Un millésime très hétérogène mais plein de promesses

Publié le 19 septembre 2022

Dans la plupart des caves, la majeure partie de cette vendange 2022 devrait être rentrée d’ici une quinzaine de jours (© G. Lantes).

Malgré le manque d’eau, les épisodes localisés de grêle et les chaleurs de l’été, le millésime 2022 se présente plutôt bien dans le Var. Alors que les vendanges battent leur plein, la vigilance reste néanmoins de mise, au vignoble comme en cave.

Entamées vers le 10 août sur les parcelles les plus précoces, avec une dizaine de jours d’avance, les vendanges se poursuivent à un rythme soutenu dans les caves du département. Et le millésime s’annonce finalement plutôt bien, au regard des conditions difficiles de cette campagne viticole. Le sec apparaît comme un facteur de disparité particulièrement marquée cette année, tant en matière de maturité que de rendement.

Du sec et des disparités marquées

On a démarré la saison avec un déficit pluviométrique important. En revanche, on n’a pas eu à déplorer de gros dégâts de gel comme d’autres vignobles. La végétation est bien partie, les conditions de floraison ont été bonnes et on a eu de belles sorties de grappes. Mais toujours pas ou peu de pluies, avec des averses éparses en mai et juin”, rappelle Jean Andres, consultant viticole de l’ICV Provence. Avant de poursuivre : “La situation a été très hétérogène en fonction des secteurs, mais aussi des parcelles d’un même secteur. La demande précoce de dérogation pour l’irrigation des Côtes de Provence a été une vraie nécessité pour certains, mais tout le monde n’a pas immédiatement irrigué”.

Tôt dans la saison, les vagues de chaleur successives ont pour autant mis la vigne à rude épreuve, contribuant à une évapotranspiration importante de la plante et, dès la fin du mois de juin, le stress hydrique s’est fait ressentir par des ralentissements de croissance et même des pertes de feuilles, sur les sols les plus maigres. “Sur les sols les plus caillouteux et peu profonds, les plus en souffrance, il y a des baisses de rendement parfois importantes, et les voies de synthèse des composés aromatiques ont pu être partiellement bloquées. Sur sols plus profonds ou avec irrigation, la maturation a pu se faire normalement, et les arômes sont là. Après, les orages de grêle du mois d’août ont aussi causé des dégâts par endroits, comme à La Londe ou Saint-Maximin. C’est vraiment très hétérogène”, observe Jean Andres.

La pression cryptogamique est d’autre part restée faible, excepté localement du côté du Golfe de St-Tropez, où l’humidité des entrées maritimes a pu entretenir du mildiou. De façon générale toutefois, et malgré la complexité de gestion de l’hétérogénéité des maturités, la vendange est saine et le rendement global est jugé correct.

Une vigilance accrue au vignoble et en cave

Si elles ont apporté un peu de répit à la vigne, les pluies d’août et septembre ont eu peu d’incidence sur les secteurs précoces, mais sont venues aider la maturation et gonfler les baies dans les zones intermédiaires. Sur les secteurs les plus tardifs en revanche, elles ont pu fragiliser la pellicule des baies. Les vignerons restent donc particulièrement attentifs à l’état sanitaire, susceptible de se dégrader. “Se pose, par endroits, le dilemme entre maturité et sensibilité sanitaire. Cela réclame une vigilance accrue”, souligne Jean Andres.

En cave, Arnaud Morand, œnologue de l’ICV, note de jolies couleurs et une maturité phénolique plutôt faible, bienvenue pour les rosés. Pour autant, plusieurs points de vigilance sont à relever pour ce millésime 2022. À commencer par les acidités faibles et des pH élevés. “On a des quantités d’acide tartrique moins élevées que d’habitude et plus de potassium. Cela neutralise l’acidité et fait monter le pH. Sur les millésimes précoces, de façon générale, on a moins d’acide malique et il se dégrade plus vite quand il fait chaud. Il est donc important d’acidifier, même les jus de goutte sur les secteurs tardifs qui n’en ont pas l’habitude, pour se préserver de problèmes microbiologiques”, explique Arnaud Morand. “Il est très important de contrôler ses moûts et de corriger rapidement si nécessaire. C’est un peu nouveau pour certains, mais ce n’est pas compliqué, à condition d’être précis”, insiste-t-il.

La nutrition azotée des levures demande également une attention particulière. “On a beaucoup d’azote mais ça se corrige en fonction des degrés alcooliques, globalement plus que corrects”, indique Arnaud Morand.

Enfin, au niveau de la couleur, le jaune – plus présent que d’habitude en proportion – est à prendre en compte. “Attention au sulfitage et aux macérations un peu trop longues dans les pressoirs”, avertit l’œnologue.

Alors que la récolte s’achève sur la frange littorale, les vendanges battent leur plein dans le centre du département et ont commencé, en début de semaine, dans le Haut Var. D’ici une quinzaine de jours, la plupart des caves varoises devrait avoir rentré la majeure partie de cette vendange 2022. “Il faut surveiller la pluie et les phénomènes de moisissures, mais on est sur de bons indicateurs, sans pourriture grise ni dilution du degré. C’est un millésime à surveiller, mais il sera beau”, conclut Arnaud Morand. 

Gabrielle Lantes


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