Solliès-Pont : la figue en vedette

Publié le 03 octobre 2022

Jonathan Sala, sur le verger conduit en agriculture biologique du Castel. © G. Lantes

À Solliès-Pont, le Castel de Fies reprend vie autour de la production de figue AOP de Solliès, en agriculture biologique. Avec son épouse, Victoria, Jonathan Sala développe une activité diversifiée d’accueil et de gastronomie, pour mettre en valeur le fruit emblématique du secteur.

Voilà un peu plus d’un an maintenant que Victoria et Jonathan Sala ont racheté les dix hectares du Castel de Fies. “On a signé en juillet l’an dernier. Nous sommes issus de la viticulture, anciennement propriétaires de Château Jasson, à La Londe, et on cherchait de nouvelles surfaces. On est tombé sur ce lieu, où l’on a pu planter quatre hectares de vignes et où il y avait des figuiers d’une trentaine d’années sur l’aire d’appellation de la Figue de Solliès. On s’est dit qu’il y avait un beau potentiel”, raconte Jonathan.

Associé depuis à un investisseur, auquel il a récemment cédé ses parts du domaine viticole familial, le couple a eu un coup de cœur pour les quatre hectares de figuiers, plantés en restanques, et les 1 000 m² de bâti à rénover du Castel. D’importants travaux sont entrepris, avec l’idée de mettre en valeur la figue AOP de Solliès.

Un verger ressuscité

Longtemps laissé à l’abandon, le verger peut directement être converti à l’agriculture biologique. 260 jeunes arbres sont plantés pour remplacer une partie des vieux spécimens, colonisés par les fourmis, qui ont dû être arrachés. Les autres sont remis en taille de culture. “On a fait tout ce que l’on pouvait pour en sauver un maximum”, souligne Jonathan. L’exploitation compte désormais près d’un millier d’arbres. De l’engrais à base de fumier de volaille est apporté au verger, où l’enherbement naturel est privilégié. “On ne travaille pas du tout le sol. On a une belle diversité de plantes – avec de la mauve, du bleuet, de la vesce, du blé sauvage et de petites herbes aromatiques – que l’on entretient en tonte, avant de les faucher au mois de septembre. On a une source sur le domaine, et on a installé un système d’irrigation par asperseur. Avec tout ça, on arrive à garder de 68 % à 76 % d’humidité dans les sols, qui sont argileux”, précise Jonathan Sala.

Désormais arboriculteur, il a également aménagé un bassin d’acclimatation, où ont été installées des carpes et où la végétation s’est développée naturellement. “C’est un outil inspiré de l’aquaponie, alimenté par notre source et qui permet d’irriguer et de fertiliser les champs. C’est aussi un élément riche de biodiversité et un indicateur du bon fonctionnement de l’écosystème. Pour l’instant, le bassin fait 160 m², mais on va l’agrandir et passer à 1 000 m²”, explique-t-il.

Pour lui, il est essentiel d’utiliser le moins d’intrants possible. “J’ai des enfants et je veux être un modèle pour eux. Le bio est une vraie démarche pour l’avenir, qui bénéficiera à leur génération et aux suivantes”, défend-il.

Fort des investissements réalisés et du travail abattu, le producteur a pu faire sa première récolte cette année. “Ça a été très précoce. On a commencé le 1er août. Du coup, on n’a pas pu bénéficier de l’AOP dès le départ. Il y a aussi eu des nuits assez chaudes, donc ça a été un peu compliqué pour gérer les expéditions, car la figue doit se vendre vite. Mais, dans l’ensemble, ça s’est très bien passé”, rapporte-t-il.

Des moyens et des ambitions

À terme, les Sala envisagent de se constituer un réseau de distribution parmi les magasins bio. Leur production est, pour l’heure, en partie commercialisée en frais, via Rungis, à la restauration étoilée, et en proximité à la Fête de la Figue de Solliès-Pont. Ils travaillent également avec une cheffe pâtissière de Hyères, qui utilise les fruits du Castel pour préparer biscuits, confitures, chutneys, ou encore figues séchées sur place, dans l’atelier de transformation aménagé dans l’ancienne grange.

Dès le printemps prochain, les produits pourront aussi être vendus dans “le caveau de vente” de la propriété. La vente directe prend aussi la forme de ‘Food Farmer’, organisés sur l’exploitation. “En saison, on propose aux gens de passer la soirée autour de plats préparés par un restaurateur, de cocktails et d’un concert d’un artiste local. En 2023, ce sera chaque semaine à partir du troisième vendredi du mois de mai, et le deuxième du mois de septembre”, explique Jonathan Sala.

Le Castel accueille par ailleurs séminaires, mariages et autres évènements, et dispose de quinze couchages en chambre d’hôtes. “Quand on est agriculteur aujourd’hui, il faut savoir se diversifier. Et ça passe par l’agritourisme. Et puis c’est important de valoriser le beau territoire de la Vallée du Gapeau, qui a une riche et longue histoire. On vient du vin, on sait faire”, soutient l’arboriculteur entrepreneur.

Dans le même esprit, 6 000 m² de cultures maraîchères viendront bientôt enrichir la production. 16 variétés de légumes pourront ainsi être utilisées par les restaurants intervenant à l’occasion des différents évènements qui se tiennent ici.

Les jeunes producteurs de figues entendent bien être au premier rang de la production de figue bio sous appellation Solliès d’ici cinq ans. “L’ambition, c’est de devenir un acteur clé de l’AOP. Notre entreprise est appelée à monter puissance. On voudrait proposer un véritable circuit agrotouristique autour de la figue. Pour cela, il faut magasin, animations, logement... D’ici trois ans, notre projet devrait être abouti comme on l’a imaginé”, affiche clairement Jonathan Sala.

D’ici là, la fin de la récolte approchant, le Castel prévoit d’ouvrir les portes de son verger au public pour l’opération‘Verger en folie’, où chacun pourra aller cueillir les dernières figues de la saison contre un droit d’entrée de 2 à 3 €, reversés à des associations locales.

Gabrielle Lantes


Une partie de la production est transformée sur place, par un prestataire, en confitures, biscuits, figues séchées et autres chutneys. © G. Lantes

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