Vers un plan opérationnel pour répondre au besoin foncier de développement agricole

Publié le 12 janvier 2021

Une série d’ateliers de concertation était organisée le 18 décembre, à Vidauban, en présence du préfet, Evence Richard, et de plusieurs élus. © G. Lantes

Mobiliser 10 000 hectares supplémentaires pour l’agriculture varoise à l’horizon 2030 : voilà l’objectif du Plan de reconquête agricole, porté par la Chambre d’agriculture. À l’issue de la concertation menée en 2020, des propositions d’actions sont attendues pour le premier trimestre de cette année.

“Ce projet de reconquête agricole est directement lié aux services de l’État et aux communes. Leur participation est essentielle à la concertation. Il y a beaucoup de codes, de lois, de règlements qui se superposent quand il s’agit de foncier. La transversalité entre les différents EPCI1 est donc importante pour qu’il y ait une cohérence au niveau du département“, souligne Fabienne Joly. La présidente de la Chambre d’agriculture du Var est ainsi ravie de la mobilisation des différents acteurs à l’occasion des deux séries d’ateliers thématiques, organisées en janvier, puis en décembre 2020. Représentants agricoles, mais aussi services de l’État, collectivités, parlementaires et acteurs de la forêt et de l’environnement se sont mobilisés pour faire émerger “des solutions pragmatiques et partagées”. “L’avenir de l’agriculture repose sur sa capacité à reconquérir des espaces pour se réinventer et proposer de nouvelles choses au bénéfice de nos administrés et de nos concitoyens”, défend, entre autres, Éric Audibert, maire et viticulteur de Montfort-sur-Argens.

Alors que l’agriculture a perdu 8 % de ses surfaces ces 60 dernières années, sous l’effet de l’urbanisation et de la déprise, le Plan de reconquête vise à inverser la tendance. “Le chantier est passionnant et incroyablement complexe. Il montre que le département est vivant, car il part du constat que le développement du territoire grignote des surfaces à l’agriculture, qui a elle-même besoin d’espace. Des agriculteurs s’installent et ont besoin de se développer”, explique le préfet, Evence Richard. L’enjeu est donc de répondre aux besoins de développement, identifiés grâce aux travaux d’enquête menés préalablement auprès des filières, en conciliant agriculture, environnement et aménagement du territoire. Dans cette perspective, deux gisements ont été identifiés : les friches et les espaces boisés à potentiels agricoles.

Des propositions à affiner

La remise en culture des terres en friches est l’un des objectifs affichés du Plan de reconquête. Face à des propriétaires de plus en plus souvent éloignés des préoccupations agricoles, la concertation a mis en évidence plusieurs axes de travail. À commencer par l’identification des terres concernées, par le biais d’un inventaire construit en lien étroit avec les collectivités. Information et incitation apparaissent également indispensables. “Obliger, on ne peut pas. Mais on peut encourager les propriétaires à rendre ces friches à l’agriculture. Il y a notamment un important travail d’animation à mener”, indique Fabienne Joly. Une communication renforcée sur les outils de lutte contre les friches, ou encore la création d’un fonds pour le financement des études et travaux avant remise en culture, font donc partie des propositions avancées. La simplification de la mise en fermage est une autre piste à travailler. L’intégration des enjeux agricoles dans les documents de planification et d’urbanisme, et la systématisation d’outils tels que la Zone agricole protégée sont aussi des leviers à mobiliser, pour la sécurisation et la valorisation du foncier à potentiel agricole. Le rôle des collectivités étant, là encore, majeur.

Pour ce qui relève des espaces boisés, il est proposé de simplifier et d’alléger les procédures de défrichement. Considérant le caractère décourageant des démarches administratives en la matière, la reconquête semble devoir passer par un accompagnement accru des agriculteurs par les organisations agricoles et les services de l’État. “Aujourd’hui, en forêt, on a un peu le sentiment d’être le ‘’poulet rôti bien juteux’’ qu’on met au centre de la table, et que tout le monde convoite. Toutefois, les superficies engagées dans le cadre du Plan de reconquête agricole sont limitées, et la forêt privée est, pour partie, issue de l’agriculture. Je ne suis donc pas inquiet et, personnellement, je préfère de toute façon l’agriculture à l’urbanisation”, commente, à ce chapitre, Bruno Giaminardi, président du Centre régional de la propriété forestière Paca.

Concilier les enjeux dans le cadre d’une démarche partagée

Enfin, la question de l’environnement est particulièrement prégnante dès lors qu’il s’agit d’aménagement du territoire. “Quand on parle d’agriculture, on parle d’environnement, et les agriculteurs sont les faiseurs du vivant. Il faut donc cesser d’opposer agriculture et environnement”, défend Fabienne Joly. Formations, accompagnements, certifications sont ainsi autant d’outils à privilégier pour la présidente de la Chambre d’agriculture. Les Projets alimentaires territoriaux apparaissent, dans ce cadre, comme une dynamique positive pour le développement d’une agriculture locale et durable, en lien direct avec les territoires.

Pour le préfet du Var, l’évolution du projet de loi 3D (décentralisation, différenciation et déconcentration) en projet de loi 4D (décentralisation, déconcentration, différenciation et décomplexification) est un autre signe encourageant, tant pour ce qui est de la prise en compte des territoires que de la volonté de simplifier les démarches administratives. “Même si la démarche est longue et complexe, les services de l’État sont mobilisés pour expliquer, réfléchir et partager, car c’est ensemble que l’on avance”, assure le représentant de l’État.

“J’espère que l’initiative du Var permettra d’en faire un terrain expérimental, et inspirera des évolutions législatives”, plaide pour sa part la députée, Sereine Mauborgne. Les acteurs ont en effet espoir de faire labelliser la démarche du Plan de reconquête agricole au niveau national, et d’obtenir quelques crédits pour soutenir la dynamique engagée.

Pour l’heure, la prochaine étape est la présentation de propositions qui se veulent concrètes, pragmatiques et partagées dans le courant du premier trimestre, à l’occasion du prochain comité de pilotage du plan. 

Gabrielle Lantes

(1) Établissement public de coopération intercommunale.


© G. Lantes

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