Une Cuma de compostage pour valoriser les fumiers équins

Publié le 13 juin 2022

Pierre Sautou, vigneron du Domaine La Marseillaise à La Crau, est l’un des membres fondateurs de la Cuma de compostage de fumier de cheval. © G. Lantes

D’un côté, des centres équestres qui souhaitent valoriser leur fumier. De l’autre, des agriculteurs qui cherchent à s’affranchir des engrais du commerce. Dans le secteur de La Crau, les deux parties font désormais cause commune au sein d’une Cuma pas comme les autres.

Dans le Var, où la grande majorité des Coopératives d’utilisation de matériel a une vocation viticole, la Cuma Équicompost Var est unique en son genre. La structure rassemble cinq maraîchers, un vigneron, un horticulteur et deux centres équestres installés sur La Crau et ses alentours. Elle permet aux acteurs de la filière équine d’évacuer leurs fumiers de façon pérenne, et aux agriculteurs de valoriser cette ressource organique, en l’utilisant comme fertilisant.

L’idée date de quelques années, et l’association de producteurs bio, AgribioVar, s’était déjà penchée sur la question. Des freins logistiques, notamment liés au transport et aux investissements matériels nécessaires, persistaient toutefois. “Cela a mijoté un moment et, finalement, cela a pris forme l’an dernier, avec comme objectif, de rester le plus local possible, pour éviter de faire des kilomètres”, explique Pierre Sautou, vigneron du Domaine ‘La Marseillaise’, l’un des membres fondateurs de la Cuma Équicompost Var.

Les intérêts du collectif

Accompagnée par AgribioVar, la filière cheval Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur et la Fédération départementale des Cuma du Var, la coopérative a vu le jour en 2021, dans le cadre du projet ‘Agr’Air’, en partie financé par l’Ademe, qui vise à préserver la qualité de l’air. “En région, 85 % des émissions d’ammoniaque proviennent de l’agriculture. Dans le cadre du projet ‘Agr’Air’, le but – pour la filière équine – est donc de limiter l’impact des effluents d’élevage”, présente Jérôme Damien, chargé de projet de la filière cheval Sud Paca.

Pour les agriculteurs, le fumier produit par les centres équestres représente une source de fertilisation organique qui leur permet de s’affranchir des engrais du commerce. Le partenariat leur garantit également la nature de la ressource. “Une majorité des agriculteurs du groupe est certifiée en bio et est donc très attentive à ce qui est épandu. L’intérêt pour ces agriculteurs, c’est qu’aucun des deux centres équestres ne pratique de traitement automatique, en dehors d’un vermifuge à une période donnée. Et quand un animal est traité pour une maladie, il est isolé”, précise Marion Robert, conseillère en maraîchage d’AgribioVar.

La Cuma permet à chacun de s’impliquer par l’acquisition de parts sociales et, surtout, de mutualiser l’investissement matériel. Fin 2021, grâce à une aide financière de l’Ademe, aux subventions régionales dédiées aux Cuma et à un prêt, les adhérents de la coopérative ont fait l’acquisition d’un tracteur équipé d’un chargeur et d’une pelle rétro, d’une benne de transport d’une capacité de six tonnes et d’un épandeur d’occasion, assez étroit pour passer entre les rangs de vigne, ainsi que sur les planches de cultures maraîchères. Soit un investissement total de près de 40 000 €, amorti sur cinq ans. “On a fait en sorte
que les adhérents de la Cuma n’aient pas besoin de trop investir au départ. Les subventions perçues ont permis de rembourser les acomptes versés et le montant de la TVA. Le remboursement de la première annuité se fait à parts égales. Ensuite, la répartition des frais se fera en fonction de l’utilisation du matérie
l”, précise Pierre Sautou.

Des usages différents

Le vigneron, dont l’exploitation est certifiée en agriculture biologique et biodynamique, prévoit de faire un à deux apports de fumier composté par an. “Jusqu’ici, je ne faisais que de la fertilisation végétale, avec un apport courant octobre et l’enfouissement de l’enherbement spontané avant mars. J’ai voulu apporter une fertilisation animale, car on rencontre un problème d’azote dans les moûts depuis quelques années. Quand elle entre en végétation, la vigne va puiser l’azote dans le sol. Et s’il en manque, cela crée des carences dans les raisins. Le but est donc d’amener de l’azote disponible au moment où la plante en a besoin, avec un compost jeune”, détaille-t-il.

Dans cette perspective, il a mis à composter en bord de champs, quelque 60 m3 d’un mélange de fumier pailleux, recouvert de paille pour maintenir une certaine humidité. Et si quelques avaries mécaniques ont contrarié ses plans de départ, l’expérience lui permet de se familiariser avec le compostage, une pratique qu’il découvre. Des analyses sont réalisées en parallèle, pour voir comment évolue la matière. “On fait ici un suivi pour mesurer le taux d’humidité et les différents éléments nutritifs, après trois mois de compostage, pour voir ce qui peut être amélioré. Chez deux maraîchers du collectif, des analyses de sol ont été faites avant usage et seront reconduites plus tard, afin d’évaluer les effets des apports”, indique Marion Robert.

En maraîchage, l’usage du fumier se fait différemment. “Les producteurs vont plutôt l’utiliser en frais, avant de planter pour que la matière se dégrade un peu”, poursuit la conseillère. C’est d’ailleurs l’option choisie par Aurélien Proneur, voisin du vigneron Pierre Sautou, certifié en agriculture biologique depuis 2010. “On se tourne vers la biodynamie. On n’utilise ni soufre, ni cuivre. On a arrêté le paillage plastique en 2020, et on voudrait maintenant se passer des engrais du commerce”, explique l’agriculteur, qui produit fruits et légumes sur cinq hectares.

Une fois épandu, le fumier a composté en surface, sous une épaisse couche de paille. “Même s’il a de la paille dans le fumier, le couvrir de matière carbonée permet de ne pas perdre en NPK”, justifie-t-il. Il apprécie déjà les effets de la pratique sur tomates et pommes de terre.  “Le boulot est un peu plus compliqué, car on travaille avec une matière qui évolue. Il faut donc savoir bien l’utiliser. Mais on voit que cela pousse bien et, surtout, on arrive à alléger notre sol, très argileux et très lourd. Et puis, on gagne en autonomie en étant moins dépendant de l’engrais du commerce”, observe-t-il.

Économiquement aussi, le gain est palpable. “L’amendement me coûtait 3 000 euros par an environ. Au sein de la Cuma, je paie 75 euros par mois”, souligne Aurélien Proneur.

Partage d’outils et d’expérience

La Cuma offre aussi à ses adhérents un cadre qu’ils apprécient. Un calendrier prévisionnel permet à chacun d’utiliser le matériel quand il en a besoin. L’entretien courant est assuré par les coopérateurs. “Et, à chaque utilisation, on fait en sorte que les outils soient prêts à utiliser pour le suivant”, poursuit Pierre Sautou.

On ne se connaissait pas forcément, on ne fait pas les mêmes métiers en fonction de notre filière. La Cuma nous a rapprochés : on a appris à se connaître, on s’entend bien, et c’est important pour bien s’organiser”, ajoute son confrère maraîcher.

Prêts à partager leur expérience, les deux agriculteurs accueillaient, le 30 mai, une rencontre qui a permis de présenter la Cuma et ses matériels. L’occasion d’échanges qui, peut-être, inspireront d’autres projets du même type, sur d’autres territoires. 

Gabrielle Lantes


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