Un millésime globalement généreux

Publié le 21 novembre 2022

Le conseil d’administration des Vignerons coopérateurs du Var s’est réuni le 3 novembre à Brignoles. © G. Lantes

Bilan des vendanges, estimation de récolte et point sur les marchés ont occupé le dernier conseil d’administration des Vignerons coopérateurs du Var.

Comme de coutume, le conseil d’administration post-vendange de la Fédération des caves coopératives du Var est l’occasion de dresser un premier bilan du millésime pour la coopération du département. Et, pour commencer, un rapide tour de table met en évidence l’hétérogénéité de cette campagne, marquée par la sécheresse, mais aussi les épisodes de grêle du mois d’août. Si la récolte s’avère globalement plus généreuse que celle de 2021, certains secteurs – comme Cotignac, Entrecasteaux, Les Arcs, Flayosc ou Montfort – voient leur production réduite.

Estimation de récolte à la hausse

Invitée à présenter les enseignements à tirer de ce millésime, Laurence Hugou, directrice de l’Institut coopératif du vin (ICV) Provence, revient sur les conditions de production. “On a eu au départ de petites baies, mais de belles sorties de grappe. La sécheresse et les chaleurs inédites ont beaucoup inquiété. Toutefois, hormis sur sol limitant et plantiers, le végétal a bien résisté. Les pluies de la seconde partie de vendanges ont été bienvenues, et la maturation a pu progresser pendant toute la durée de la récolte”, observe-t-elle.

En cave, ce millésime précoce s’est traduit par des degrés un peu élevés, mais surtout de faibles acidités. “Cela oblige à bien réfléchir les acidifications, en gardant à l’esprit que c’est une nécessité par rapport au risque bactériologique, à l’équilibre et à la conservation des vins”, souligne Laurence Hugou, dont les équipes travaillent à tester des levures acidifiantes, de sorte à limiter les additifs.

Si la sélection parcellaire a bien fonctionné, la directrice de l’ICV Provence insiste sur l’intérêt de travailler cuve par cuve, de sorte à adapter au mieux les process de vinification, dans un objectif toujours plus qualitatif.

Laurence Hugou attire enfin l’attention sur le pilotage de l’irrigation. “On a vu, çà et là, que des excès d’eau donnent des vins assez neutres, avec des acidités très faibles”, indique-t-elle. Pour Laurent Rougon, président des Caves coopératives du Var, il est impératif d’être particulièrement vigilant à ces phénomènes de dilution, aussi ponctuels soient-ils. “Cela pose des problèmes qualitatifs. L’eau sert avant tout à préserver le végétal, et il faut savoir garder la tête froide. D’autant plus que la profession viticole, agricole, le Canal de Provence, la Région Sud et, on l’espère, le Département, travaillent ensemble au développement des réseaux d’irrigation pour un meilleur maillage du territoire. Et cela passe nécessairement par l’économie de la ressource. Les caves sont là pour accompagner les coopérateurs à bien maîtriser leur irrigation”, insiste-t-il.

Des marchés qualitatifs plutôt que des marchés de prix

En matière de volumes, la tendance est à la hausse pour la coopération varoise. Les estimations de récolte de la Fédération départementale des caves coopératives tablent sur une production de l’ordre de 710 000 hectolitres, contre 673 617 hl l’an dernier. Selon les premiers chiffres, provisoires, les volumes en AOC Côtes de Provence apparaissent en augmentation de plus de 7 000 hl et les AOC Bandol sont stables, alors que les vins produits sous appellation Coteaux varois en Provence produits par la coopération sont en recul d’environ 5 000 hl.

Les volumes produits sous IGP connaissent quant à eux une nette progression, avec quelque 214 000 hl contre un peu plus de 160 000 en 2021 pour l’ensemble de la coopération viticole du département. Et Laurent Rougon envisage la campagne commerciale sereinement. “Au 31 juillet, on n’avait jamais eu de stock aussi bas en coopération. La dynamique est bonne en Provence, la situation est saine. On voit que les cours se maintiennent en IGP Var et si nos voisins du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône ont d’anciens millésimes d’IGP Méditerranée, dans le Var, c’est plutôt une IGP de repli. N’empêche que les bons IGP, bien travaillés, trouvent toujours preneurs à bon prix. Nous sommes sur des marchés qualitatifs, pas des marchés de prix”, analyse-t-il.

L’enjeu est de fournir les acheteurs en quantité et en qualité. “On reste leader sur le rosé, et il faut répondre à la demande pour que les clients n’aillent pas chercher ailleurs. Il ne faut pas avoir peur d’investir sur tout ce qui touche à la qualité, à la vigne comme en cave, en matière de compétences humaines ou de matériels, pour poursuivre notre montée en gamme”, défend le président des caves coopératives varoises.

Contrat pluriannuel : un outil donnant-donnant

C’est dans cet esprit que la Fédération travaille notamment sur les contrats pluriannuels entre coopération et négoce. “Nous sommes de plus en plus sollicités dans ce sens. Aujourd’hui, le principal souci du négoce, c’est le sourcing et la sécurisation des approvisionnements. Ces contrats peuvent être une réponse qui engage à la fois les caves et les négociants”, explique Laurent Rougon. Il s’agit ainsi d’accompagner les caves, en posant les principes généraux d’un contrat type sur le territoire. “Il y a des éléments à sécuriser, à commencer par le fait que le raisin ne puisse pas faire l’objet du contrat. Les caves coopératives ne sont pas là pour vendre du raisin. Leur ADN, c’est de vendre du vin, voire du moût, en complément”, précise Hélène Basset, directrice de la fédération départementale. Désignation du produit, volume, prix, paiements, retiraison, durée d’engagement... de nombreux éléments doivent être clairement définis, avec la possibilité de rediscuter certains points, millésime par millésime. “Le but, c’est de poser les bases de la façon dont on veut travailler avec le négoce en Provence. Bien sûr, ces principes généraux s’intègrent au contrat interprofessionnel. Un contrat pluriannuel doit être donnant-donnant : on sécurise les ventes d’un côté, les approvisionnements de l’autre. Le client s’engage sur les volumes et les prix, à condition que la qualité soit au rendez-vous. La qualité est fondamentale, le marché attend des vins irréprochables”, plaide Laurent Rougon.

Pour le président des Vignerons coopérateurs, la campagne commerciale s’annonce plutôt bien. “Bien sûr, le contexte international est très compliqué. Il faut aussi rester attentif à la question du pouvoir d’achat, mais il n’y a pas lieu de paniquer. Déjà, de grandes maisons se sont engagées à payer des vins de qualité plus cher que l’an dernier. Le plus gros point d’interrogation pour l’instant, ce sont les soucis en matière d’approvisionnement en bouteilles”, avance-t-il, serein.

Gabrielle Lantes


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