Syndicat des Côtes de Provence : “Notre succès n’est pas le fruit du hasard”

Publié le 06 juillet 2021

Pour le président du syndicat des Côtes de Provence, Éric Pastorino (au centre), montée en gamme, environnent, changement climatique et protection du nom sont des axes majeurs du travail de l’organisme de gestion.

Le 22 juin au Château Sainte Roseline, aux Arcs-sur-Argens, l’assemblée générale annuelle des Côtes de Provence a permis de revenir sur une année compliquée, et de faire le point sur les travaux en cours. L’AOC résiste et poursuit sur la voie de la montée en gamme.

Si l’année écoulée n’a pas été simple, les responsables du Syndicat des Côtes de Provence saluent la résistance de l’appellation, forte de l’engagement et de la capacité d’adaptation des vignerons et vigneronnes face aux difficultés. Malgré les taxes Trump, la crise sanitaire, et les aléas climatiques, l’AOC Côtes de Provence “est un des vignobles qui s’en sort le mieux à l’échelle nationale. Il faut en être conscient”, souligne Paul Bernard, secrétaire général du syndicat. “La résilience, c’est l’art de naviguer dans les torrents”, souligne-t-il en citant Boris Cyrulnik.

Les enseignements de la crise

Bien sûr, les confinements – et la fermeture des bars et restaurants en particulier – n’ont pas été sans effet. Mais l’impact reste finalement mesuré, l’export, la grande distribution et la dynamique dans les caveaux durant l’été compensant en partie les pertes en CHR. Ainsi l’appellation enregistre des sorties de chai en recul de 6 % sur 2020, et une baisse de 9 % du cours du vrac (hors Dénomination géographique complémentaire, DGC) sur la campagne 2020-2021. Au 1er janvier, le disponible de l’appellation, en augmentation par rapport aux dernières années, était estimé à 907 000 hectolitres, dont 106 000 hl de stocks de l’ancien millésime.

Pour Éric Pastorino, président de l’ODG, il est important de tirer les enseignements de la période. “Les sorties de confinement en début de saison estivale ont favorisé la consommation de nos vins. La forte fréquentation touristique de l’été a dynamisé les ventes au caveau. L‘export a bien résisté. L’établissement d’une fourchette de prix plus large a permis de reprendre une partie des parts de marché perdues en grande distribution ces dernières années, permettant une commercialisation de nos vins pendant les périodes de confinement” analyse-t-il. Avant d’estimer : “Cette crise doit nous faire prendre conscience du chemin parcouru. Notre succès n’est pas le fruit du hasard : il est le résultat de notre volonté d’être l’appellation emblématique des rosés”.

Pour le président des Côtes de Provence, la réussite de l’AOC se fonde sur la qualité des vins et “le dynamisme des vigneronnes, vignerons et négociants qui ont développé des marchés à l’export et au national”. Et si aujourd’hui la Provence attire nombre d’investisseurs de renom, “il est important que chacun trouve sa place”, souligne Éric Pastorino. “Nous devons maintenir un tissu économique varié, et en aucun cas détricoter ce que nous avons créé tout au long des années passées”, défend-il.

Environnement et changement climatique : enjeux majeurs de la montée en gamme

La montée en gamme est ainsi l’action phare du Syndicat des Côtes de Provence. Et la qualité, un incontournable pré requis. Dans ce cadre, le syndicat travaille actuellement à réviser sa procédure de dégustation. Au sein du comité national INAO, Éric Pastorino porte par ailleurs le projet de création d’une mention valorisante type ‘cru’ pour les DGC, au nombre de cinq en Côtes de Provence. Le groupe de travail hiérarchisation de l’INAO doit présenter un rapport d’étape sur le sujet prochainement.

La prémiumisation passe également, pour l’Organisme de gestion (ODG), par le respect de l’environnement et l’adaptation au changement climatique. La démarche de certification collective Haute valeur environnementale (HVE), initiée en partenariat avec différents acteurs de la filière, va notamment dans ce sens. Déjà 202 exploitations y sont engagées ; elles seront plus de 400 cette année.

Dans un double objectif de qualité et d’adaptabilité, le Syndicat des Côtes de Provence a par ailleurs vu aboutir récemment l’introduction au cahier des charges de deux nouveaux cépages secondaires, le rousseli et le caladoc, qui peuvent désormais entrer dans l’encépagement de l’AOC à hauteur de 10 %. Cinq cépages à fin d’adaptation au changement climatique – calabrese, xinomavro, agiorgitiko, moschofilero et verdero – sont désormais en expérimentation sur l’aire d’appellation.

Et pour mieux accompagner l’évolution des pratiques, dans un souci tant environnemental que climatique, Éric Pastorino appelle de ses vœux l’émergence d’une structure commune. “ODGs, interprofession et Chambre d’agriculture pourraient mettre en commun leurs compétences, pour apporter des itinéraires techniques pragmatiques aux vignerons, un peu comme l’a fait le Centre du Rosé”, plaide-t-il.

Engagement sur l’irrigation et la protection du nom

L’irrigation est, bien sûr, une autre question centrale. “Elle ne règlera pas tout, mais doit s’intégrer dans la réflexion sur le changement climatique”, défend Éric Pastorino. Déjà, le dossier a connu une avancée notable cette année, avec la validation de l’extension du réseau du Canal de Provence sur la zone Cuers Pierrefeu. La profession attend désormais un projet chiffré à l’échelle du département. “Cela nous permettra d’organiser un symposium de l’eau réunissant les différents acteurs viticoles et nos élus, de façon à les sensibiliser sur l’enjeu majeur qu’est l’eau”, explique Éric Pastorino. Et le président des Côtes de Provence de souligner : “C’est un dossier éminemment politique, tous les acteurs doivent participer. À ce jour, le Conseil régional a validé une enveloppe de 250 millions d’euros spécifiquement pour le Var. Pour avancer efficacement, il faudra que le Conseil départemental affirme sa volonté d’intervenir sur ce dossier, l’enjeu étant l’autonomie en eau du Var pour la viticulture, mais aussi pour l’agriculture et la population en général”.

La protection du nom est un autre dossier essentiel pour le Syndicat des Côtes Provence, qui travaille en lien avec les ODG des Coteaux Varois en Provence et des Coteaux d’Aix-en-Provence sur le sujet. “Quand nous avons fait ce choix stratégique, j’étais loin d’imaginer l’importance que prendrait cette orientation. Mais nous l’avons fait au bon moment, car la Provence est enviée et copiée”, observe Éric Pastorino. Objet d’usurpation et de détournement à travers le monde, la protection de la mention ‘Provence’ a rapidement pris de l’ampleur, avec déjà plus d’une centaine de dossiers litigieux. “La situation de la viticulture française devient vraiment difficile. Plus nous entrerons en situation de crise, plus les détournements seront nombreux. Nous avons des dossiers de plus en plus compliqués, où les envois de courriers et les menaces par le biais d’avocats ne suffisent plus, en particulier sur des appellations voisines et concurrentes. Des cas d’étiquettes de plus en plus audacieuses, commercialisées par des entreprises de grandes tailles, sont constatés et remontés au service juridique. Il est probable que certains dossiers se terminent en contentieux”, indique le secrétaire général, Paul Bernard, à ce chapitre. En plus d’une mission de surveillance, le Syndicat travaille à la reconnaissance de la marque collective ‘Provence’ à l’international. Après avoir obtenu gain de cause en Chine, la Thaïlande, l’Inde et les Émirats arabes unis sont aujourd’hui plus particulièrement ciblés.

Au service de l’appellation et de ses adhérents, l’ODG des Côtes de Provence se mobilise ainsi sur tous les fronts, pour consolider l’appellation et son positionnement de référence sur le rosé. “Nous sommes sur le bon chemin”, estime Éric Pastorino. 

Gabrielle Lantes

 


Syndicat des Côtes de Provence AOC ODG rousseli Inao caladoc viticulture vigneron HVE