Valérie Vidal-Revel, 18 ans de passions intactes pour la vigne

Publié le 17 octobre 2022

Valérie Vidal-Revel dirige, à Puget-Ville, le Domaine de Grandpré qu’elle a repris et transformé. © J. Dukmedjian

Elle souhaitait reprendre une exploitation oléicole dans le Var. Près de 20 ans plus tard, Valérie Vidal-Revel dirige, à Puget-Ville, le Domaine de Grandpré qu’elle a repris et transformé. Sous sa houlette, celui-ci est devenu une référence au sein des Côtes de Provence dénomination géographique complémentaire Pierrefeu.

Devenir vigneron est, pour certains, une évidence, le rêve de toute une vie. Pour d’autres, comme Valérie Vidal-Revel, c’est plutôt un – heureux – hasard qui l’a conduit à s’intéresser au vin et à se passionner pour un métier “qu’elle ne se serait jamais crue capable d’exercer”. Après 18 vendanges et autant de vinifications en cave, l’émerveillement reste intact pour cette ex-néo vigneronne, qui maîtrise désormais son métier sur le bout des doigts. Pour cette antiquaire de formation, l’agriculture était loin d’être une vocation, même si ses grands-parents étaient maraîchers dans la région cannoise : “Ils ont été les premiers à se lancer dans la culture du kiwi en France,” précise-t-elle avec fierté. Son ex-époux souhaitait acheter des terres, dans une démarche patrimoniale. “Notre souhait de départ était d’acheter une maison dans le Var, pas trop loin de la mer et avec un verger d’oliviers”, se souvient Valérie Vidal-Revel. “L’agent immobilier a insisté pour que nous visitions ce domaine viticole, qui ne correspondait pas à notre souhait de départ : j’ai eu un coup de foudre pour ce lieu et son potentiel,” explique la désormais vigneronne. “Je ne m’imaginais pas un instant être en mesure de diriger un domaine. Mais j’ai tout de même saisi cette opportunité. La Safer m’a demandé de travailler aux côtés de l’ancien propriétaire pendant les six mois qui précédaient la vendange, et les six mois suivants. J’appréciais le vin, mais le métier de vigneronne me semblait hors de portée. Je retrouve cette appréhension lorsque j’invite des clients à visiter la cave : beaucoup sont amateurs de vin, comme je l’étais à l’époque, mais le process de fabrication du vin reste toujours intimidant pour beaucoup d’entre eux.

Un premier millésime couronné

Avant d’entamer de nombreux stages, auprès de la Fédération des vignerons indépendants du Var ou de la Chambre d’agriculture, pour se former aux facettes du métier, tant dans les vignes qu’au caveau, Valérie Vidal-Revel observe énormément, pose des questions, essaie de comprendre, pendant les 12 mois passés aux côtés de l’ancien propriétaire. “J’ai compris, en travaillant avec lui, quels types de vins je ne voulais pas, avant de formaliser ceux que je souhaitais produire,” s’amuse, avec le recul, l’ex-néo vigneronne. “Certains étaient durs ou trop acides. Je suis partie du principe qu’il était essentiel de créer des vins qui reflétaient ma personnalité et le terroir de Grandpré.”

Son premier stage, effectué à l’Université du vin de Suze-la-Rousse, est de ce point de vue représentatif de la démarche qu’elle choisit d’emprunter : “Il était consacré aux défauts du vin,” plaisante-t-elle. Pour son premier millésime, en 2006, elle s’entoure d’un œnologue conseil et se jette à l’eau : “J’étais très appliquée et hyperméticuleuse. J’ai suivi mon cours, comme on suivrait une recette de cuisine ou de pâtisserie”. Le résultat est au-delà de ses espérances : “Je prévoyais de vendre en vrac. L’œnologue m’a appelée pour me conseiller plutôt de le mettre en bouteilles”. Une suggestion bienvenue : sa première vinification est primée au Concours général agricole de Paris et attire l’attention du Guide Hachette, qui lui attribue un ‘Coup de cœur’.

Valérie Vidal-Revel s’entoure alors d’un chef de culture, qui travaille désormais à ses côtés depuis plusieurs années : “Nous avons noué une relation de confiance réciproque, humainement et techniquement”. Une collaboration qui lui aura permis de transformer l’essai de la première vinification, avec une démarche qualitative qui s’est accrue d’année en année, jusqu’à obtenir des vins conformes à ses ambitions. “Nous avons modernisé progressivement l’outil de production pour obtenir, par exemple, un pressage beaucoup plus doux, agrandi la cuverie, renouvelé le groupe froid... Au-delà de l’aspect technique, l’objectif est aussi de se simplifier la vie.”

Le choix de la HVE

Elle développe en parallèle son réseau commercial, à rebours de la tendance actuelle, tournée vers la vente directe. “Le domaine est excentré des routes touristiques. Cela aurait nécessité de recruter une personne en charge du caveau de vente, tout en consacrant un budget de communication dédié, pour développer notre notoriété”, tranche Valérie Vidal-Revel. Cette dernière commercialise en conséquence les 900 à 1 000 hectolitres produits annuellement – sous forme de bouteilles et de Bib – via un réseau de grossistes régionaux en France, chargés d’assurer la distribution aux cavistes et au secteur des CHR. Elle a mis en œuvre une démarche similaire avec des exportateurs dédiés, pour les marchés tchèques, australiens et anglais.

À l’image de son réseau commercial, le vignoble a lui aussi grossi progressivement : “Le domaine comptait 17 hectares, au moment du rachat, nous en disposons désormais de 27, dont 2 qui entrent en production cette année.” Pour la conduite de ce dernier, elle s’est tournée vers la Haute valeur environnementale (HVE), dont elle a décroché le 3e niveau de certification avec le Syndicat des Côtes de Provence. “Nous traitons peu – le mistral est de ce point de vue un bon allié – et nous sommes très proches du bio. Mais la certification Haute valeur environnementale me semblait plus rassurante, en cas de maladies, et plus pragmatique dans son approche. Et puis, nous n’avons pas de demande dans ce sens de notre réseau de distribution… Il est davantage rassuré par les analyses qui attestent que nos vins sont sans résidus de pesticides de synthèse,” note Valérie Vidal-Revel.

Julien Dukmedjian


Valérie Vidal-Revel a acquis une cuve en béton ovoïdale, pour ses blancs. © J. Dukmedjian

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