Un nouveau programme concret et ambitieux pour le Centre international de recherche sur le vin rosé

Publié le 24 novembre 2020

En 2021, le Centre du rosé va aus­si s’emparer de la question complexe des vins sans sulfites. © DR

Le 23 octobre, le conseil d’administration du Centre du rosé a validé son nouveau programme technique avec, comme double objectif, de répondre aux attentes de la profession et de la société.

“Se projeter est l’un de nos devoirs. La viticulture, plus largement l’agriculture, doit apporter sa contribution à la construction d’une nouvelle société. Sans le monde rural, on ne bâtira rien de durable. Face au dérèglement climatique, à la transition écologique, à la question alimentaire, l’agriculture joue un rôle fondamental. La viticulture est aussi porteuse de convivialité, de partage, d’art de vivre. C’est précieux. C’est la vie ! Et c’est par la recherche, l’innovation, les compétences et la passion partagée par les vignerons et les scientifiques que nous pourrons construire l’avenir de façon positive. Le Centre du rosé est le bras armé de la filière. Pas pour prendre le pouvoir, mais pour amener des réponses concrètes à la profession et à la société“, introduit Bernard Angelras.

L’enthousiasme, exprimé par le président du Centre du rosé, est un moteur pour l’ensemble de l’équipe, qui s’attache à faire évoluer les projets avec autant d’ambition que de pragmatisme. C’est sur cette base que s’est construit le programme de recherche, validé fin octobre par le conseil d’administration, pour l’année à venir. “C’est un programme fédératif dans le cadre duquel nous travaillons étroitement avec l’IFV, la Chambre d’agriculture et les syndicats d’appellation, qui sont les piliers du fonctionnement tripartite du Centre du rosé, mais aussi de nombreux partenaires professionnels et scientifiques“, présente Gilles Masson, son directeur.

La question prédominante des cépages

Pour commencer, la question des cépages y est prédominante, sous différents angles, puisqu’il s’agit de répondre aux attentes en matière de résistance aux maladies cryptogamiques et d’adaptation au changement climatique. Le Centre du rosé continue ainsi de travailler sur la micro-vinification de cépages étrangers et de cépages résistants issus des programmes Resdur et Resdur Rosé. Un programme de sélection spécifique au rosé pour la Provence (Edgaar) est également en cours.

Enfin, 2021 verra se concrétiser la possibilité de mettre en commun les résultats des différents programmes conduits par les techniciens et les scientifiques, ainsi des tests menés grandeur nature par les vignerons en matière de “nouveaux cépages“, avec la création d’une base de données partagée nommée ‘O’Cesar’. “C’est un programme qui a recueilli une véritable et large adhésion, car il s’agit de mettre en commun toutes les références que nous acquérons“, souligne Gilles Masson.

Côté vignoble

Après avoir beaucoup travaillé sur la technique en cave, le Centre du rosé met aussi désormais l’accent sur le vignoble, avec une série de projets liés aux méthodes culturales. “Le programme consacré au vignoble s’est étoffé, compte tenu des besoins des professionnels. De la même manière que l’on revisite les cépages, on réinvente aussi les pratiques, pour s’adapter aux nouvelles contraintes de production“, explique Gilles Masson. Dans ce cadre, des sujets tels que l’irrigation, l’ombrage des vignes ou l’utilisation de filets seront étudiés de plus près.

Le Centre entend également s’emparer du délicat sujet du rapport feuille / fruit et de l’architecture de la vigne, qui doit permettre au raisin de mûrir, en veillant à la fois au taux de sucre et à l’aération. “Nous abordons sans tabou la question de la productivité. L’idée n’est pas de produire déraisonnablement, mais d’honorer les rendements des appellations, dans la mesure où l’on constate une certaine érosion sur certains vignobles“, éclaire Gilles Masson.

Parmi les différents projets à l’œuvre, ‘Viti Rosé’ doit, d’autre part, permettre d’avoir une approche systémique des solutions existantes, pour conduire la vigne de la manière la plus adaptée possible à la production de rosé.

Particulièrement innovant, le programme ‘Mycovigne’ – qui rassemble le Centre du rosé, la start-up Mycophyto, le Château Sainte Roseline et le Crédit Agricole – s’intéresse à la mycorhization des vignes, dans l’optique de réduire les intrants et de faire face à la problématique récurrente de la sécheresse.

Côté cave

Le Centre du rosé ne baisse toutefois pas la garde sur la partie cave et vinification. Ainsi, la stabilité et la conservation des rosés restent, par exemple, un axe de travail à explorer plus avant, tant par rapport à l’export qu’à la gestion des stocks. Le Centre du rosé va aussi s’emparer de la question complexe des vins sans sulfites. “C’est très délicat sur les rosés, mais il y a donc du travail à faire. Dans un premier temps, il s’agira de voir comment les professionnels et les consommateurs réagissent à ces vins“, précise Gilles Masson.

En partenariat avec l’Inrae de Montpellier, le Centre du rosé accueille, par ailleurs, une thèse consacrée à la pigmentation. “Le but est de mieux connaître la composition des pigments des vins rosés, et de comprendre ce qui se passe pendant, et après, la fermentation“, explique Gilles Masson.

La typicité des rosés provençaux “souvent copiés, mais jamais égalés“, est une autre préoccupation de fond pour la filière, qui entend continuer à faire référence, alors que la concurrence s’accroît. “Nous menons un énorme travail sur la caractérisation de nos appellations, de sorte à mieux comprendre et mieux décrire nos vins, en lien avec la notion fondamentale de terroir. Nous nous penchons maintenant sur la notion d’authenticité, pour montrer ce qu’est un rosé provençal. Pour autant, nous nous intéressons également à ce qui se fait dans le monde. Nous devons être détenteur de ces informations pour rester leader“, précise Gilles Masson.

Dans le même esprit, les scientifiques veulent aussi en savoir plus sur les arômes. Sur la base du travail réalisé en matière de vinification et de perception sensorielle, il s’agit, pour l’équipe du Centre du rosé, d’étudier plus précisément les molécules des parfums des vins rosés, en partenariat avec l’Université de la Côte d’Azur. “On sait les décrire, mais dans le monde des arômes, un plus un n’est pas égal à deux. Nous cherchons donc à mieux connaître leurs caractéristiques et leur fonctionnement“, précise Gilles Masson.

Des perspectives élargies

Enfin, le Centre du rosé prévoit de conduire trois autres projets encore en gestation. “Nous souhaitons prendre de front la question du bio, pour savoir comment rosé et pratique bio s’articulent, pour identifier les particularités du bio en matière de rosé, et travailler sur d’éventuelles impasses“, indique d’abord Gilles Masson.

Par ailleurs, le Centre s’attache – en lien avec le Conseil interprofessionnel des vins de Provence – à construire un partenariat durable avec la Kedge Business School, qui propose désormais une spécialité vitivinicole à Bordeaux, Marseille et Toulon. Ce projet sera dédié à la perception et la compréhension de la couleur ‘rosé’ dans un cadre marketing, afin de mieux anticiper les phénomènes de consommation.

Pour finir, répondant à l’exigence de montée en gamme de la filière provençale, le Centre du rosé travaille à la définition d’un projet “haute couture“, qui s’oriente plus particulièrement vers des vins d’exception.

L’ensemble des projets sera bien sûr mené sur plusieurs années. “La démarche de progrès se joue dans la durée. Il faut donner du temps au temps“, conclut Bernard Angelras. 

 Gabrielle Lantes


Bernard Angelras et Gilles Masson, respectivement président et directeur du Centre du rosé, soulignent l’implication des dix personnes qui mettent quotidiennement leurs compétences au service du centre expérimental. © G. Lantes

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