Stéphane Morféa, maraîcher à Puget-sur-Argens

Publié le 05 mai 2020

Stéphane Morféa, maraîcher à Puget-sur-Argens, envisage de réorienter une partie de la production avec des agrumes sous serre et des pommes de terre primeur.

Le local, une piste à creuser

Chez Stéphane Morféa, à Puget- sur-Argens, les semaines passées ont entraîné de grands bouleversements. “La crise du coronavirus nous a atteints de plein fouet, en raison des spécificités de notre modèle économique“, explique le maraîcher. Il est en effet positionné sur un mono-produit, les jeunes pousses (mesclun, épinard, roquette, blette, mâche…), produites sur 70 hectares, tout au long de l’année. “Nous commercialisons, d’autre part, notre production auprès de grossistes, à destination des restaurants et de la restauration collective. La fermeture de ces derniers nous a donc doublement impactés“, reconnaît-il volontiers aujourd’hui. Car, contrairement à des “petits“ maraîchers multi-produits, qui ont pu se tourner vers la vente directe lorsque les marchés de plein vent ont fermé, pour lui, guère de solutions de repli. “Je ressens, à l’instar de beaucoup de confrères dont l’exploitation est implantée sur la plaine de l’Argens, les conséquences de cette pandémie comme une double peine“, décrit-il. En effet, cette crise intervient quelques mois après les inondations de novembre, “qui avaient déjà tout détruit. Nous avions repris les cultures en début d’année, et les semis de janvier sont arrivés à maturité... en mars, au moment où la pandémie arrivait en France. La seule consolation, c’est que nous n’avons mis en culture qu’un quart des semis habituels, fin février/début mars. Les volumes de production que nous détruirons seront donc moindres, et nous perdrons moins d’argent“. Maigre consolation pour le maraîcher qui a tout de même dû placer en chômage partiel une dizaine de personnes, qui travaillent habituellement sur le conditionnement et la mise en barquette. Quant au reste de l’équipe, elle travaille un à deux jours de la semaine sur l’entretien des cultures. “J’envisage désormais de me diversifier, même s’il me reste à convaincre mes associés qui y sont, pour l’heure, réticents.“ Il produit en effet, depuis trois ans, des gariguettes en hors-sol, sur 2 000 m². “Elles sont commercialisées en circuit court, et cela fonctionne plutôt bien.“ Le maraîcher pense également réorienter une partie de la production avec des agrumes sous serre et des pommes de terre primeur. “Je suis de plus en plus convaincu que le ‘local’ est pour nous une piste à creuser, d’autant que les consommateurs sont en recherche d’authenticité. Cela pourrait se concrétiser par un point de vente direct de producteurs. Il aurait l’avantage de faire découvrir la plaine de l’Argens et les exploitants qui y sont installés. Mon espoir, c’est que les consommateurs relayent nos demandes auprès des pouvoirs publics, et que les travaux d’aménagements destinés à limiter l’importance des crues, maintes fois promis, soient enfin réalisés.”

 Julien Dukmedjian


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