Terra Provincia : la fusion est actée

Publié le 23 février 2021

Florian Lacroux (à droite), directeur de Terra Provincia, aux côtés de Frédéric Fabre, président de la nouvelle cave coopérative. © G. Lantes

Les deux caves coopératives du triangle d’or, Saint-Roch Les Vignes et le Cellier Saint-Sidoine ont validé la fusion en assemblée générale, fin janvier, pour donner naissance à Terra Provincia.

Une fusion, ce n’est pas rien. Saint-Roch et Saint-Sidoine ont donc travaillé main dans la main, en prenant le temps de construire des bases communes solides. D’autant que les deux structures sont déjà passées par la case fusion, il y a de cela une vingtaine d’années. Saint-Roch avait réuni les deux anciennes caves de Cuers, et Saint-Sidoine celle de Puget-Ville et de Carnoules. Et ce n’est pas le seul point commun des deux caves, qui partagent un terroir sur un territoire soumis à une importante pression foncière, ainsi qu’un certain nombre de coopérateurs. Toutes deux ont aussi la particularité de faire plus de 90 % de vrac. C’est pour répondre à la demande du marché que la fusion a été décidée.

“On était à un moment où tout allait bien, et les conseils d’administration des deux structures ont eu l’intelligence de profiter de cette période porteuse pour préparer l’avenir. Les discussions ont débuté dans l’objectif de conforter des relations durables avec des clients, qui ont besoin de volume, de qualité et de régularité, mais aussi de développer l’export. Ça s’est d’abord concrétisé, en 2017, par une union commerciale, avec la fusion comme perspective”, rappelle Florian Lacroux, qui est alors devenu directeur des deux caves.

Peu à peu, les process techniques, administratifs et commerciaux sont remis à plat, pour que les deux caves fonctionnent à l’unisson. En 2019, elles se dotent d’une identité commune : Terra Provincia. “Cela s’est fait pas à pas, dans l’écoute et le dialogue avec les coopérateurs, pour mettre en place une stratégie commune et partagée”, souligne Florian Lacroux. Jusqu’à la fusion, votée à la quasi-unanimité (98 %) en ce début d’année 2021.

Deux sites, une stratégie commune

“C’est une satisfaction, car c’est l’aboutissement d’un long travail. Aucune cave n’était là pour manger l’autre ; le but, c’était que tout le monde y gagne, et on a avancé dans la plus grande transparence. Le résultat montre l’adhésion d’une large majorité des sociétaires à la démarche. C’est très important, car on tenait absolument à ce que les coopérateurs soient partie prenante de cette décision”, se réjouit Frédéric Fabre, ancien président de la cave de Cuers. C’est lui qui devient président de la nouvelle entité Terra Provincia. André Camous, président de la cave de Puget-Ville pendant 17 ans, occupe quant à lui la responsabilité de vice-président. Le conseil d’administration, élu pour trois ans, se compose de sept membres de chaque cave, l’objectif étant de faire perdurer cet équilibre.

Terra Provincia s’appuie sur une équipe salariée de 15 personnes. Le pôle administratif est regroupé sur le site de Cuers, où quelques travaux de réaménagement sont en cours, signe de renouveau. Par ailleurs, les deux sites de production, ainsi que les deux boutiques, sont conservés et restent opérationnels. Si la politique qualitative est commune, un maître de chai et un œnologue restent en poste sur chaque site. Des permanences sont aussi ouvertes aux coopérateurs, à Cuers comme à Puget-Ville. “C’est une priorité de rester au plus proche des coopérateurs et de continuer à les accompagner, aussi bien au niveau technique qu’administratif”, souligne Frédéric Fabre.

Avec une production de 60 000 hectolitres en moyenne, dont 58 000 hl en AOC Côtes de Provence, Terra Provincia devient le premier producteur de l’appellation. La production se répartit à 94 % en rosé, 3 % en rouge et 3 % en blanc. Pour ses responsables, un des atouts est l’unité et la cohérence. “On reste sur un territoire centré sur l’appellation Côtes de Provence Pierrefeu entre Cuers, Puget-Ville, Carnoules, Solliès-Pont et Pierrefeu. Seulement six kilomètres séparent les deux sites”, note par exemple Florian Lacroux. La fusion incarne, par ailleurs, une dynamique commune : “Les deux caves ont beaucoup, et régulièrement, investi au vignoble et en cave, pour la qualité et la régularité. La veille technique est constante depuis des années, il n’y a donc pas de chantier pharaonique à mener”, poursuit le directeur de Terra Provincia.

Renouveau et continuité

La fusion permet de mutualiser les moyens et les compétences, mais aussi de lisser les aléas de production. “L’an dernier, Cuers a été plus impacté par le gel que Puget-Ville. Il y a deux ans, à l’inverse, le secteur de Carnoules avait été très touché par la grêle, contrairement à Cuers”, illustre Florian Lacroux. “Le nerf de la guerre, c’est la rémunération des coopérateurs et, en mutualisant, on sécurise le revenu des producteurs. On a plus de poids, et il y a un enjeu en termes économiques, comme en termes de renouvellement des générations”, défend aussi Frédéric Fabre.

Pour le président de la nouvelle structure, la fusion ouvre un nouveau chapitre, dans la continuité de l’histoire des deux caves, et dans le respect de l’identité de chacune. Pour incarner cette volonté, même si la bouteille est une part minime de l’activité de la coopérative, une nouvelle gamme est en cours de création. Une cuvée Saint-Roch et une cuvée Saint-Sidoine devront ainsi exprimer la typicité de chaque terroir. “Il ne s’agit pas d’occulter le passé. Cette fusion est certes un aboutissement, mais ce n’est pas la fin d’une histoire : c’est une étape”, insiste Florian Lacroux.

S’il reste du travail au niveau administratif, notamment pour mettre en marche la nouvelle entité juridique, le temps de l’union a d’ores et déjà permis d’harmoniser les pratiques au vignoble et en cave, comme sur le champ commercial. Des techniciens assurent le suivi du vignoble et pensent les cuvées en amont, 100 % du vignoble est contrôlé. Depuis 2019, un groupe pilote de vignerons coopérateurs est, par ailleurs, engagé dans une démarche d’innovation environnementale. Des essais de couverts végétaux et de gestion de la matière organique ont notamment été mis en place, avec des résultats encourageants sur la vigne et la régularité des rendements. “On continue à investir sur la qualité, et les coopérateurs portent des ambitions clairement axées sur le développement durable. Il y a une dynamique Haute valeur environnementale en construction et, dès la récolte 2021, 140 hectares du vignoble seront certifiés en Agriculture biologique. 15 % de la production sera bio”, indique Florian Lacroux.

Malgré le contexte rendu compliqué par la crise sanitaire, Terra Provincia envisage l’avenir avec optimisme. “Depuis l’an dernier, la taxe Trump, le gel et le Covid n’ont fait que renforcer nos convictions. Sur une année pourtant difficile, la commercialisation tient la route. Nos partenaires commerciaux ont pris des positions fortes, parce qu’eux aussi croient en notre démarche. Cela rassure les viticulteurs, et nous permet de traverser sereinement cette crise”, observe Frédéric Fabre. “À nous maintenant de montrer qu’on a pris la bonne voie. On a su construire ensemble cette fusion, et c’est ensemble qu’on va continuer à avancer”, assure le président de Terra Provincia. 

Gabrielle Lantes


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