions météo ont entraîné, au niveau national, un pic de production de pivoines, qui s’est ressenti sur les prix”, note Jean-Claude Véga, président du groupement de producteurs Phila-Flor.

 

Le végétal en souffrance

Du côté des vignerons – si la vigne a d’abord étonnement bien résisté compte tenu des rares averses tombées çà et là, après un hiver déjà extrêmement sec –, la contrainte hydrique se fait désormais visible. “On observe, un peu partout dans le département, des symptômes de jaunissement des feuilles. Les viticulteurs, forts de l’expérience caniculaire de 2019, ont en revanche globalement su éviter les phénomènes d’échaudage sur grappe”, note Julie Mazeau, conseillère viticole de la Chambre d’agriculture du Var.

La plante a peu d’outils à sa disposition pour se protéger, si ce n’est le dessèchement et la perte de feuilles qui vont limiter l’évapotranspiration. Depuis une quinzaine de jours, on observe aussi des flétrissements de baies dans les parcelles les plus séchantes. Le phénomène n’est pas majeur en matière d’intensité, mais relativement fréquent déjà. Les conditions entraînent une forte hétérogénéité au vignoble, selon qu’on soit sur sols profonds ou sur sols limités et, bien sûr, qu’on ait accès ou pas à l’irrigation”, complète Jean Andrès, de l’ICV Provence.

On utilise l’eau pour réduire l’excès de stress hydrique, mais le végétal souffre et ce sera encore plus compliqué dans un mois. Il y a urgence à mettre en œuvre les conclusions du Varenne de l’eau et à faire évoluer la réglementation, pour développer les réseaux d’irrigation, le stockage de l’eau, et modifier la date butoir du 15 août, qui n’est plus en prise avec la réalité du terrain”, plaide Éric Paul, président du Syndicat des vignerons du Var et élu de la Chambre d’agriculture.

Pour les maraîchers aussi, la situation est de plus en plus compliquée. “Il y a des grillures que l’on n’a pas l’habitude de voir. Il y a aussi des insectes opportunistes, qui se rabattent dans les cultures où ils trouvent un peu de fraîcheur, et pas mal de ravageurs qui aiment les conditions chaudes et sèches. Et puis les conditions ne sont pas favorables à l’implantation des auxiliaires : il faut multiplier les lâchers et cela a un coût”, indique Julie Hars, responsable d’équipe en maraîchage et arboriculture à la Chambre d’agriculture du Var.

De manière générale, la sécheresse impacte la gestion globale des cultures, en particulier pour celles sur forage ou captage et soumises aux différentes restrictions d’usage de l’eau en vigueur, en fonction de la nature de la ressource et des systèmes d’arrosage utilisés.

 

Pour une juste répartition de la ressource

En maraîchage, l’irrigation ne sert pas seulement à nourrir la plante. Elle sert aussi à la défendre de certains ravageurs. Donc forcément, quand on nous demande de réduire les apports et qu’on nous impose des plages horaires, ça devient très compliqué. D’autant que les réseaux ne peuvent pas être mis en pression tous en même temps, du coup on fait des tours d’eau, et comme une nuit ne fait jamais que huit heures, on peut se retrouver avec deux tours d’eau là où il en faudrait douze. On est des gens responsables, mais avec de telles équations, on ne sait plus faire”, explique Sébastien Perrin, maraîcher et arboriculteur de la plaine de l’Argens et secrétaire général de la Chambre d’agriculture. “Il y a beaucoup d’inquiétudes à un moment où l’on met en place les cultures qui doivent nourrir la population cet hiver. C’est le moment où l’on a le plus besoin d’eau et, aujourd’hui, certains exploitants s’interrogent, car ils craignent pour la viabilité et la rentabilité des prochaines cultures à lancer dans ces conditions”, poursuit-il.

On a rencontré le DDTM pour lui exposer le problème. On demande une répartition plus juste de la ressource. Bien sûr, nous ne sommes pas les seuls à avoir besoin d’eau pour travailler, mais on nourrit la population. Quand on voit les piscines des campings qui débordent, on se dit qu’il y a des incohérences”, défend Sébastien Perrin.

Dans les oliveraies, les craintes sont aussi particulièrement fortes. Les vergers sont globalement peu irrigués dans le département et, déjà, sécheresse et chaleur ont entraîné des pertes au niveau de la floraison et de la nouaison. “On peut avoir des pertes physiologiques, mais là, des grappes entières de fleurs ont grillé, des petits fruits ont noirci. C’est la première année où l’on voit des fleurs apparaître avant la reprise végétative de printemps. Les oliviers poussent peu, les feuilles se recroquevillent. Cela pose de vraies questions sur les itinéraires culturaux. Sans compter ceux qui ont pris le gel ou la grêle. Certains vergers n’auront pas d’olive, et ça devient très difficile pour ceux touchés par différents aléas ces trois dernières années”, souligne Fanny Vernier, conseillère arboricole de la Chambre d’agriculture.

Aujourd’hui, sans irrigation, l’oléiculture et l’agriculture en général n’ont pas d’avenir, et la filière oléicole doit progresser là-dessus”, ajoute Olivier Roux, oléiculteur, moulinier et élu consulaire. “On suit la situation de près. On attend de voir les conséquences sur les rendements en huile et sur l’activité des coopératives et des moulins, qui travaillent avec beaucoup de non-professionnels. Mais on est très inquiet. On travaille, au sein de la Chambre, à un état des lieux précis, pour déterminer si une demande de reconnaissance en catastrophe naturelle serait pertinente”, conclut-il. 

Gabrielle Lantes

 

Le zonage et les mesures associées sont consultables sur le site internet de la préfecture du Var : www.var.gouv.fr ou : https://bit.ly/3QD1dLv


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