Vins de Bandol : Du changement au pays du mourvèdre

Publié le 31 mai 2022

Pour Cédric Gravier, président des Vins de Bandol, l’avenir doit se construire dans la cohésion. © G. Lantes

Restructurée en interne, l’Association des vins de Bandol se tourne vers l’avenir avec confiance. L’ODG, qui tenait son assemblée générale le 19 mai au Beausset, poursuit son action pour faire évoluer l’appellation, sans rien perdre de son identité.

“Voilà trois ans que j’ai la chance de présider notre belle appellation, et je remercie tous les vignerons et les vigneronnes pour leur confiance. Je suis fier de la cohésion toujours forte que nous avons su construire et qui nous permet de prendre les meilleures décisions”, introduit Cédric Gravier, président de l’Association des vins de Bandol, face à l’assemblée générale convoquée ce 19 mai au domaine de Souviou.

Dans cette optique, l’ODG peut compter sur une équipe renouvelée, placée depuis l’an dernier sous la direction d’Olivier Colombano. “Il a su amener le suivi, la rigueur et le professionnalisme qui manquait à notre association”, apprécie Cédric Gravier. Cette restructuration en interne, si elle a demandé du temps et de l’énergie, est, pour le président de l’AOC, un préalable indispensable “pour appréhender l’avenir avec confiance”.

Possibilité d’irriguer dans les tuyaux

Forte d’une solide équipe d’administrateurs et de cinq salariés, l’Association des vins de Bandol conduit plusieurs chantiers de taille. À commencer par celui de l’évolution de son cahier des charges. Plusieurs demandes ont été présentées à l’INAO et vont finalement être traitées en deux temps.

Le premier dossier - qui porte sur la possibilité d’irriguer, sur dérogation, pendant la période de végétation de la vigne - est en bonne voie. “On vit tous avec les changements du climat. C’est pour pouvoir y répondre que nous avons souhaité ajouter cette autorisation sur dérogation qui n’existait pas jusqu’ici à notre cahier des charges. L’idée n’est pas d’irriguer pour produire plus mais pour produire la meilleure qualité”, rappelle Jean-François Ott. L’irrigation sera ainsi encadrée par plusieurs dispositions. L’installation d’irrigation fixe à l’intérieure des parcelles sera interdite, tout comme l’utilisation de système d’aspersion entre 8 heures et 18 h. Le rendement des parcelles irriguées sera par ailleurs limité à 5 000 kg/ha, contre 6 500 kg/ha pour les parcelles non-irriguées. “Après de longs débats, je suis convaincu que ce compromis va dans le bon sens. Il n’est pas question d’habituer nos vignes à avoir trop d’eau, et l’irrigation n’est qu’un levier parmi d’autres pour sécuriser notre production”, souligne Cédric Gravier. Et pour accompagner au mieux les viticulteurs, l’association conduit une étude hydrique, dont les rapports mensuels et le bilan annuel apportent de précieuses données pour adapter la conduite de la vigne.

Validée par le comité régional puis la commission permanente de l’INAO, cette évolution en matière d’irrigation est désormais entre les mains du ministère de l’Agriculture. “On est en attente des signatures des ministères de l’Agriculture et de l’Économie. On va les solliciter, pour ne pas perdre une année de plus, surtout dans les conditions actuelles de sécheresse”, indique le président des Vins de Bandol, alors que le remaniement du gouvernement semble avoir retardé l’aboutissement du dossier.

D’autres modifications du cahier des charges à venir

Une fois cette procédure achevée, l’ODG doit s’attacher à représenter les autres demandes de modifications de son cahier des charges. Votées par l’ODG en 2018 et 2020, ces dernières portent, entre autres, sur les règles de proportion à l’exploitation et en assemblage, la diminution de la densité de plantation, l’interdiction de la désalcoolisation des vins, les règles de taille, la durée d’élevage sur bois des vins rouges, qui passerait de 18 à 12 mois, sans toutefois modifier la date de leur libération, fixée au 1er mai de la deuxième année suivant la récolte.

L’Association des vins de Bandol souhaite également introduire des mesures agro-environnementales, visant notamment à limiter l’usage des herbicides et à garantir l’intégrité des sols.

Enfin, les vignerons de l’appellation projettent d’étudier la possibilité d’intégrer des cépages d’intérêt à fin d’adaptation à son cahier des charges. 18 cépages1 autochtones, du grand Sud et étrangers sont concernés. “L’idée, dans un premier temps, est d’emmagasiner des données sur ces cépages pour voir comment ils se comportent chez nous, et s’ils sont susceptibles de nous intéresser”, précise Jean-François Ott au nom de la commission technique de l’organisme de défense et de gestion.

Un nouveau plan de communication et de promotion

Enfin, à la suite de l’audit marketing réalisé en amont, l’ODG a fait le choix de faire appel à une agence de communication pour pour promouvoir les vins et l’identité de l’appellation. Un nouveau programme d’actions est à l’œuvre depuis le début de l’année 2022. Il s’articule autour de trois évènements : une dégustation avec des prescripteurs au printemps, qui s’est déroulée à Paris avec une quinzaine de journalistes et influenceurs cette année ; un voyage de presse en lien avec l’œnotourisme pendant l’été ; un concours de chefs en fin d’année, pour préparer les fêtes. L’objectif est d’être présent dans tous les moments de consommation avec les trois couleurs des Bandol, tout en mettant en avant le terroir et le savoir-faire des producteurs, en cave particulière comme en cave coopérative.

Forte de bons résultats financiers, l’Association des vins de Bandol a décidé cette année de financer sur ses fonds propres les 70 000 € alloués à ce plan de communication. “Nous espérons que le travail initié portera les fruits dont nos Bandol ont besoin, et qu’il pourra être décliné à plus long terme. Si nous sommes satisfaits et que nous voulons continuer, il faudra alors passer par une hausse de cotisation, de sorte à nous donner les moyens de nos ambitions”, explique le président Gravier.

Cette année 2021 a été riche en changements. Les mises en place ont parfois été compliquées, mais aujourd’hui notre ODG est bien structurée et nous avançons dans la bonne direction. Il est primordial d’être toujours plus unis et forts collectivement, avec les mêmes ambitions et les mêmes objectifs”, commente-t-il de manière plus générale pour conclure. 

Gabrielle Lantes


Les Vins de Bandol veulent être présents dans tous les moments de consommation avec les trois couleurs, tout en mettant en avant le terroir et le savoir-faire des producteurs. © G. Lantes

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