Syndicat des vignerons du Var : “Aller chercher l'excellence”

Publié le 15 juin 2021

Éric Paul, président du Syndicat des vignerons du Var. © G. Lantes

Entre aléas climatiques et crise sanitaire, Éric Paul, président de l’Organisme de gestion des IGP du Var, fait le point sur la saison en cours et les enjeux incontournables de la filière.

Comment se portent les IGP du Var après l’épisode de gel de ce printemps ?

Éric Paul : “Il faut veiller à accompagner les exploitations qui se retrouvent fragilisées face à la récurrence des accidents climatiques. Mais les vignerons ne se découragent pas, et nos entreprises continuent à investir dans la modernisation des exploitations et la qualité des produits, qui est au rendez-vous. Pour ce qui est du gel de ce printemps, il semble que les vignes aient globalement beaucoup de mal à repartir à cause du manque de chaleur ; mais certains cépages – qui avaient des mises en réserve intéressantes – ont remonté quelques raisins. Il y a du dégât, mais il est encore bien trop tôt pour présumer de la prochaine vendange. On verra une fois que le raisin sera dans les caves, avec les déclarations de récolte. On espère un joli millésime, de belles maturités et un peu d’eau pour passer l’été.” 

Quelle est la situation sur les marchés ?

É.P. : “Le principal marché des IGP du Var, c’est la grande région. Il y a eu un léger fléchissement des cours problématique – dû à l’arrêt de la consommation, avec la fermeture des cafés et restaurants –, mais les prix restent rémunérateurs pour les vignerons. On voit que les marchés s’étalent dans le temps, mais nous n’avons pas énormément de stocks. En effet, sans être pléthorique, la dernière récolte n’est pas ridicule et nous avons un stock-outil intéressant, permettant de faire la soudure d’une récolte à l’autre. Aujourd’hui, avec la réouverture du circuit CHR, on a bon espoir de reprendre une activité plus soutenue. La suspension des taxes américaines est aussi une bonne nouvelle car, si l’export représente une très faible part de la commercialisation de nos IGP, cela a certainement décongestionné la situation sur des marchés liés les uns aux autres. Souhaitons maintenant que la météo soit au rendez-vous, et que l’ensemble des consommateurs continue de prendre les précautions nécessaires, de sorte que la réouverture des établissements soit pérenne, et que nous puissions profiter de la saison estivale pour partager nos vins, à l’occasion des moments de convivialité qui ont cruellement manqué.” 

Le changement climatique est aujourd’hui une préoccupation majeure. Comment cela se traduit-il ?

É.P. : “Anticiper le changement climatique est très compliqué. Il faut savoir atténuer et s’adapter, l’un n’allant pas sans l’autre. Déjà, de nombreuses actions sont mises en place par les vignerons et la filière. On est capable, aujourd’hui, de gérer la vie des sols différemment, ce qui confère à la vigne, par exemple, une meilleure résistance à la sécheresse en amont de l’irrigation, dont on appelle le développement de nos vœux. On investit d’ailleurs dans des matériels performants, comme les capteurs de flux de sève, qui nous permettent d’utiliser l’eau à bon escient.

Nous avons aussi su faire entrer dans notre cahier des charges des variétés résistantes aux maladies, et il n’est pas impossible que des variétés résistantes du point de vue climatique puissent y être intégrées prochainement. Le Syndicat des vignerons du Var participe d’ailleurs activement à la construction de l’Observatoire des cépages ‘O’César’, porté par le Centre du Rosé. Il serait notamment intéressant à ce chapitre de développer, ou redévelopper, des variétés autochtones.

Après, nous avons la possibilité, quand les conditions le permettent, d’avoir recours au Volume complémentaire individuel (VCI) ou à la réserve interprofessionnelle, pour faire face aux aléas de production. Il y a aussi, bien sûr, le volet assurantiel qui mérite d’être amendé, pour être plus performant. Il ne faut surtout pas jeter le bébé avec l’eau du bain, car un certain nombre d’entreprises n’existerait plus aujourd’hui si elles n’avaient pas eu d’assurance. Il faut donc saluer le travail des assureurs, même si les choses peuvent être améliorées.

À mon sens, la résilience passe enfin également par la diversification des cultures, qui vient renforcer la capacité des exploitations à mieux résister à diverses problématiques, qu’elles soient économiques, sanitaires ou climatiques, en plus d’être intéressante du point de vue de l’environnement.” 

Où en sont les IGP du Var sur le volet environnemental ?

É.P. : “Nous avons mené une enquête très instructive en interne, qui montre que 48 % des surfaces classées en IGP du Var sont d’ores et déjà sous certification, soit en Haute valeur environnementale (HVE), soit en Agriculture biologique. C’est une très bonne chose. Il y a notamment un engouement sur la HVE, avec une volonté du commerce d’aller dans ce sens. Le législateur voulait nous l’imposer, je préfère une démarche volontaire. La pédagogie vaut mieux que le fouet. Et les vignerons, on le voit, sont capables de faire bouger les choses, sans rien céder sur la qualité des produits. Le Syndicat des vignerons reste à ce propos très rigoureux sur le contrôle organoleptique. Si le risque zéro n’existe pas, il est essentiel de connaître ce que l’on met sur les marchés. Et la qualité est à la base de l’ensemble de nos marchés et de nos signes de reconnaissance. C’est beaucoup de travail, mais c’est à ce prix qu’il faut toujours aller chercher l’excellence.” 

Des projets particuliers sont-ils en cours ?

É.P. : “Oui, nous travaillons sur la zone de Correns, à la création d’une nouvelle Dénomination géographique complémentaire (DGC) à l’IGP Var. Nous répondons ainsi à la demande de ce territoire de distinguer et de valoriser sa spécificité sur les blancs. La future DGC ne sera déclinée qu’en blanc, avec des cépages tels que l’ugni blanc, le rolle, mais aussi des cépages résistants, pour accompagner à la fois le changement climatique et l’économie d’intrants phytosanitaires. Le périmètre s’étendra sur les communes de Correns, Le Val, Cotignac, Châteauvert, Carcès et Montfort.

La démarche traduit l’ancrage territorial fort de nos IGP, en lien avec la demande de produits locaux clairement identifiés. Ce sera la quatrième dénomination géographique complémentaire des IGP Var, les trois premières – Argens, Sainte-Baume et Coteaux du Verdon – ayant été validées au moment de l’accession à l’ODG. Le dossier est en cours et devrait être validé pour la prochaine récolte. Nous avons hâte de faire déguster les vins de cette nouvelle DGC. C’est une excellente chose pour le territoire de Correns et pour les IGP Var.”

Propos recueillis par Gabrielle Lantes


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