Une campagne compliquée par les caprices du climat

Publié le 14 novembre 2022

Philippe De Santis, président des Trufficulteurs du Var (© G. Lantes).

Passionné de truffe depuis l’enfance, Pierre Macotta s’est lancé il y a peu dans la restructuration d’anciennes truffières, à Baudinard-sur-Verdon. Un chantier de longue haleine qu’il mène avec énergie et conviction.

Pour les trufficulteurs, cette campagne 2022-2023 s’annonce compliquée et les quantités se profilent à la baisse. “De manière générale en France, on va avoir peu de truffes jusqu’à la mi-janvier. On table sur deux tiers de moins que l’an dernier. À partir du 15 janvier, on devrait gagner un deuxième tiers mais, globalement, ce sera une petite saison”, estime Philippe De Santis, producteur de truffes du Haut-Var et président du Syndicat départemental des trufficulteurs.

Petite récolte et disparités

Pour autant, certains secteurs devraient s’en sortir mieux que d’autres. C’est notamment le cas du Haut-Var où le diamant noir a profité de quelques pluies. “Ici, dans les secteurs de Bauduen ou Aups, on a eu que 45 jours sans pluie. On a eu 40 mm d’eau le 29 juin. Et sur les 14, 16 et 18 août, on a encore eu 140 mm, alors qu’ils ont eu moitié moins dans le Moyen-Var. Et puis, il y a toujours des différences selon les terroirs et les terres argileuses ou sableuses”, détaille Philippe De Santis.

L’irrigation aura aussi pu faire la différence, même si la pratique a ses limites. “Bien entendu, ceux qui disposent de l’irrigation vont mieux s’en sortir. En revanche, il y a aussi eu l’impact du soleil, qui a brûlé la tête des arbres, la surface du sol et les truffes de surface. Donc, même les producteurs qui arrosent auront des déboires”, souligne le président des trufficulteurs du Var.

Une saison en deux temps

Particulière, la saison devrait s’articuler en deux temps en raison des conditions climatiques. “On a eu de gros problèmes de naissances au printemps. C’était sec en sortie d’hiver, mais il a plu et il a fait froid le matin au printemps. la température du sol n’était pas suffisante. Pour qu’il y ait fermentation, il faut avoir 11°C, et ils n’y étaient pas. Du coup, il y a eu très peu de naissances. Et puis, on n’a finalement pas eu de printemps. On est passé de l’hiver à l’été en quelques jours. Dans la même semaine, on a eu du 0°C ou du 1°C le matin et du 40°C en journée. Heureusement, il y a eu des naissances plus tard grâce aux pluies du mois d’août ”, explique le trufficulteur.

Résultat : “En première partie de campagne, on va avoir beaucoup de truffes immatures jusque tard. Donc, il va falloir trier sachant que, de toute façon, les truffes que l’on mange jusqu’à Noël sont des truffes primeur. À partir du 15 janvier, on devrait avoir des truffes superbes, qui auront eu le temps de bien évoluer. Ce sera de la très bonne qualité”, annonce Philippe De Santis. En termes de quantité en revanche, le représentant des trufficulteurs du département prévoit une baisse de l’ordre de 60 % au global par rapport à l’an dernier.

S’adapter et valoriser les terroirs de Provence

Pour Philippe De Santis, il faut composer avec les caprices du climat. “On essaye de s’adapter mais, d’une année à l’autre, ce n’est jamais pareil. Il faut être vigilant, observer ce qui se passe. Comme toutes les agricultures, la trufficulture est impactée par les mouvements peu communs du climat, et c’est une culture qui va devenir de plus en plus difficile. Heureusement qu’on a planté des truffières, sans quoi, on aurait déjà disparu”, lance-t-il. Dans le Var, 30 à 50 hectares se plantent chaque année selon le président du Syndicat des trufficulteurs du département, qui compte 120 adhérents dans ses rangs, dont une majorité de petits producteurs.

La filière travaille en partenariat avec la Région Sud Provence Alpes-Côtes d’Azur à la mise en place d’aide à la plantation et à l’irrigation. “On sait que pour fixer le mycélium, il faut de la flore, de la lavande et du thym chez nous, du ciste ailleurs. Il faut aussi de la faune dans le sol et un minimum d’eau. La Tuber melanosporum, la truffe noire, n’aime pas l’humidité, mais il en faut tout de même et l’irrigation devient indispensable à la production”, défend Philippe De Santis. Le Syndicat régional des trufficulteurs continue, par ailleurs de porter le projet d’une indication géographique protégée ‘Truffe de Provence’, en lien avec l’INAO. “Les syndicats des six départements et le syndicat régional ont apporté les éléments. On est sur la bonne voie et on espère que le dossier aboutira courant 2023. Le label viendra différencier et valoriser nos différents terroirs avec la Truffe d’Aups, la Truffe de Carpentras et autre. C’est important pour notre corporation de se distinguer face à la concurrence étrangère”, soutient le trufficulteur du Haut-Var.

En attendant, le Syndicat des trufficulteurs du Var prépare l’ouverture du traditionnel marché aux truffes d’Aups, programmée fin novembre. Les truffes devraient s’y négocier autour de 800 euros/kg pour débuter. “Comme il y a moins de truffes, elles vont sans doute coûter un peu plus cher que l’an dernier. Mais il faut veiller à ce que les prix restent raisonnables”, précise Philippe De Santis.  

Gabrielle Lantes