Tanneron : Le préfet à l’écoute des mimosistes

Publié le 10 février 2022

Le préfet du Var a pu visiter l’atelier de la famille Augier, à Tanneron. © G. Lantes

Interpellé sur les problématiques spécifiques des producteurs de mimosa de Tanneron, le préfet, Evence Richard, est allé à leur rencontre le 20 janvier, pour faire le point sur les différents dossiers à enjeu.

Il fait la fierté et la renommée de tout un territoire. Chaque année, le mimosa – qui illumine le massif de Tanneron entre décembre et mars – attire un large public qui vient randonner, célébrer l’une des nombreuses fêtes de village qui lui sont consacrées, ou flâner entre Bormes et Grasse, le long de la route du mimosa. Et les producteurs de Tanneron ont à cœur de perpétuer le savoir-faire transmis par leurs aînés, à l’image de Julien et Benoît Augier. L’exploitation familiale a été créée en 1926 par leur arrière-grand-père, puis reprise par leur grand-père et leur père qui ont chacun participé, en leur temps, à son développement et à ses évolutions, parmi lesquelles l’association de la culture de l’eucalyptus à celle du mimosa.

La visite de la forcerie et de l’atelier de conditionnement de l’entreprise, le 20 janvier dernier, ainsi que la réunion de travail qui a suivi ont été l’occasion pour les mimosistes, accompagnés par la présidente de la Chambre d’agriculture, Fabienne Joly, le président de la FDSEA, Sylvain Audemard, le maire de Tanneron, Michel Félix, et le président de la MSA Provence Azur, Antoine Pastorelli, d’attirer l’attention du préfet du Var, Evence Richard, sur diverses difficultés rencontrées par la filière, mais aussi ses atouts face à la concurrence étrangère.

D’importantes difficultés à loger la main-d’œuvre

On travaille sur la qualité, car c’est sur la qualité de notre mimosa que l’on a construit notre image de marque“, présente Benoît Augier, en menant la visite de ses installations. 60 à 70 % de la production est commercialisée via la Sica Marché aux fleurs de Hyères, sous la marque qualité Hortisud. Le reste est principalement expédié vers le Benelux. “Quand on arrive à l’atelier avec la récolte du jour, on commence par trier le mimosa manuellement. Tout ce qui n’est pas assez qualitatif est écarté. Le mimosa récolté en vert passe par la forcerie. Une hygrométrie de 90 % et une température de 24°C nous permettent d’avancer et de maîtriser la floraison, ce qui est essentiel pour répondre à la demande des clients“, explique le mimosiste. Une fois à floraison optimale, les brins de mimosa sont conditionnés au poids, en bouquet de 150 grammes à 1 kg, une spécificité de la production. “C’est un travail long et fastidieux et, malheureusement, nous avons de plus en plus de mal à recruter de la main-d’œuvre en saison. L’an dernier, nous étions douze ; cette année seulement huit pour les mêmes volumes“, pointe Benoît Augier.

C’est une des problématiques majeures de notre filière sur Tanneron, où 95 % de la commune est concernée par le Plan de prévention du risque incendie de forêt (PPRIF). Cela impacte les agriculteurs qui ont besoin de construire des ateliers pour travailler, des hangars pour abriter leur matériel, sans oublier d’aménager des logements pour accueillir les saisonniers. Nos grands-parents mettaient autrefois des logements à disposition. Ce patrimoine a été récupéré par la génération de nos parents pour arrondir leurs petites retraites agricoles. Et, aujourd’hui avec le PPRIF, il est extrêmement difficile d’en créer de nouveaux“, précise Julien Augier, secrétaire du syndicat local des producteurs et adjoint au maire du village. “La saison est assez longue, de septembre à mai et, bien souvent, la main-d’œuvre européenne – qui vient de Pologne ou du Portugal – comme les saisonniers français – qui vont d’une région à l’autre au gré des travaux agricoles –, ont besoin d’être logés“, précise-t-il.

Pour la profession, l’installation de modules d’habitation démontables permettrait de mettre des logements à disposition, à proximité des ateliers, sans urbaniser. Une solution qui mérite d’être étudiée et, peut-être, expérimentée pour le préfet du Var. “On est ici dans une configuration très compliquée, avec un classement en zone rouge sur la quasi-totalité de la commune et une réglementation contraignante. Sans compter la topographie, avec un relief agité et de fortes pentes. Mais on doit pouvoir trouver des solutions, et je propose de débroussailler le sujet avec la DDTM et les pompiers“, s’engage le représentant de l’État sur ce dossier.

Inquiétudes sur le brûlage

La question du brûlage des déchets verts préoccupe aussi particulièrement les producteurs de mimosa  de Tanneron. “On broie chaque fois que possible, mais il y a des endroits très pentus et trop difficiles d’accès, où le brûlage reste la seule solution. On a le savoir-faire et il n’y a jamais eu à Tanneron un départ de feu sur un brûlage fait par un exploitant agricole. On fait ça tôt, dans les meilleures conditions, et on prévient en général les pompiers dont on est les premiers alliés“, défend Julien Augier, qui dénonce une pression accrue sur la pratique et craint de la voir, à terme, interdite. “Sur le brûlage, il y a deux sujets à prendre en compte : le risque incendie et la pollution de l’air. Mais je comprends les difficultés liées au relief“, répond le préfet Evence Richard.

Même si les néoruraux ne comprennent rien à l’agriculture et appellent les gendarmes et les pompiers à la moindre occasion, il faut protéger ce savoir-faire. On connaît notre métier et le bénéfice de l’apport de matière organique sur nos parcelles. Mais on a aussi vu cet été dans les Maures que, quand la masse de végétaux est importante, le feu part plus fort. À trop vouloir mettre nos territoires sous cloche, on ne protège plus rien !“, ajoute Sylvain Audemard, président de la FDSEA du Var et vice-président de la Chambre départementale d’agriculture.

On fait différents essais de taille courte, pour mieux se protéger de la sécheresse ; on arrose au maximum une fois dans l’été ; on ne fait aucun traitement phytosanitaire ; on travaille avec des auxiliaires de culture si besoin ; et on broie au maximum pour apporter de l’humus à nos sols et lutter contre l’érosion“, expose Benoît Augier, qui prévoit d’investir 50 000 € dans un second broyeur d’ici la fin de la saison. “C’est un coût, mais on a su faire évoluer nos pratiques. Quand on brûle, c’est que l’on ne peut pas faire autrement“, poursuit-il.

Distorsions de concurrence entre départements

L’investissement est d’ailleurs un autre cheval de bataille des producteurs de mimosas, qui dénoncent les différences de pratiques en matière de subvention entre le département du Var et ses voisins. “C’est une problématique qui concerne finalement tous les agriculteurs varois. On est pris en étau entre les départements des Alpes-Maritimes et des Bouches-du-Rhône, qui subventionnent jusqu’à 40 % de l’investissement matériel des agriculteurs ; alors que le Var ne donne plus rien“, déplore Julien Augier.

La Loi NOTRe a engendré d’énormes différences d’un territoire à l’autre. Il ne peut pas y avoir deux poids, deux mesures entre les grandes métropoles et les territoires ruraux qui n’ont plus que les miettes à ramasser“, s’agace Sylvain Audemard. Pour les mimosistes, la question est d’autant plus prégnante qu’un certain nombre d’exploitations, dont les parcelles sont exploitées dans le Var, ont leur siège social dans les Alpes-Maritimes et bénéficient donc d’aides pour cultiver des terres varoises. “C’est bien pour eux, et on ne demande pas à ce que ces aides soient supprimées. Mais on doit pouvoir être aidé aussi, car nos confrères sont devenus des concurrents sur un marché où l’on arrive avec le même produit, mais pas avec les mêmes coûts de production“, explique Julien Augier.

Si le représentant de l’État n’est pas compétent en la matière, la période électorale qui débute est, pour la profession agricole, l’occasion de remettre le dossier en débat. “On voit ici que, même si nous avons beaucoup de vigne, notre département est riche d’une agriculture diversifiée et de territoires avec diverses problématiques. Il est important de préserver cette diversité et cette culture spécifique du mimosa“, conclut Fabienne Joly. 

Gabrielle Lantes


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