Syndicat des Jeunes agriculteurs du Var : une communication positive et constructive pour contrer l’agribashing

Publié le 11 février 2020

Pour Anthony Sénéquier, président du Syndicat des Jeunes agriculteurs du Var : “les JA ont appris des erreurs du passé, nous allons vers des jours meilleurs. Les jeunes poussent pour faire changer les mentalités.”

Pour répondre aux pressions sociétales et politiques qui mettent à mal l’agriculture, JA 83 prône le dialogue et la communication positive. Les jeunes demandent des moyens et des outils adaptés pour construire l’agriculture de demain.

Entre  inondations, prédation, ZNT, accords de libres-échanges internationaux ou protection du foncier, 2019 a été mouvementée chez les JA du Var, qui continuent à défendre l’installation et le renouvellement des générations pour une agriculture via-ble et durable. “On a eu une année par-

ticulièrement éprouvante”, résume Anthony Sénéquier, président du Syndicat des Jeunes agriculteurs du Var, à l’occasion de l’assemblée générale, organisée ce 4 février au complexe Jean-Jacques Marcel de Brignoles.

“Donner aux jeunes les moyens de s’installer ! ”

On nous demande de faire du bon, du bio et du local. C’est bien, mais pour ça on a besoin de terres agricoles ! On a besoin de terres agricoles où l’on n’a pas deux mètres d’eau tous les trois mois ou, à l’inverse, de terres irriguées, car sans eau, on ne peut rien développer”, souligne notamment le représentant des JA. “Il faut donner aux jeunes les moyens de s’installer !”, martèle-t-il. “Sachant que, par rapport à la Pac, l’échelon régional va récupérer la gestion de la Dotation jeune agriculteur (DJA), nous espérons qu’il y aura une harmonisation au niveau national, et que les Régions sauront faire en sorte que la future DJA soit plus attractive et plus accessible, pour honorer l’engagement du renouvellement des générations, porté par le dispositif. Pour produire local, il faut installer les jeunes !”, défend notamment Anthony Sénéquier.

Sur ce point, le conseiller régional, Jean Bacci, s’est voulu rassurant, témoignant des moyens déjà engagés pour accompagner l’agriculture, qui se sont élevés à 29 millions d’euros en 2019. “D’ici une dizaine d’années, la moitié des exploitants agricoles auront plus de 50 ans. Alors, plutôt que de récupérer des milliards d’excédents de la Pac, le gouvernement aurait tout intérêt à financer l’installation et la recherche, pour accompagner les agriculteurs auxquels on en demande toujours plus”, plaide encore Anthony Sénéquier.

Thématique centrale de cette assemblée générale des JA du Var, l’agribashing est une autre préoccupation cruciale pour la nouvelle génération. “Aujourd’hui, les agriculteurs sont en permanence sermonnés par les pouvoirs publics, souvent pointés du doigt par les journalistes, et voilà que même les maires s’y mettent avec les arrêtés ZNT. C’est facile de toujours taper sur une profession qui, malheureusement, va très mal dans certaines régions, avec de plus en plus d’agriculteurs qui se suicident”, dénonce Anthony Sénéquier. “Pourtant, les élus sont bien contents de nous trouver quand il faut épandre les boues, quand les agriculteurs patrouillent avec les Comités communaux feux de forêts (CCFF, NDLR) contre les feux de forêt et autre”, insiste-t-il.

Répondre de façon positive au dénigrement systématique

Face à la radicalisation de nos détracteurs, il faut se serrer les coudes, être présent sur nos territoires”, poursuit le président des JA du département. C’est dans cet esprit que le syndicat, au-delà des combats et mobilisations syndicales, multiplie les évènements comme la ‘Journée rose de Provence’, les ‘JA font la foire’, ‘Tous à la ferme’, sans oublier les journées portes ouvertes autour des métiers agricoles ou la ‘Cuvée des JA’ (voir encadré), qui permettent de conjuguer communication, pédagogie et convivialité.

Si le phénomène de dénigrement de l’agriculture n’est pas nouveau, il s’intensifie depuis une dizaine d’années, estime Marie-Thérèse Arnaud, de la Chambre d’agriculture Paca. La multiplication et la radicalisation des militants de l’environnement, la montée en puissance des réseaux sociaux, l’accumulation de réglementations, le discours publicitaire de la grande distribution sur les substances controversées, les dérives médiatiques... Tout cela renforce la défiance et la déconsidération du grand public à l’égard de l’agriculture. Sans compter le changement climatique, qui influe sur la pression sanitaire. La publication, en janvier, du Nodu (Nombre de doses unités) – indicateur de suivi de l’usage des produits phytopharmaceutiques en France – est, pour Marie-Thérèse, un exemple parlant. “Ce Nodu fait apparaître une augmentation de 21 % des pesticides vendus depuis 2017. Mais il faut tenir compte de plusieurs éléments : il y a déjà eu un gros problème de mildiou en 2018. Ensuite, les produits de substitution, moins efficaces, nécessitent plus de passages et font augmenter l’IFT. Enfin, un quart des produits dont il est question sont autorisés en Agriculture biologique, et les ventes de produits de biocontrôle, à risque faible, ont augmenté de 20 % entre 2017 et 2018”, souligne-t-elle.

Aller au devant du grand public pour lutter contre l’ignorance

“Il y a beaucoup d’ignorance, dans la population, dans les médias mais aussi dans les administrations, de la part de personnes qui sont pourtant des décideurs”, observe Marie-Thérèse Arnaud. Dans ce contexte, il apparaît essentiel, pour la profession agricole, “de renouer le dialogue et la confiance. Il ne faut pas seulement répondre aux attaques médiatiques : il faut axer la communication sur le présent et le futur ; on n’est plus dans les années soixante. Bien que la résilience demande du temps, les agriculteurs ont pris en main la réorganisation des systèmes de production. Il faut mettre en avant les effets des efforts réalisés et en cours, sur la base d’un constat partagé des défis de verdissement et de changement climatique, défis à relever dans un contexte complexe de mondialisation”, explique Marie-Thérèse Arnaud.

Qualité de l’air et de l’eau, économie d’énergie, certification environnementale, retour de la biodiversité, poids économique ou qualité et traçabilité des produits sont, dans ce cadre, autant d’arguments à développer. Tout comme les services rendus par l’agriculture, en termes d’aménagement du territoire et d’environnement. La Chambre régionale d’agriculture travaille pour construire cette communication, en amont, à destination de la population, dans le cadre des projets de charte de bon voisinage.

La préfecture du Var travaille également à la mise en place d’un observatoire de l’agribashing. Olivier Garcin, responsable de l’agriculture au sein de la DDTM, prend la pleine mesure de cette problématique pour les services de l’État. “Si le Var est moins concerné que d’autres départements par des évènements inquiétants – intrusions, prises à partie ou dégradations –, nous restons très attentifs à ces questions. L’enjeu de pédagogie est important, et il faut savoir apporter de la nuance à des discours trop caricaturaux”, intervient le représentant de l’État.

On a appris des erreurs du passé, et l’on va vers des jours meilleurs. Les jeunes poussent pour faire changer les mentalités, et donner une meilleure visibilité à l’agriculture. À nous de montrer l’exemple au travers du réseau JA, avec la convivialité et la modernité de notre syndicat, reprend Anthony Sénéquier. “Il ne sert à rien d’aller à la confrontation : il faut donner du sens à son entreprise et à sa façon de travailler. On doit aller au-devant de nos concitoyens, sans attendre que l’on nous interpelle”, conforte Laurent Rougon, représentant de la Chambre d’agriculture départementale à la tribune, avant de saluer le travail commun mené sur le plan de conquête et de reconquête agricole, l’installation et la transmission. 

Gabrielle Lantes


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