Tenea Énergies : faciliter les projets autour de la méthanisation agricole

Publié le 24 octobre 2022

Benoît Giraud, l'un des dirigeants de Tenea, qui souhaite développer la méthanisation agricole dans la région Paca. © E. Delarue

Nouvel acteur des énergies durables, l’entreprise Tenea accompagne les agriculteurs dans leur projet pour aller vers une agriculture durable, rentable et tournée vers l’avenir.

Même si la filière se veut prometteuse dans la région, l’aventure de la méthanisation agricole est une vraie gageure pour celui qui souhaiterait se lancer. Concevoir et faire aboutir un projet reste encore vraiment une usine à gaz. Mais ce marché – qui aspire à se développer – voit émerger différents acteurs pour aider les agriculteurs à porter leur projet. Pour la plupart, ils sont déjà impliqués dans les énergies renouvelables.

Tenea Énergies est l’un d’entre eux. L’entreprise est née de l’association de deux spécialistes des énergies renouvelables : Tenergie, implanté à Meyreuil, dans les Bouches-du-Rhône ; et Homea, basé à Générac dans le Gard. La société – qui existe depuis avril 2021 – porte différents projets en développement dans l’ouest de la France surtout, mais aussi en Paca.

Basé à Aix, Benoît Giraud est l’un des quatre associés qui gèrent la structure. Son métier “cible l’accompagnement de petits projets à la ferme et en mesure d’absorber jusqu’à 15 000 tonnes de matières. Il ne s’agit pas non plus d’outil de micro-méthanisation”, précise-t-il.

Avec la méthanisation, la jeune entreprise propose aux exploitations agricoles de créer un cycle énergétique vertueux, en réduisant leur charge polluante et en produisant de l’énergie verte, tout en lui fournissant un fertilisant organique à haute valeur agronomique, qui répond aussi à leurs besoins de recyclage et d’amendement des sols.

Un accompagnement ‘clés en main’

Mais, pour rentrer en contact avec les exploitants susceptibles d’être intéressés par la méthanisation agricole, ce n’est pas toujours simple. Pour le moment, le secteur n’est pas encore très structuré. Les rencontres se font surtout par l’intermédiaire des institutionnels et de réunions d’informations sur le terrain.

Dans la pratique, après avoir rencontré l’agriculteur ou le groupe d’agriculteurs, “notre travail consiste à prendre en charge toute la partie technique, le dimensionnement du digestat, la vérification des matières organiques, la consultation des fabricants, la vérification de la réglementation, les obtentions des autorisations et tout l’aspect lié au raccordement au réseau de distribution”, explique Benoît Giraud.

Dans le montage des dossiers sur ces Installations classées au titre de la protection de l’environnement (ICPE), l’entreprise collabore avec GRDF ainsi qu’avec le consortium Métha’Synergie, qui a une vue d’ensemble du déploiement des projets à l’échelle régionale.

Tenea propose aux agriculteurs un accompagnement sur la globalité des projets, cela va du financement à la maintenance puis l’exploitation du méthaniseur, en passant par la prise en charge de la construction des installations.

Mais nous faisons avant tout un projet avec l’agriculteur, qui reste copropriétaire et acteur de l’exploitation de l’unité de méthanisation, cette dernière devenant un complément de l’entreprise”, ajoute le dirigeant d’entreprise. Si c’est elle qui prend en charge la gestion de la partie purement opérationnelle de l’exploitation de méthanisation, de la maintenance et des aspects très techniques, en revanche, c’est bien l’exploitant qui récupère les fruits de la rentabilité financière de l’unité.

Tenea – qui emploie 12 personnes – se rémunère sur les études réalisées en amont, mais surtout sur l’exploitation des projets lorsqu’ils seront en fonctionnement.

Trois ans en moyenne

Actuellement, nombre de dossiers de méthaniseurs agricoles ne sont qu’à l’état de projets : on en compte une vingtaine aujourd’hui, à des stades très différents. Certains sont en pure émergence, quand d’autres ont déjà obtenu leur permis. Ce qui est déjà beaucoup, car trouver un terrain est souvent une difficulté récurrente sur les projets et leur concrétisation. “Entre un premier rendez-vous et un raccordement au réseau, il faut en moyenne aujourd’hui trois ans pour faire aboutir une unité de méthanisation”, estime Benoît Giraud.

Ce dernier reconnaît que les projets autour de la méthanisation sont souvent très longs, les enquêtes de l’ICPE notamment, et comportent beaucoup d’études. Selon les régions, l’administration n’est pas encore très habituée à traiter ce type de dossier. Et ce qui freine aujourd’hui leur concrétisation, c’est bien souvent la méconnaissance de la méthanisation, les craintes autour de son impact et les risques au niveau environnemental posant question. “Pourtant, les installations ne sont ni impactantes pour l’environnement, ni ne créent de nuisances sonores ou odorantes. Mais malheureusement, la méthanisation souffre d’une mauvaise image véhiculée dans la presse”, observe Benoît Giraud.

Dans le département des Bouches-du-Rhône, l’entreprise accompagne au moins trois projets sérieux. Par exemple, en Val de Durance, un projet de méthaniseur est en route depuis une année. Pour l’instant, il n’y a pas de terrain identifié, mais l’entreprise a déjà rencontré différents élus de plusieurs communes, très favorables à l’initiative. Les intrants agricoles pour l’utilisation du digestat seraient très variés. Des grignons d’olive, de la paille de lavandin post-distillation, des résidus de cultures, des fumiers d’ovins pour un outil dimensionné afin de traiter entre 8 000 et 10 000 tonnes d’intrants.

Plusieurs acteurs du monde agricole local – qui se chargeront d’apporter des matières issues de leurs activités pour alimenter le méthaniseur – sont parties prenantes à différents niveaux. Monter un projet avec de multiples apporteurs potentiels est plus complexe, mais aussi plus sécurisant pour l’avenir. Tenea Énergies accompagne également un projet du côté de Calas-Cabriès, qui s’appuierait sur le fumier équin du centre équestre. Mais c’est actuellement le projet de la Vallée de l’Arc qui est le plus avancé. Ce projet de méthanisation à la ferme devrait fonctionner sur la récupération des effluents de cave, avec l’association des vignerons de la Sainte-Victoire sur Trets. “Faire aboutir ce projet serait très positif pour mieux faire comprendre ce qui est envisageable avec la viticulture, et faire avancer la méthanisation agricole sur le territoire régional”, observe Benoît Giraud.

Ce que souhaite l’expert pour l’année à venir, ce serait donc “une première mise en service d’un méthaniseur agricole pour Tenea Énergies, mais aussi un assouplissement réglementaire, notamment sur les délais des autorisations accordées, pour accélérer le développement de la méthanisation agricole en région Paca”. 

Emmanuel Delarue


Le territoire régional offre différentes ressources qui peuvent être mobilisées dans le processus de dégradation, comme les cultures intermédiaires, les résidus de cultures et notamment de pailles, dont le pouvoir méthanisant est important. © ED

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